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Archives

Le tragique glissement de terrain de Saint-Jean-Vianney

Des voitures et une maison menaçant de glisser dans le précipice dans lequel s'enfonce un poteau électrique.

Le village de Saint-Jean-Vianney au bord du précipice au lendemain du glissement de terrain, il y a 50 ans.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Il y a 50 ans, dans la nuit du 4 au 5 mai 1971, le village de Saint-Jean-Vianney au Saguenay–Lac-Saint-Jean était englouti par un glissement de terrain. Retour en archives sur l’un des désastres naturels les plus meurtriers de l’histoire du Québec.

Le 4 mai 1971, à 23 heures, le destin de la petite municipalité de Saint-Jean-Vianney bascule. En quelques heures à peine, une quarantaine de maisons sont emportées par le sol, qui s'affaisse lentement et inéluctablement sous la ville.

Bilan : 31 morts et des centaines de familles soudainement jetées à la rue.

Le bilan de ce glissement de terrain aurait d’ailleurs pu être bien pire, n'eût été la retransmission télévisée du premier match de la finale de la Coupe Stanley opposant les Canadiens de Montréal aux Blackhawks de Chicago.

Le soir du drame, la partie de hockey tient les gens éveillés et leur permet du même coup de réagir rapidement quand la terre se met à glisser.

Montage d'archives, le glissement de terrain de St-Jean-Vianney. Réalisation: Patrice Pouliot.

Notre montage d'archives retrace le fil des événements sur fond de témoignages de ceux qui ont pu quitter leur maison à temps.

« J'ai entendu un vrombissement. Je suis sortie dehors et j'ai dit à mon mari : viens vite, la montagne en avant est partie! »

— Une citation de  Une sinistrée de Saint-Jean-Vianney

Plusieurs ont vu les maisons s’engouffrer les unes après les autres dans ce qu’ils ont décrit comme une mer de boue.

« On a vu les poteaux en feu qui s'enfonçaient, la route qui s'enfonçait. »

— Une citation de  Une sinistrée de Saint-Jean-Vianney

En état de choc, ils ont dû fuir leur domicile en quelques minutes à peine, en tirant les enfants de leur sommeil.

« Les enfants étaient couchés. On les a réveillés et puis on est partis comme ça, en pyjama. »

— Une citation de  Un sinistré de Saint-Jean-Vianney

Durant la nuit, les 2600 habitants de Saint-Jean-Vianney et des alentours seront évacués par mesure de sécurité et transportés à Arvida, petite ville avoisinante, à l'abri de la catastrophe.

Téléjournal, 5 mai 1971

Au lendemain du drame, le journaliste André Dufour produit ce long reportage pour le Téléjournal.

Des images aériennes nous laissent voir l’immensité du gouffre, long d'un kilomètre et demi, large de 400 mètres et d'une profondeur de 30 mètres.

« Maintenue depuis 24 heures sous le coup de la panique, puis sous la menace de malheurs nouveaux, la petite population de Saint-Jean-Vianney n'a pas dénombré tous ses morts, n'a pas encore pu établir un bilan précis de ses pertes. »

— Une citation de  Le journaliste André Dufour

La caméra capte d’ailleurs le glissement d’une autre maison dans ce précipice qui semble sans fin.

Sur le bord des éboulis, on retire des cadavres. Les corps de 14 victimes ne seront jamais retrouvés.

200 hommes de la protection civile, de la Croix rouge, de la Sûreté du Québec et des services d’urgence locaux sont sur un pied d’alerte, explique le journaliste André Dufour.

En parallèle, une campagne de secours s'organise pour les sinistrés. Avec le soutien de la population locale, le ministère des Affaires sociales s’occupe d’abord de nourrir, loger et vêtir les familles dépourvues et endeuillées.

Le journaliste André Dufour nous apprend également que le gouvernement du Québec a dépêché sur les lieux une équipe de scientifiques et d’ingénieurs de l’Université du Québec et de l’Université Laval. Ils sont chargés de constater l’étendue des désastres et d’évaluer les mesures à prendre.

