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Des cartels mexicains au Canada, la route du fentanyl

Des sachets de fentanyl sur une table.

Plus de 3 kg de fentanyl saisies par des enquêteurs de la GRC en Colombie-Brittanique l'été 2020.

Photo : La Presse canadienne / Darryl Dyck

De janvier à septembre 2020, plus de 4300 Canadiens sont morts par surdose, ce qui fait de 2020 l'année la plus meurtrière depuis le début de la crise des opioïdes. Le fentanyl est en cause dans un grand nombre de ces morts. Comment cette substance arrive-t-elle jusqu'au Canada?

Le nombre de saisies de fentanyl par la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a doublé entre 2019 et 2020 au niveau national, observe le caporal Brad Macintosh, spécialisé dans la lutte antidrogue. En 2020, 107 kg ont été saisis, soit l’équivalent de 107 millions de doses.

L’Agence des services frontaliers du Canada a, de son côté, saisi 264 kg de fentanyl entre 2017 et 2020. Cet analgésique 50 fois plus puissant que l'héroïne est devenu l'ennemi numéro un de la santé publique et de la police, qui tente de démanteler les réseaux criminels qui le distribuent.

Des laboratoires au Canada

C’est difficile d’en connaître la provenance exacte, avoue Brad Macintosh. Depuis le début de la crise observée pour la première fois aux États-Unis en 2014 et au Canada en 2016, les routes de distribution du fentanyl se sont complexifiées.

Nous pensons que le fentanyl en Alberta vient de la côte ouest, directement d'Asie et du Mexique. Nous avons même vu des laboratoires sur le sol albertain, mentionne-t-il.

Selon un rapport de l’Agence américaine de lutte contre le trafic de drogue (DEA) publié en 2020, les ingrédients nécessaires pour fabriquer cet opioïde viennent de Chine et, fait nouveau, d'Inde.

Des laboratoires expédient la drogue généralement sous forme de pilules ou de timbres transdermiques par courrier vers le Mexique, les États-Unis et le Canada.

Les laboratoires asiatiques acheminent également les précurseurs, les composants permettant de fabriquer de la drogue, à des organisations criminelles qui fabriquent ensuite le fentanyl en Amérique du Nord et le distribuent sur le reste du territoire en passant par les frontières terrestres, maritimes et aériennes.

Un officier et son chien cherche de la drogue dans des lettres à l'aéroport John F. Kennedy, à New York, le 24 juin 2019.

Des cartels mexicains au Canada, la route du fentanyl

Photo : afp via getty images / Johannes Eisele

Visite chez les cartels

Le cartel du Sinaloa, dans l'ouest du Mexique, est un des principaux fournisseur de fentanyl en Amérique du Nord. Ses revenus, toutes activités confondues, sont estimés à plusieurs milliards de dollars par an.

Cette organisation tentaculaire, composée d’une cinquantaine de clans et d’environ 10 000 membres, a été étudiée de près par Bertrand Monnet, professeur à l’EDHEC, l’école de commerce française, et spécialiste du crime organisé.

Il a passé deux mois à suivre le quotidien des membres du cartel et à visiter des laboratoires clandestins pour étudier ses mécanismes économiques.

Des pilules jaunes groupées sur un comptoir aux couleurs de marbre gris.

Des pilules de fentanyl dans un laboratoire d'analyse.

Photo : afp via getty images / Don Emmert

Le fentanyl, c’est clairement le blockbuster du cartel du Sinaloa depuis trois ou quatre ans, explique-t-il. Le fentanyl est en train de passer devant la cocaïne en termes de rentabilité. Ils peuvent faire des marges jusqu’à 4000 % en vendant du fentanyl.

Si le cartel du Sinaloa a emprunté la route commerciale du fentanyl, c’est aussi parce que ses autres produits se vendent moins. La légalisation du cannabis dans plusieurs États américains a fait baisser une part importante de leur marché sur le cannabis, explique Bertrand Monnet.

La consommation d'héroïne a aussi baissé. Les clients se tournent de plus en plus vers les opioïdes. C’est un nouveau marché pour eux. La molécule clé, c’est le fentanyl. Ils s'y sont donc lancés de façon massive et rapide, fait remarquer Bertrand Monnet.

Vue aérienne d'un cimetière de Culiacán, capitale du Sinaloa.

Ce cimetière de Culiacán, capitale du Sinaloa, accueille les corps de trafiquants de drogue du cartel.

Photo : afp via getty images / Pedro Pardo

La corruption à tous les niveaux

Un comprimé de fentanyl coûte en moyenne 2,20 $ à Mexico, 6,60 $ à Los Angeles et environ 10 $ à New York.

Outre la demande, la différence de prix s'explique également par les coûts liés à la nécessité de déjouer le système de détection, explique Bertrand Monnet.

Des agents portuaires, des douaniers, des policiers dans tous les pays où ils travaillent... Ça ne coûte pas cher à produire. Ce qui coûte cher, c’est la corruption, précise-t-il.

Après avoir passé la frontière mexicaine, le fentanyl est vendu dans les rues du Canada et des États-Unis par des organisations criminelles qui sont de plus en plus attirées par cette course au profit.

Entre 2015 et 2019, le Service canadien de renseignements criminels a observé une hausse de 1500 % du nombre de groupes du crime organisé impliqués dans le marché du fentanyl. Les bandes de motards hors la loi s’y intègrent de plus en plus.

Quelle solution?

Pour mettre fin à ce fléau, il faut davantage de coopérations entre les autorités et les programmes de santé mentale afin d’aider le public qui crée la demande pour ce produit, estime Brad Macintosh, de la GRC à Edmonton.

Expert de l’économie criminelle depuis 16 ans, Bertrand Monnet considère qu’il est difficile de lutter contre la production au Mexique, mais qu'il est possible de lutter contre la dépendance pour changer la tendance.

Il s’avoue toutefois pessimiste face à des trafiquants qui, eux, sont optimistes. Ils savent que toutes les conditions sont réunies. Ils vendent la satisfaction d’un vice. L’homme est ainsi fait, il aura toujours besoin de satisfaire certains vices, estime-t-il.

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