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Les loyers à Montréal : de la « folie », déplorent des intervenants

Une affiche accrochée à un immeuble sur laquelle il est écrit : logement à louer, complet.

De plus en plus de voix s'élèvent pour dénoncer la situation du logement à Montréal.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Que le premier ministre François Legault ait ou non été mal cité, il est vrai qu'il est possible de trouver un logement entre 500 $ et 600 $ par mois, même à Montréal. Mais c'est un loyer au ras du sol, constate-t-on en épluchant les petites annonces. Et on ne voit pas le plafond.

Radio-Canada a pu trouver quelques appartements à louer dans Hochelaga-Maisonneuve et dans les secteurs éloignés du centre-ville à un peu moins de 600 $. Mais il s’agissait de logements très petits. Des 1 ½ ou des 2 ½, de moins de 300 pieds carrés, généralement pas chauffés ni éclairés, et souvent en manque d’amour et de rénovations.

Les données de la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL) et de la Société d'habitation du Québec (SHQ) indiquent qu’en 2020, à Montréal, le prix médian pour un studio ou un petit appartement modeste était d'environ 700 $ par mois.

Pour un 4 ½, le loyer mensuel médian était d’autour de 900 $.

On ne s’en sortait pas beaucoup mieux à Québec, avec un prix médian de plus de 870 $ par mois pour un 4 ½. Mais c’est à Gatineau qu’il était le plus élevé : 935 $.

Les taux d’inoccupation étaient de 2,7 % à Montréal et à Québec et de 1,6 % à Gatineau, alors que le point d’équilibre entre l’offre et la demande est d’environ 3 %. Sous ce seuil, les locateurs ont le gros bout du bâton.

Il y a moyen pour les Québécois de se consoler en regardant vers l’ouest. Le loyer médian était de plus de 1500 $ à Toronto et à Vancouver, avec des taux d’inoccupation respectifs de 3,5 % et de 2,6 %.

Mais ce n'est pas ça qui aidera Marie-Josée Hudon, une Montréalaise à la recherche d'un logement.

Depuis un an, dans le quartier qu’elle a choisi et pour le type de logement qu’elle convoite, le prix a carrément doublé, déplore-t-elle en entrevue. Multiplié par deux!

C'est très décourageant, se désole Mme Hudon.

C'est rendu une folie, en ce moment. On voit des logements qui vont aller dans les 3000 $.

Une citation de :Martin Blanchard, du Comité logement de La Petite-Patrie

M. Blanchard recommande fortement à ceux qui le peuvent de ne pas quitter leur logement actuel, car il reste très peu de logements dits abordables. Et quand on dit abordables, on parle de 1200 $.

Les logements dont le loyer est considéré comme raisonnable disparaissent évidemment très vite du marché, ce qui a amené une pratique relativement nouvelle : attendre en file pour visiter un appartement.

Ces files, souvent, sont créées de manière artificielle par les propriétaires qui invitent tout le monde au même moment pour créer une surenchère, ce qui fait qu'il y a des locataires qui veulent absolument le logement qui vont offrir quelques centaines de dollars de plus pour l'avoir, dénonce Martin Blanchard. Et ça, ce n'est pas encadré par la loi. C'est une autre des nombreuses pratiques qui ne sont pas encadrées ou sont très mal encadrées par les instances actuelles.

Des locataires incapables de se trouver un toit

Une double tempête

Si plusieurs défenseurs des droits des locataires parlent d’une crise du logement, le gouvernement Legault et la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ) assurent qu’on n’en est pas là. Mais le fait est que les loyers atteignent de plus en plus des niveaux prohibitifs.

Stéphane Grenier, professeur et chercheur en travail social à l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT), souligne en entrevue à Zone économie que deux phénomènes se produisent simultanément : il y a une crise de l'abordabilité qui sévit, dit-il, et elle est aggravée par le très bas taux d’inoccupation.

