•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Analyse

Hécatombe dans les foyers de soins : Doug Ford assume ses responsabilités, pas sa ministre

Le premier ministre n’a plus l’intention d'expliquer la situation dans les foyers pour aînés par l’inaction des gouvernements précédents.

Il parle à l'extérieur d'une maison de banlieue.

Doug Ford, lors de son point de presse du 30 avril.

Photo : CBC

Le gouvernement Ford n'en est pas à une contradiction près. Il nous a habitués à dire une chose et son contraire dans une seule et même phrase. Cette semaine, c'est le premier ministre et sa ministre des Soins de longue durée qui n'étaient manifestement pas sur la même longueur d'onde.

Si Doug Ford a décidé de porter une partie du blâme pour les ravages causés par la pandémie dans les foyers pour aînés, la ministre Fullerton a plutôt choisi de se dégager de toute responsabilité.

C'est le dépôt du rapport de la vérificatrice générale de l'Ontario qui a provoqué ce fossé entre les deux politiciens. La vérificatrice Lysyk publiait ses constatations après avoir exploré les faiblesses du système des soins de longue durée en Ontario. Son rapport parle de problèmes systémiques qui ne datent pas d'hier, mais souligne aussi des lacunes importantes au sein même du ministère que dirige Merrilee Fullerton. 

Nous avons également constaté que le Ministère prenait des mesures inefficaces pour régler les cas répétés de non-conformité par les exploitants de foyers, peut-on lire dans le document de 118 pages.

Pour réagir au dépôt du rapport, la ministre Fullerton s'est présentée devant les journalistes pendant 24 minutes et 30 secondes. Une conférence de presse pénible qui n'a mené à aucune excuse de sa part. Elle a plutôt choisi de montrer du doigt les gouvernements libéraux qui l'ont précédée.

La ministre des Soins de longue durée, Merrilee Fullerton.

La ministre Merrilee Fullerton a répondu aux questions des journalistes après la publication d'un rapport de la vérificatrice générale faisant état de foyers d'aînés mal préparés et mal équipés pour la COVID-19.

Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

Merrilee Fullerton n'est pas rongée par les regrets. Au contraire, elle n'a pas voulu admettre une seule erreur depuis le début de la pandémie. À l'écouter parler, la ministre est elle aussi une victime de la COVID-19. Nous n'avons pas allumé le feu, s'est défendue Merrilee Fullerton, expliquant que le secteur brûlait depuis déjà longtemps au moment où elle a été nommée ministre.

Le feu avait débuté bien avant la pandémie.

Une citation de :Merrilee Fullerton, ministre des Soins de longue durée

S'il est vrai que le secteur s'est détérioré sous les libéraux (en 15 ans, ils n'ont ajouté qu'une poignée de nouveaux lits), le gouvernement Ford a aussi sa part de responsabilité pour l’hécatombe dans les foyers lors des deux premières vagues. A posteriori, la décision du gouvernement d'abandonner les inspections annuelles dans les foyers était probablement mal avisée. La vérificatrice générale l’a d’ailleurs souligné dans son rapport. Mais la ministre ne vous l'avouera jamais. Elle préfère accuser ses prédécesseurs.

À court de solutions, montrer du doigt son adversaire demeure souvent l’option la plus facile.

On aurait pu s'attendre du premier ministre qu'il utilise la même stratégie. Une stratégie qu'il a souvent utilisée au cours de sa première année au pouvoir, alors qu'il répétait ad nauseam avoir hérité d'un déficit gargantuesque de 15 milliards de dollars. Le trou laissé par les libéraux dans les finances publiques justifiait alors les compressions budgétaires des progressistes-conservateurs. Or, plutôt que de retomber dans ses tactiques habituelles, Doug Ford a choisi d'assumer ses responsabilités.

Je ne vais pas me présenter ici, trouver des excuses et essayer de passer le blâme, a indiqué le premier ministre. Le contraste avec le discours et l'attitude de sa ministre Fullerton était flagrant.

Après les larmes et les excuses présentées aux Ontariens pour les excès de son gouvernement, voilà que Doug Ford accepte les réprimandes. Il envoie le signal que la joute partisane a ses limites et qu’il a l’intention de se comporter en premier ministre.

Je peux me présenter ici et souligner tous les autres problèmes dont j'ai hérité. Je peux souligner 30 ans de sous-investissement de la part des gouvernements libéral et conservateur, mais ça n'a pas d'importance, parce que c'est moi le premier ministre aujourd'hui.

Une citation de :Doug Ford, premier ministre de l'Ontario

À l’inverse de sa ministre, Doug Ford a annoncé aux Ontariens qu'il n'a plus l'intention de blâmer autrui pour le fiasco des soins de longue durée. Dévier toute critique vers les libéraux de Kathleen Wynne et ceux de Dalton McGuinty est devenu contreproductif pour Doug Ford. Le changement de ton est pour le moins rafraîchissant.

La ministre Fullerton devrait probablement s'inspirer de son chef sur cet enjeu. D'autant plus que compte tenu des rumeurs persistantes de remaniement ministériel à Queen's Park, la ministre Fullerton se trouve peut-être sur un siège éjectable.

Quant à Doug Ford, il ne faudrait peut-être pas compter sur un changement radical de sa part. Ce n’est pas parce qu’il a décidé d’assumer ses responsabilités dans un dossier qu’il va soudainement accepter les critiques venues de toutes parts. La preuve, c’est qu’il continue de blâmer Ottawa pour sa réticence à resserrer la sécurité à la frontière.

Comme quoi assumer ses responsabilités pour un problème ne signifie pas porter le chapeau pour toutes les misères de l’Ontario. C’est une question de calcul politique.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !