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Foyers pour aînés : les francophones plus vulnérables aux transferts sans consentement

Gros plan sur les mains d'un aîné qui tient une canne.

Le décret d'urgence du gouvernement Ford pourrait avoir un impact plus lourd sur les aînés francophones de la province.

Photo : Shutterstock / Alexander Raths

La mesure d’urgence permettant aux hôpitaux ontariens de transférer certains patients sans leur consentement soulève des inquiétudes, particulièrement auprès des aînés francophones.

Les familles, et spécifiquement les familles francophones, s’apprêtent à vivre l’enfer!

France Gélinas n’y va pas par quatre chemins pour dénoncer la décision du gouvernement autorisant les hôpitaux ontariens à déplacer ses patients stables vers des foyers de soins de longue durée ou des maisons de retraite, et ce, sans le consentement du patient.

Le décret d’urgence se veut une solution temporaire pour désengorger les hôpitaux débordés par les patients de la troisième vague de COVID-19. Mais pour Mme Gélinas, c’est une porte ouverte à des situations dramatiques.

Capture d'écran d'une entrevue avec France Gélinas.

France Gélinas est la députée de Nickel Belt. Depuis 2018, elle est la porte-parole de l’opposition néodémocrate en matière de soins de santé.

Photo : Radio-Canada

Nous, on l’a vécu dans le Nord de l’Ontario à plus petite échelle, raconte la députée de Nickel-Belt et porte-parole néo-démocrate en matière de santé. L’Hôpital Horizon-Santé-Nord était alors débordé et a déclaré l’état de crise 1A, explique la députée, ce qui lui confère le droit de déplacer des patients en attente d’un lit en foyer de soins de longue durée vers d’autres établissements.

Certains des résidents de sa circonscription se sont retrouvés à l’Île Manitoulin, à Parry Sound ou encore à Thunder Bay, rapporte Mme Gélinas. On parle de plusieurs heures de route, c’était en plein hiver et on connaît l’état des routes en hiver dans le Nord de l’Ontario.

Le cas francophone

Et en plus de l’isolement géographique, l’isolement culturel pourrait être un autre problème, selon la députée.

Le gouvernement va les prendre, les déménager contre leur gré dans une maison qui peut être n’importe où dans la province et qui ne leur garantit en rien qu’il y aura une seule personne dans cette maison-là qui pourra leur parler français.

Une citation de :France Gélinas, députée NPD de Nickel-Belt

Et une fois placée dans un foyer, le temps d’attente pour obtenir une place dans le foyer de premier choix peut être long, et encore plus pour les francophones qui souhaitent être servis dans leur langue.

En Ontario, pour chaque lit dans un foyer de soins de longue durée proposant des services en français, il y a environ 3400 personnes qui attendent, affirme Gilles Fontaine, le directeur général de la Fédération des aînés et retraités francophones de l’Ontario (FARFO).

Portrait de Gilles Fontaine.

Gilles Fontaine, directeur général de la Fédération des aînés et des retraités francophones de l'Ontario

Photo : Gilles Fontaine

Comparativement, pour un lit dans un foyer non-francophone, la liste d’attente est de 170 personnes par lit, complète-t-il, citant des statistiques de l’an dernier.

Une disparité qui fait en sorte qu’un francophone placé, même temporairement, dans un foyer qu’il n’a pas choisi, risque d’attendre plus longtemps que la moyenne.

Ce n’est pas qu’une question de soins en français, mais aussi de culture francophone.

Une citation de :Gilles Fontaine, directeur général, FARFO

Un délai durant lequel il n’aura pas accès aux services en français, et si sa famille est loin ou ne peut pas venir lui rendre visite, l’isolement n’en sera que plus grand, explique M. Fontaine. Surtout lorsqu’on sait que ces personnes-là peuvent parfois ne pas sortir en extérieur sous peine d’être placée ensuite 14 jours en quarantaine, et que les visites sont très limitées, ajoute-t-il.

Cas de force majeure

En conférence de presse, la ministre de la Santé Christine Elliott a insisté sur le fait que le décret ne doit servir que lorsque cela est absolument nécessaire pour répondre à un événement de surcharge majeure.

Mme Elliott a ajouté que les patients conserveront leur priorité sur la liste d’attente pour une place dans leur premier choix de foyer. Par ailleurs, aucun frais ne sera chargé au patient pendant ce placement temporaire.

