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Les origines américaines du nouveau programme scolaire albertain

Employée dans plusieurs centaines d’écoles aux États-Unis, la philosophie du Core Knowledge est pratiquement absente au Canada.

Classe d'une école secondaire

Le nouveau programme scolaire doit entrer en vigueur dans toutes les classes de la maternelle à la 6e année en septembre 2022.

Photo : Radio-Canada

Le 31 mars, le gouvernement de l’Alberta a provoqué une immense vague de contestation en dévoilant l'ébauche de son nouveau programme scolaire (Nouvelle fenêtre) pour les élèves de la maternelle à la sixième année. Au cœur de ce nouveau programme se cache une méthode pédagogique américaine dont les créateurs se sont retrouvés bien malgré eux au centre d’une guerre idéologique.

Depuis plusieurs semaines, la boîte de courriels de Linda Bevilacqua est inondée de messages envoyés par des parents et des enseignants albertains.

Les gens nous écrivent pour nous dire que notre matériel a été copié sans notre consentement. À un certain moment, on était pratiquement submergé sous les courriels. Je me suis demandé : "Mais qu’est-ce qui se passe?".

Linda Bevilacqua est la présidente de la Core Knowledge Foundation, un organisme de Charlottesville, en Virginie, qui publie du matériel pédagogique accessible en ligne gratuitement.

Son fondateur, E.D. Hirsch, avait publié, en 1987, le livre Cultural Literacy : What Every American Needs to Know (Littératie culturelle : ce que chaque américain devrait savoir), dans lequel il fait la promotion d’une éducation basée sur l’acquisition de connaissances factuelles et d’une grande culture générale à un jeune âge.

La province n’a jamais indiqué qu’elle s’inspirait du contenu publié par la fondation, mais en décembre 2020, Radio-Canada avait obtenu une version préliminaire du programme de musique qui employait une liste de chansons tirées du matériel de la fondation.

L’expression Core Knowledge, qu’on pourrait traduire par connaissances essentielles, apparaît à 12 reprises dans la première version de l’ébauche de programme dévoilée à la fin de mars. Linda Bevilacqua assure que sa fondation, qui emploie une quinzaine de personnes, n’a jamais été contactée par le gouvernement de l’Alberta.

Le matériel de la fondation et l’ébauche du nouveau programme scolaire prônent, par exemple, tous les deux l’enseignement de l’histoire des civilisations anciennes dès la deuxième année du primaire et incluent des listes détaillées de connaissances que les élèves devraient acquérir.

À la défense des connaissances

Les partisans de cette méthode d’enseignement déplorent cependant qu’elle soit souvent réduite à un stéréotype.

Les gens ont cette vision orwellienne d’enfants enfermés dans des boîtes en béton en train de réciter des noms et des dates de façon monotone, mentionne Nicolás Alvarado, qui supervise l’enseignement primaire à l’école Thomas MacLaren de Colorado Spring.

Adriana LaGrange à un podium avec un micro, devant des drapeaux albertains.

La ministre albertaine de l'Éducation, Adriana LaGrange, s'est attiré son lot de critiques après avoir présenté un programme scolaire que plusieurs jugent idéologique.

Photo : Courtoisie du gouvernement albertain

Une partie du programme de l’école s'appuie sur le matériel de la Core Knowledge Foundation. Selon lui, des sujets en apparence difficiles peuvent intéresser les enfants s’ils sont enseignés de la bonne manière.

Un jour, un de mes propres enfants, qui est en deuxième année, est revenu à la maison et nous a fait un long exposé sur la différence entre Brahman, Vishnu et Shiva dans les textes sacrés hindous, donne-t-il en exemple.

De son côté, Linda Bevilacqua affirme que l’enseignement est fait à travers des histoires et des activités qui placent les élèves au cœur du sujet.

« Avant la pandémie, on organisait des soirées familiales où des élèves de différents niveaux partageaient leurs créations. On a aussi des performances théâtrales basées sur une pièce que les jeunes ont lue. »

— Une citation de  Linda Bevilacqua, présidente de la Core Knowledge Foundation

Tous deux ajoutent qu’il est courant de manquer de temps pour tout enseigner. C’est une préoccupation constante, confirme Linda Bevilacqua. Nicolás Alvarado ajoute qu’il faut être flexible et être prêt à abandonner certains éléments si jamais le temps vient à manquer.

Un programme conservateur?

L’ébauche du programme scolaire albertain a également été accusée de ne pas faire suffisamment de place aux autochtones et aux francophones.

C’est un programme qui ne représente pas bien la société albertaine, dit la professeure en didactique de l’histoire et de l’univers social Catherine Duquette, de l’Université du Québec à Chicoutimi.

Ce n’est cependant pas une caractéristique inhérente à la philosophie du Core Knowledge.

E.D. Hirsch a été un démocrate toute sa vie, rappelle Cory Wright-Maley, professeur agrégé d’éducation à l’Université St-Mary. Selon lui, une des choses qui empêchent les gens de sortir de la pauvreté, c’est le manque d’accès à la culture et au langage employé par l’élite.

Cory Wright-Maley est, par ailleurs, en désaccord avec les conclusions de M. Hirsch sur l'acquisition des connaissances et s'oppose à l'adoption du nouveau programme scolaire albertain.

Eric Donald Hirsch, lors d'une conférence.

Eric Donald Hirsch est un professeur d'éducation retraité et fondateur de la Core Knowledge Foundation.

Photo : Policy Exchange

Au sud de la frontière, les partisans de cette méthode pédagogique nient avoir pour but de défendre le pouvoir de l’élite blanche protestante américaine.

Cory Wright-Maley explique cependant que l’enseignement basé sur les connaissances plaît à certains conservateurs qui y voient une façon de freiner l'érosion de la société traditionnelle. Cela dépend cependant entièrement de ce que contient le programme scolaire.

Tant Nicolás Alvarado que Linda Bevilacqua ajoutent que pour avoir du succès, la méthode d’enseignement doit être implantée avec le soutien des enseignants et des parents.

« Ça ne fonctionne jamais quand l’administration scolaire impose cette méthode. »

— Une citation de  Linda Bevilacqua, présidente de la Core Knowledge Foundation

Le nouveau programme scolaire doit entrer en vigueur dans toutes les classes de la maternelle à la 6e année en septembre 2022.

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