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Analyse

Le #MeToo militaire qui hante Justin Trudeau

Une photo montre le premier ministre Justin Trudeau en compagnie de son ministre de la Défense nationale, Harjit Sajjan.

Le premier ministre Justin Trudeau en compagnie du ministre de la Défense nationale, Harjit Sajjan, du Chef d’état-major, l'ancien chef d'état-major, Jonathan Vance.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Le premier ministre Justin Trudeau se décrit lui-même comme un féministe. Il a démontré dans le passé qu’il tolère mal les inconduites sexuelles dans son propre parti, en expulsant deux députés libéraux au début de son règne comme chef.

Mais dans le dossier du climat toxique au sein des forces armées et du soutien aux femmes militaires victimes de harcèlement ou d’agressions sexuelles, Justin Trudeau aurait pu saisir cette semaine l’occasion de joindre la parole aux actes.

En arrivant au pouvoir en 2015, un rapport accablant l’attendait sur son bureau. Celui de l’ex-juge de la Cour suprême Marie Deschamps. Elle faisait état d’une culture de la sexualisation toxique dans les Forces et prescrivait plusieurs solutions. Elle recommandait notamment la mise sur pied d’un mécanisme indépendant et externe pour s’occuper des plaintes d’inconduites sexuelles dans l’armée.

Six ans plus tard, son ministre de la Défense, au lieu de mettre en place un tel mécanisme, annonçait plutôt cette semaine un nouvel examen, sur le même sujet, par une autre ex-juge de la Cour suprême, Louise Arbour.

Louise Arbour sur le plateau de l'émission ''Tout le monde en parle''.

Ottawa fait appel à l'ancienne juge de la Cour suprême Louise Arbour pour réaliser « un examen indépendant » du traitement par l'armée des agressions sexuelles, du harcèlement et d'autres inconduites.

Photo : Avanti Groupe / Karine Dufour

Une 2e enquête nécessaire ?

Le malaise était public et le remède était connu. Mais on peut s’imaginer que la pilule passait mal au sein des Forces, et que le gouvernement a décidé de ne pas pousser la dose.

Le problème ayant atteint le sommet de la chaîne de commandement et grimpé jusqu’au plus haut des échelons politiques du pays, les libéraux ont tenté de mettre fin à la crise.

Mais au lieu d’imposer le remède prescrit il y a six ans, ils demandent maintenant une nouvelle consultation chez le docteur.

Le premier ministre affirmait vendredi que ce nouvel examen était quand même nécessaire, parce que le système actuel est inadéquat pour les femmes qui veulent se plaindre et dénoncer leur agresseur au sein des Forces armées.

La vérité, c’est que les libéraux ont eu six ans pour améliorer le système et mettre en place un tel mécanisme externe, mais ils ne l’ont pas fait.

Et c’est difficile pour le ministre Harjit Sajjan de dire qu’il n’a pas eu le temps d’agir. C’est un des ministres de la Défense qui est resté le plus longtemps en place. Il occupe le même poste depuis l’arrivée au pouvoir des libéraux en 2015 et a survécu à de nombreux remaniements.

En fait, c’est aussi difficile pour Justin Trudeau de blâmer le ministre Sajjan pour son inaction. Le premier ministre n’a jamais demandé formellement à son ministre de la Défense de se pencher sur le dossier des inconduites sexuelles dans l’armée. Les lettres de mandats du ministre Sajjan de 2015, 2019 et 2020 ne contiennent pas cet objectif.

Pourtant, dans son programme électoral de 2015, le parti libéral promettait de faire de l’armée un lieu de travail exempt de harcèlement et de violence sexuelle. Force est de constater que cette promesse libérale ne s’est pas transformée en priorité gouvernementale.

Une promesse rompue ?

Cette semaine on apprenait qu’en cinq ans, presque 600 plaintes pour agression et harcèlement sexuel ont été déposées par des militaires.

Depuis des semaines, le premier ministre est malmené par l’affaire du général Vance, dont une plainte pour inconduite sexuelle survenue il y a trois ans aurait été, selon l’opposition, camouflée ou à tout le moins ignorée par les plus hauts échelons de la Défense, voire par la chef de cabinet de Justin Trudeau.

L'ancien chef d’état-major de la Défense, Jonathan Vance

L'ancien chef d’état-major de la Défense, Jonathan Vance

Photo : La Presse canadienne / Lars Hagberg

Le gouvernement libéral avait l’occasion de prendre des actions concrètes, mettre sur pied un mécanisme externe et indépendant, pour montrer qu’il prend la question au sérieux, et qu’il a à cœur le sort des femmes en uniformes.

À la place, sa décision de commander un nouvel examen ressemble davantage à du pelletage en avant. Le rapport final de l’ex-juge Arbour est attendu dans 12 à 15 mois, bien au-delà de la prochaine fenêtre électorale.

Les femmes – militaires ou non – qui s’attendaient au moins à un début de solution y verront une promesse rompue. Ce qui risque de ternir le blason féministe dont se revêtent tout le gouvernement Trudeau, et le parti libéral, lors de la prochaine élection.

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