On conclura plus tard que la ville, établie sur un terrain argileux, se trouvait en fait sur l'un des sols les plus instables de la province. Quelques jours plus tôt, un plus petit écroulement de terrain dans la région avait aussi donné un signal d’alerte.

Refaire sa vie après la tragédie

Dans les jours qui suivent le glissement de terrain, un comité de relocalisation et de déplacement est mis en place par la municipalité.

L'objectif est d'aider les sinistrés à rebâtir leur vie dans les villes d'Arvida et de Shipshaw, deux municipalités voisines dont les sols, cette fois, ne risquent pas de s’affaisser.

Rapidement, les gouvernements provincial et fédéral décident de délier les cordons de leur bourse pour soutenir les survivants.

À l’époque, les assurances ne couvrent généralement pas les dommages liés aux glissements de terrain. Les pertes matérielles sont énormes pour les victimes de cette catastrophe naturelle.

Les Québécois font également preuve d'une grande solidarité pour venir en aide à la population éprouvée de Saint-Jean-Vianney. Le Fonds d’aide aux sinistrés amassera 2,2 millions de dollars.

Montage d'archives, le déménagement de Saint-Jean-Vianney. Réalisation: Patrice Pouliot.

« Saint-Jean-Vianney deviendrait-il un autre Val-Jalbert? »

— Une citation de  Le journaliste Rosaire Pelletier

Un mois après la tragédie, le gouvernement du Québec décide de fermer entièrement et définitivement le village en raison des risques de nouveaux glissements de terrain.

Notre second montage d'archives nous montre l'ampleur de l'opération de relogement des habitants de Saint-Jean-Vianney qui se met en branle.

Le déménagement d'une ville n'est pas de tout repos. Ceux qui ont tout perdu dans la tragédie doivent attendre plusieurs mois avant de pouvoir emménager dans des maisons nouvellement construites.

D'autres choisissent de déplacer littéralement leurs anciennes maisons encore intactes vers leur nouvelle ville d'adoption.

« On va retrousser nos manches et puis on va recommencer! »

— Une citation de  Une sinistrée de Saint-Jean-Vianney

Téléjournal, 5 mai 1996

Les survivants de Saint-Jean-Vianney ont dû se relever de ce drame et refaire leur vie.

C’est ce que nous rappelle ce reportage du Téléjournal du 5 mai 1996, lors du 25e anniversaire de l’événement.

Le journaliste Maxence Bilodeau assiste à la cérémonie de commémoration qui leur permet de se rassembler et de se recueillir.

De Saint-Jean-Vianney, il ne reste plus que les marches de l'église et les rues d'une sorte de village devenu presque fantôme.

Il faut continuer à vivre exprime Thérèse Bourgeois, qui a perdu son fils, sa bru et sa petite-fille d’un an et demi dans la nuit du 4 mai 1971.

Près du monument en mémoire des 31 disparus, les survivants plantent une graine dans le sol, symbole de renaissance et hymne à la vie, souligne le journaliste.

Téléjournal Saguenay, 4 mai 2017

Saint-Jean-Vianney a été rayé de la carte, mais le site continue de vivre comme lieu de pèlerinage et de mémoire.

Comme nous apprend ce reportage au Téléjournal Saguenay du 4 mai 2017, il a aussi commencé à attirer des amateurs de sensations fortes.

Depuis des années, des courses improvisées de véhicules tout-terrain se tiennent dans ce qu’on appelle « le trou de Saint-Jean-Vianney ».

En 2017, cette vocation devient mieux encadrée et le site peut désormais accueillir officiellement les adeptes de sports motorisés et de conduite hors-piste.

Le site de Saint-Jean-Vianney prend ainsi un nouveau virage, sans que la tragédie ne soit oubliée, conclut la journaliste Catherine Paradis dans son reportage.

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