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Les parents qui adoptent des enfants de la DPJ espèrent des changements législatifs

Le chemin peut être long pour ceux qui adoptent un enfant au Québec. Peu de familles acceptent de parler ouvertement du processus tant que les parents biologiques ont la possibilité de récupérer la garde de leur enfant.

Un dessin d'enfant où sont représentés papa, Éloïse, Raphaël et maman.

Dessin de la famille Allard-Gill

Photo : Radio-Canada / Anne-Louise Despatie

Les quelques familles à qui nous avons parlé espèrent des changements avec la sortie, lundi, du rapport de la commission Laurent sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse.

Ce rapport arrive alors que le gouvernement prépare une réforme du droit familial et une refonte de la Loi sur la protection de la jeunesse.

Les parents adoptants souhaitent un resserrement des délais pour éviter les déchirements que subissent les enfants qui leur sont confiés.

Pascal Allard et Eveline Gill sont les parents adoptifs de Raphaël et Eloïse, l’un arrivé en adoption régulière, l’autre comme enfant de la DPJ confiée à cette famille désireuse de l’adopter.

Pascal Allard, qui a été lui-même adopté à l'âge de 5 ans, considère que le processus peut être éprouvant

On voit le petit Raphaël et la jeune Eloïse par terre, qui regardent vers le haut la caméra et sourient. Raphaël tient un livre ouvert devant lui. Quelques jouets jonchent le sol.

Raphaël et Eloïse, les enfants adoptés de Pascal Allard et Eveline Gill

Photo : Radio-Canada / Anne-Louise Despatie

Quand on embarquait là-dedans, ils nous disaient : "tu es assis dans une automobile, mais ce n'est vraiment pas toi qui conduis. [...] Tu es là, mais tu ne décides pas, si tu veux lui faire couper les cheveux ou l'emmener en vacances. [...] Tu aimes déjà cet enfant-là, mais tu n’es que la famille d'accueil".

Sa conjointe, Eveline Gill, gère une page Facebook pour soutenir des parents en démarche d’adoption. Elle résume le sentiment généralisé des membres : celui de n’avoir aucun droit et seulement des obligations envers la DPJ et la famille biologique.

Philippe Vincent et Lyle Aubry ont vécu un véritable deuil lors d’une première expérience comme famille d’accueil avec projet d’adoption.

En 2009, le couple a perdu la garde d’un garçon de 3 ans qui avait passé la moitié de sa vie avec eux. Après un an et demi, un juge a décidé de confier l’enfant à l’oncle qui avait la garde de l'aîné.

On est pris avec des contradictions terribles. Tout le monde s'entend pour dire qu'il faut favoriser l'attachement, que ça va créer de la stabilité, tout ça, c'est clair. Monsieur Carmant et madame Laurent en parlent beaucoup dernièrement.

Une citation de :Lyle Aubry

Lyle Aubry et Philippe Vincent ont plongé dans un deuxième projet d’adoption, concluant celui-là. Un garçon de 10 ans dont ils sont les parents légaux depuis 5 ans.

On voit la famille de quatre assis à une table dans une demeure. Ils jouent aux cartes.

La famille Vincent-Aubry qui joue aux cartes.

Photo : Radio-Canada / Anne-Louise Despatie

Familles d’accueil dans une catégorie à part

L’adoption est encadrée par la DPJ depuis les années 80. Entre 200 et 250 enfants sont adoptés chaque année au Québec. Parmi eux, très peu le sont en adoption régulière, c'est-à-dire peu après leur naissance.

La majorité des enfants sont d’abord confiés à une famille d’accueil qui souhaite adopter. C’est ce que le réseau des services sociaux appelle la banque mixte pour désigner les familles qui veulent être parents à part entière d'enfants dont les parents biologiques sont en grande difficulté.

Ils s'occupent de l'enfant comme si c'était le leur, mais, en même temps, ils ont l'obligation, par exemple, d'amener l'enfant à des visites supervisées avec ses parents biologiques. Ils ont à demander certaines autorisations [...] et ça leur fait vivre des frustrations et des tensions dans leur rôle, explique Geneviève Pagé, professeure à l'Université du Québec en Outaouais et chercheuse en placement et adoption en Protection de la Jeunesse.

Même s'ils savent que la majorité de ces enfants-là finissent par être adoptés, ils ne veulent évidemment pas tomber dans le 3 % ou 4 % des enfants qui retournent dans leur famille biologique.

Une citation de :Geneviève Pagé

Le mandat de la DPJ est de veiller à l'intérêt de l’enfant, tout en soutenant les parents biologiques dans leurs difficultés. Les parents adoptants de la banque mixte sont habituellement conscients de la possibilité que les parents d’origine se reprennent en main.

Toutefois, les points de vue divergent sur le temps qu’on accorde aux parents biologiques pour donner de la stabilité à leur enfant.

Les parents adoptants tendent à croire que l’intérêt de l’enfant se mesure en termes de stabilité, d’attachement, de sécurité, et pas nécessairement dans la famille biologique.

Pour le parent biologique, il y a toujours plus de chances de se reprendre et, à un moment donné, c'est l'enfant qui en souffre.

Une citation de :Eveline Gill, mère adoptive

Pas de portrait global de l’adoption

Alors qu’on s’apprête à faire ces changements législatifs, il est difficile d’obtenir des données (passées et présentes) sur les enfants adoptés au Québec. En l’absence d’un portrait global, le ministère de la Santé et des Services sociaux a d’ailleurs mandaté des chercheurs à cette fin.

On n'est pas en mesure, à l'heure actuelle, de dresser un portrait provincial de l'adoption québécoise, explique Geneviève Pagé. On sait que la majorité des adoptions sont faites via le programme banque mixte, mais, en même temps, on est incapable d'avoir un portrait clair de toutes les régions parce que c'est chaque établissement, chaque CISSS et chaque CIUSSS, qui a ces données.

Il existe trois possibilités pour adopter un enfant :

1. L'adoption régulière au Québec concerne les enfants dont les parents biologiques ont eux-mêmes choisi de confier leur enfant en adoption. Ce sont généralement des nouveau-nés.

Temps d'attente : environ 7 à 8 ans

2. Adopter un enfant au Québec en devenant d'abord famille d'accueil (banque mixte).

Ce type d'adoption concerne les enfants qui ont été retirés de leur milieu familial à la suite d'un signalement à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ). Les parents de ces enfants vivent des difficultés personnelles (santé mentale, alcoolisme, toxicomanie, etc.) qui les empêchent de prendre soin de leurs enfants et de répondre à leurs besoins. Les enfants ont rapidement besoin d'un milieu de vie adapté et stable et éventuellement d'être adoptés*.

La majorité des enfants sont âgés de moins de 5 ans.

Temps d'attente pour adopter un enfant : environ 3 à 5 ans

*Attention : Lorsque vous accueillez un enfant, ce n'est pas assuré que vous puissiez l'adopter. La Loi sur la protection de la jeunesse favorise le retour de l'enfant auprès de ses parents biologiques s'ils règlent leurs difficultés. S'ils n'y arrivent pas, l'adoption est envisagée.

3. Adopter un enfant hors Québec (autres provinces du Canada ou à l'international).

Ce type d'adoption concerne les enfants venant d'autres provinces du Canada ou de pays étrangers.

Temps d'attente : environ 1 à 10 ans, selon le pays d'origine

Devenu plus long et varie selon les pays.

Source : MSSS (Nouvelle fenêtre)

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