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Jouer au mah-jong pour rester connecté

Deux aînés jouent au mah-jong en souriant. Plusieurs tuiles du jeu sont posées sur la table tandis que l'une d'elle prépare ses combinaisons et que l'autre sourit à la caméra.

Jouer au mah-jong permet de se rassembler.

Photo : Rebecca Buttiegieg

L’arrivée de la pandémie a perturbé la routine de certains passionnés de jeux de société. C’est le cas de ceux qui jouent au mah-jong, un jeu traditionnel d’origine chinoise. Très populaire auprès des aînés, le mah-jong est aussi joué au sein de plusieurs communautés asiatiques.

Le mah-jong est un jeu de stratégie individuelle qui se pratique au moins à quatre joueurs, nous explique Zhan Su, professeur et titulaire de la Chaire Stephen-A.-Jarislowsky en gestion des affaires internationales. Le but du jeu est d'obtenir le plus grand nombre de points possible en formant, à l'aide des tuiles, des combinaisons, comme au poker, dit-il.

Francis Lu, étudiant en travail social au Collège Boréal à Toronto, originaire de Shanghai en Chine, nous explique que sur les tuiles sont inscrites des chiffres sous forme de cercle, de bambou. Il s'agit de caractères traditionnels chinois, des dessins d’oiseaux ou encore des symboles importants pour la Chine tels que les dragons, entre autres.

Pendant la pandémie, Francis joue au mah-jong en ligne afin de rester en contact avec sa famille. Et, puisque le logiciel de jeu qu’ils utilisent ne leur permet pas de se voir, ils ouvrent simultanément l’application Zoom ou Google Meet sur un autre écran. Ainsi, ils ne manquent rien des expressions faciales des uns et des autres.

Parler du mah-jong fait surtout remonter des souvenirs d’enfance chez Francis. Il se rappelle qu’après les dîners et aussi lors des grands événements, les adultes dans sa famille se rassemblaient en cercle autour d’une table verte pour jouer au mah-jong. Dans une ambiance festive, les adultes riaient et discutaient bruyamment tandis que les enfants, dont lui-même, gravitaient autour d’eux.

Francis, dont le père est décédé l’an dernier, se souvient qu’il pouvait jouer ensemble au mah-jong une ou deux fois par semaine. Lorsque mon père se trouvait soit en Chine, soit aux États-Unis, le mah-jong nous permettait de garder un lien étroit, dit-il.

Lunettes de soleil et béret en tête, le père de Francis pose pour la photo, les bras noués dans son dos. Il porte un manteau et un sac en bandoulière tandis qu'il donne dos au lac de Toronto. Plus loin, on aperçoit des bâtiments sur l'autre rive.

Une photo du père de Francis Lu sur le quai de Toronto en 2018. Il a appris à Francis à jouer au mah-jong, quand il était petit, pour développer sa logique.

Photo : Francis Lu

Francis joue maintenant en ligne avec sa mère. Il raconte que dans la plupart des maisons de retraite en Chine, les aînés jouent au mah-jong pour rester actifs.

De son côté, Stella Lee, une résidente de Toronto, d’origine hongkongaise, avait l’habitude de jouer au moins 2 à 3 fois par semaine avant la pandémie.

Par ailleurs, dans le but de voir à quel point elle aime jouer au mah-jong, il y a quelques années, Stella s’est adonnée à une petite expérimentation personnelle. Lors d’un voyage à Hong Kong, elle a joué au mah-jong 10 à 12 heures par jour, et ce durant 7 jours d'affilée. Je ne faisais que manger, dormir et ensuite jouer jusqu’à minuit. C’est l’un de mes jeux préférés., raconte-t-elle.

J’aime jouer au mah-jong parce que c’est un jeu social interactif. C’est très important pour moi et je sens que ça m’aide à améliorer ma mémoire.

Une citation de :Stella Lee, résidente de Toronto

Stella a de nombreuses anecdotes du mah-jong qui la rendent heureuse, dont un voyage dans une province de la Chine nommée Sichuan. C’était l’été, les gens n’avaient pas d’air conditionné chez eux. Ils avaient installé leurs tables et leurs chaises directement dans les piscines pour jouer, raconte-t-elle, tout sourire.

