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Immigrer au Canada : un résident toujours en attente après 32 mois

Jean Jacques Eyoum-Hiol lors d'une entrevue avec Radio-Canada.

Jean Jacques Eyoum-Hiol a déposé sa demande officielle auprès du gouvernement fédéral en octobre 2018. Depuis, il attend toujours une réponse.

Photo : Radio-Canada / Benoit Jobin

Radio-Canada

Les délais récemment qualifiés de « monstrueux » par des travailleurs étrangers pour obtenir un statut de résidence permanente au Québec continuent de susciter l’indignation, notamment sur la Côte-Nord.

Jean Jacques Eyoum-Hiol n'en peut plus.

Après avoir quitté son Cameroun natal en 2013 pour étudier au Cégep de Sept-Îles, il a décidé de s'établir dans la région pour de bon. En 2017, il a déposé une demande de résidence permanente.

Il a reçu son certificat de sélection de Québec l'année même, et a déposé sa demande officielle auprès du gouvernement fédéral en octobre 2018. Depuis, il attend toujours une réponse d'Ottawa.

C’est beaucoup de stress. Ça peut même avoir un impact au niveau professionnel parce qu’on n'est pas bien dans la tête. Je peux regarder mes courriels 50 fois par jours. Je me dis qu’un courriel de l’immigration va arriver là, raconte Jean Jacques Eyoum-Hiol.

En Ontario, quelqu'un qui arrive comme moi obtient sa résidence permanente en moins d'un an. Au Québec, après 32 mois, on n'a même pas encore eu un signal. C'est une situation qui nous bloque, on ne peut pas avoir de prêt si on veut acheter une maison.

Une citation de :Jean Jacques Eyoum-Hiol, résident de Baie-Comeau

Ces longs délais ne sont pas sans conséquences. Il a notamment dû obtenir un nouveau permis de travail après l'expiration de son permis de travail post-diplôme. C'est une autre démarche qui a occasionné des coûts et beaucoup de stress pour Jean Jacques Eyoum-Hiol. Heureusement, son emploi au CISSS de la Côte-Nord a quelque peu facilité les choses.

Pourtant, sa situation est loin d'être unique. Les candidats à l’immigration doivent patienter 27 mois, en moyenne, une fois leur dossier dans les mains du gouvernement fédéral. Dans les autres provinces canadiennes, ce délai est plutôt de six mois.

Hélène Lejeune, du Centre Alpha Lira de Sept-Îles.

Hélène Lejeune, du Centre Alpha Lira de Sept-Îles (archives).

Photo : Ann-Sophie Gravel

La particularité québécoise

Le Québec est la seule province qui a une double responsabilité en immigration, avec le fédéral, explique la responsable des services aux immigrants au centre Alpha Lira de Sept-Îles, Hélène Lejeune.

Ainsi, les gens qui tentent d'obtenir leur résidence permanente au Québec doivent passer par les deux paliers de gouvernement. Ils doivent d’abord être sélectionné par Québec pour ensuite passer par le fédéral au niveau de la sécurité et de la santé, donc ça double les délais de traitement, indique-t-elle.

C'est un stress terrible pour les gens. Ce sont des démarches complexes et ça peut représenter plus de 2000$ pour avoir la résidence permanente.

Une citation de :Hélène Lejeune, responsable des services aux immigrants au centre Alpha Lira

Jean Jacques Eyoum-Hiol estime que sa conjointe et lui ont dépensé environ 3500 $ pour obtenir leur résidence permanente, sans compter les demandes de permis de travail.

Moi, je fais toutes mes demandes moi-même. Imaginons quelqu'un qui ne s'y connaît pas et qui doit payer un consultant. Ça tourne autour de 3000 $. Certains vont aussi aller chercher un avocat, s'il y a un problème avec le dossier. Chaque service est payant, souligne-t-il.

De plus, le gouvernement provincial a changé ses règlements en immigration l'été dernier, donc ces changements ont apporté d'autres délais supplémentaires pour le traitement des dossiers, renchérit Hélène Lejeune.

Plus long et plus cher en région

La distance entre la Côte-Nord et les grands centres alourdit encore davantage les démarches pour les nouveaux arrivants.

Les médecins désignés ne sont pas sur la Côte-Nord. Pour faire les examens médicaux, il faut que tu te déplaces soit à Québec ou à Montréal, rappelle Jean Jacques Eyoum-Hiol. Or, ces déplacements entraînent des délais et des coûts supplémentaires. Et en pleine pandémie, ils ne sont pas toujours possibles.

Ici, on travaille activement à regrouper ces services-là, de permettre aux gens d'obtenir ces services sur la Côte-Nord, indique Mme Lejeune.

Dernièrement, on a développé un service pour que les gens puissent passer leur test de français, c'est maintenant accessible à Sept-Îles, au centre Alpha Lira, mais il reste encore du travail à faire, précise-t-elle.

Marilène Gill parle au micro de Radio-Canada.

La députée bloquiste de Manicouagan, Marilène Gill, estime que les nouveaux arrivants qui choisissent la Côte-Nord sont défavorisés par rapport aux résidents des grands centres (archives).

Photo : Radio-Canada

À ce sujet, la députée de Manicouagan, Marilène Gill, souhaite qu'un centre de prélèvement de données biométriques soit ouvert sur la Côte-Nord.

Comme députée, je trouve ça regrettable. Ça pourrait forcer des gens à dire : ''je vais aller à l'extérieur, finalement''. Il faudrait que les gens puissent avoir accès, à une distance raisonnable, à un endroit pour pouvoir compléter leur demande. C'est essentiel, souligne-t-elle.

Il y a deux poids, deux mesures entre les grands centres et les régions. On ne donne pas la même chance aux gens. On est discriminés de ce point de vue.

Une citation de :Marilène Gill, députée de Manicouagan

Mme Gill aimerait également que les demandes provenant du Québec soient traitées en parallèle par Québec et Ottawa, plutôt qu'un palier de gouvernement après l'autre, pour accélérer le processus.

Elle déplore par ailleurs que les dossiers d'immigration sont encore en papier, et non informatisés, ce qui a considérablement allongé les délais lorsque les employés d'Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) ont dû travailler de la maison en raison de la pandémie, et n'avaient plus accès aux dossiers.

Il faut qu'un coup de barre se donne à l'IRCC pour rattraper le retard et se mettre à jour dans le traitement des dossiers, affirme la députée.

Avec les informations de Laurence Royer

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