C'est donc juste une bonne mesure à avoir dans les livres, mais ce n’est probablement pas quelque chose que nous aurons besoin d'utiliser, a ajouté le PDG de Santé Ontario, Matthew Anderson.

Des garde-fous qui font en sorte que les droits des patients ne devraient pas être abusés, selon l’ombudsman des patients, Craig Thompson.

Je pense que ces garanties sont ce qui rend cette situation délicate et difficile aussi juste que possible.

Une citation de :Craig Thompson, ombudsman des patients

Le chien de garde des patients ontariens a par ailleurs souligné que les questions de culture, d'ethnie et de langue doivent être au centre des décisions de transfert de patients, et a trouvé les propos de Christine Elliott à ce propos encourageants.

Capture d'écran d'une entrevue en vidéoconférence avec Craig Thompson.

Craig Thompson, ombudsman des patients de l'Ontario

Photo : Radio-Canada

Ces transferts ne peuvent être effectués que lorsque les professionnels de la santé sont convaincus qu'ils ne compromettent pas l'état de santé du patient. Et après un examen approfondi de toute préoccupation éthique, culturelle ou linguistique , a déclaré mercredi la ministre de la Santé.

Des questions en suspens

Malgré ces affirmations, certaines questions demeurent pour certaines familles. Parce qu’un lit est vide, ça ne veut pas dire qu’il y a nécessairement du personnel pour satisfaire les besoins des gens , soulève par exemple Gilles Fontaine.

Beaucoup de ces lits [disponibles] sont dans des foyers qui ont connu de tristes sorts durant la première vague de COVID-19, et qui ont beaucoup de problèmes de non-conformité, avance toutefois l’avocate experte en questions de santé, Jane Meadus.

Une capture d'écran de Jane Meadus en entrevue.

Jane Meadus, avocate de l'organisme Advocacy Centre for the Elderly.

Photo : Radio-Canada

Cette militante pour le groupe de défense des droits des aînés, Advocacy Centre for the Elderly, s’inquiète aussi du recours aux maisons de retraite.

Franchement, les maisons de retraite en Ontario sont des endroits où vous achetez des soins. Ils ne sont pas réglementés de la même manière, ils ne sont pas soumis au même type d'inspections [que les foyers de soins de longue durée, ndlr], avance-t-elle.

Et l’inquiétude vient aussi de la part des familles qui ont déjà des proches dans certains foyers. C’est le cas de Janice Arbuckle-Codeluppi dont la mère est une résidente. Je sympathise avec les gens à l'hôpital, dit-elle, mais ça va être un désastre, estime-t-elle, évoquant une situation déjà très délicate dans les foyers.

Ce n'est pas terrible même dans les meilleurs jours.

Une citation de :Janice Arbuckle-Codeluppi

Elle redoute l’arrivée de patients hospitalisés qui ne sont pas garantis d’être vaccinés, même si la ministre de la Santé assure que tous les efforts seront faits dans ce sens. Mme Arbuckle-Codeluppi souligne par ailleurs que les employés sont déjà peu nombreux, travaillent souvent en accumulant les heures supplémentaires et ne sont pas valorisés à leur juste valeur.

On essaye de réparer un problème dans les hôpitaux, puis ça, je comprends, assure de son côté M. Fontaine, mais on ne veut pas créer un problème dans un autre système qui n’est pas nécessairement solide en ce moment.

Problème de rapatriement

France Gélinas, elle, se rappelle des patients de l’hôpital Horizon Santé-Nord déplacés. Une fois la crise passée, ça a pris des mois pour rapatrier ces personnes dans leur communauté, dit-elle.

Le cas d'un patient malade transféré de Toronto à Ottawa a également suscité la controverse récemment. L'homme est décédé dans la capitale fédérale, et sa famille a dû prendre en charge le rapatriement de son corps à Toronto.

Questionnée par l'opposition à ce sujet vendredi, la ministre de la Santé a présenté ses condoléances à la famille et reconnu des circonstances tragiques. Nous veillerons à ce qu'ils soient remboursés et nous travaillons avec l'hôpital en ce moment pour nous assurer que tout est fait pour que cela n'arrive à personne d'autre, a assuré Mme Elliott.

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