Par ailleurs, Stella joue habituellement au Second Mile Club de Toronto du Centre de santé communautaire Kensington. Le Second Mile Club est un centre de service communautaire qui dispose entre autres de plusieurs centres de loisirs sans rendez-vous, d'un programme communautaire de soins palliatifs de jour, etc.

Stella Lee porte des lunettes. Elle sourit à la caméra.

Stella Lee joue au mah-jong depuis son secondaire.

Photo : Radio-Canada

Elle reconnaît qu’il y a plein d'applications en ligne pour jouer au mah-jong. Et même si certaines sont gratuites, elle se méfie d’elles par crainte de piratage ou d’hameçonnage en ligne.

De son côté, Rebbecca Buttiegieg, responsable du programme de jour au Second Mile Club de Toronto, soulève que c'est un réel défi de jouer en étant loin des autres. C’est dur, dit la jeune femme qui affirme apprivoiser encore le mah-jong.

Elle ajoute que les membres du Second Mile Club de Toronto continuent toutefois de discuter en ligne sur des stratégies ou des astuces pour améliorer leur jeu de mah-jong. Des discussions que le centre envisage de transférer au sein de leur programme d’apprentissage de langue anglaise par exemple.

De son côté, Wendy Lee, aussi un membre du Second Mile Club de Toronto, a appris à jouer au mah-jong à partir de son ordinateur. Elle se rappelle la joie de rencontrer les gens en jouant au mah-jong, avant la pandémie.

Elle raconte qu’elle pouvait s’adonner à cette activité 3 à 5 fois par semaine. Toutefois, elle est davantage passionnée par les échanges avec les autres que par le jeu en soi. Wendy explique qu'étant retraitée, pour elle, le mah-jong sert de tremplin pour socialiser.

Présentation d'un ensemble du jeu mah-jong posé sur une table. 144 tuiles ainsi que 6 dés font partie de l'ensemble.

Le mah-jong compte plus d’une centaine de tuiles.

Photo : Stella Lee

Je suis une jeune joueuse. Je joue depuis 3 ans. Certains autres jouent au mah-jong depuis 30, 40 ans, dit-elle.

Jouer au mah-jong me rend heureuse parce que je peux rencontrer des gens.

Une citation de :Wendy Ng, résidente de Toronto

Wendy raconte que jouer au mah-jong lui manque tellement qu’à l’avenir, après la pandémie, elle compte préparer une salle dans son sous-sol pour inviter ses amis à jouer au mah-jong avec elle.

Pour illustrer la popularité du mah-jong dans la sphère culturelle chinoise, le professeur Su partage une description anecdotique de l’intérêt pour le jeu, une blague quasiment caricaturale, dit-il :

Parmi l’ensemble de la population chinoise, à l’époque, si la Chine comptait 1 milliard de personnes au sein de sa population, on pourrait dire que 900 millions de Chinois jouent au mah-jong et le 100 millions restant regardent comment les autres jouent.

L'engouement était toutefois beaucoup plus fort a une certaine époque, explique-t-il. Il ajoute que la place que le mah-jong semble prendre dans la diaspora asiatique serait due au fait qu’en étant à l’étranger, on se raccroche à tout ce qui peut nous faire sentir proche de notre pays d’origine.

Le jeu de mah-jong comprend au moins 144 tuiles et les règles sont différentes d’une région à l’autre, ajoute-t-il.

Vers la fin des années 90, le gouvernement chinois a proposé une norme nationale pour le mah-jong, mais il y a tellement de variantes différentes. [...] Les Japonais ont inventé leurs propres règles. Il n'y a pas qu’une seule façon de jouer.

Une citation de :Zhan Su, professeur et titulaire de la Chaire Stephen-A.-Jarislowsky en gestion des affaires internationales

En Europe, aux États-Unis, il y a différentes règles, renchérit aussi Francis Lu.

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