C'est deux choses différentes. Parce qu'on peut manquer de logements, mais avoir des logements quand même abordables, explique M. Grenier. Là, ce qui se produit à Montréal, c'est qu'on a aussi une augmentation de 4,2 % du coût des logements, ce qui fait que les deux premiers quintuples de la population, en termes de revenu, ont de la difficulté à se loger ou sont mal logés. Ça veut dire qu'ils paient plus de 30 % de leur revenu pour l'habitation.

C'est déplorable que le gouvernement nie la crise du logement à répétition, laisse tomber Maxime Roy-Allard, du Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ).

Hans Brouillette, en entrevue dans les studios de Radio-Canada.

Hans Brouillette, directeur des affaires publiques de la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec

Photo : Radio-Canada

Il n'y a pas de crise du logement à Montréal, martèle Hans Brouillette, directeur des affaires publiques de la CORPIQ. Il soutient qu'il y a suffisamment de logements abordables dans la métropole et qu'en moyenne, le revenu des locataires a augmenté plus rapidement que les loyers, ces dernières années.

Il y aura toujours des gens dont la capacité financière n'arrive pas à suivre l'inflation du coût d'habitation, fait valoir M. Brouillette.

À la Ville de Montréal, on voit les choses bien différemment.

Nous, on reconnaît clairement qu'on est dans une crise, déclare Robert Beaudry, responsable de l'habitation au comité exécutif.

L'année dernière, on était à peu près à 800 demandes d'aide ou d'information qui ont été enregistrées aux services de référence de l'Office municipal d'habitation. Cette année, on est prêt pour peut-être le double.

Une citation de :Robert Beaudry, responsable de l'habitation au comité exécutif de la Ville de Montréal

50 000 logements sociaux de plus?

Le RCLALQ et d’autres organisations réclament plus de logements sociaux. Des milliers sont d’ailleurs en construction.

Mais les 15 000 logements sociaux, depuis des années, c'est un rattrapage et c'est clairement insuffisant, note M. Roy-Allard.

Oui, le gouvernement de la CAQ met les sommes nécessaires pour venir à bout de construire ces unités-là, mais il en faudrait beaucoup plus. On réclame avec le FRAPRU 50 000 logements sociaux [sur cinq ans] pour tout le Québec.

Véronique Laflamme, porte-parole du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), signale dans un courriel qu'en fait, les besoins sont plus grands que cela, mais que les organismes ont convenu d'un chiffre réaliste.

Avant le retrait du gouvernement fédéral, dans les années 1990, il s’est réalisé plus de 8000 nouveaux logements sociaux par année, rappelle-t-elle. Par ailleurs, il faut noter que notre demande d’un grand chantier de 50 000 logements sociaux n’inclut pas que de la construction neuve, mais aussi de l’acquisition de logements locatifs existants afin de les sortir de la spéculation et de protéger leur abordabilité.

Stéphane Grenier accorde une entrevue à la caméra.

Stéphane Grenier, chercheur à l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue.

Photo : Radio-Canada / Mélanie Picard

Cependant, les solutions doivent être multifactorielles, insiste Stéphane Grenier.

En plus de construire davantage de logements sociaux et d’aider les locataires dans le besoin à payer leur loyer – comme le permet le Programme supplément au loyer –, il faut raccourcir les délais de traitement des dossiers du Tribunal administratif du logement, estime M. Grenier.

Les locataires se trouvent démunis, souvent, devant ces délais-là, regrette-t-il. Ils n'arrivent pas à faire réparer les choses qui sont brisées dans leur appartement. Ils subissent des hausses de loyer qui sont non justifiées.

Les appartements que certains locateurs réservent à Airbnb sont aussi dans sa mire.

Je pense à un certain Édouard, que j'ai regardé, qui a 54 logements qui seraient disponibles pour moi si j'allais à Montréal la semaine prochaine. Ça fait 54 logements qui seraient abordables, qu'on pourrait louer à des gens. Ce serait une grosse contribution. Il faut s'attaquer à ça.

Avec les informations d’Andrée-Anne St-Arnaud, Sébastien Desrosiers et Catherine Gauthier

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