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La pénurie de logements inquiète en Outaouais et en Ontario

Une pancarte sur laquelle est écrit « à louer » devant un immeuble de Gatineau.

Regardez le reportage de Catherine Morasse sur la pénurie de logements dans la région.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Pénurie de logements, hausse des prix des loyers et augmentation de la demande pour des logements abordables : des élus et organismes de la région déplorent une crise du logement en Outaouais et en Ontario, alors que le premier ministre du Québec, François Legault, n’abonde pas dans le même sens.

Le premier ministre a toutefois reconnu, jeudi matin, qu’il existe une pénurie de logements abordables dans cinq ou six grandes villes du Québec et que les Québécois paient des prix de plus en plus élevés pour leurs loyers. Mais le premier ministre refuse de qualifier la situation actuelle de crise du logement.

En Outaouais, le coordonnateur de l’organisme gatinois Logemen’occupe, François Roy, se dit extrêmement déçu des propos de M. Legault.

Le coût des logements est en hausse constante et on voit de plus en plus de projets de rénovictions. Le marché actuel n’est pas en mesure de répondre aux besoins des ménages à faibles et modestes revenus , souligne-t-il, qualifiant la situation de catastrophique dans la région.

Le coordonnateur de l’organisme Logemen’Occupe, François Roy.

François Roy, coordonnateur de l’organisme Logemen’Occupe (archives)

Photo : Radio-Canada / Yasmine Mehdi

Selon les chiffres de la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL), un appartement de deux chambres coûte, en moyenne, 950 $ à Gatineau. Pour les familles à la recherche d’un nouveau logement, les loyers des appartements inoccupés sont toutefois plus élevés, avec un coût moyen de 1065 $. Le taux d’inoccupation y est actuellement de 1,6 %.

On a des appels comme on n’en a jamais eu. Tous les jours, on est débordé d’appels : des locataires qui sont en panique, en crise, soit qu’ils subissent des pressions du propriétaire pour quitter parce qu’il veut augmenter le loyer, soit qu’ils n’arrivent pas à trouver de logements.

Une citation de :François Roy, coordonnateur de Logemen'occupe

Plus de 1000 ménages sont en attente d’un logis à Gatineau, estime M. Roy.

Même avec une aide financière [du gouvernement], comme le supplément au loyer pour aider [les ménages] à avoir des logements plus modiques dans le privé, beaucoup de familles n’arrivent pas à trouver, indique-t-il.

Le coordonnateur de l’organisme militant au droit au logement craint les conséquences à long terme d’une telle situation.

Si ce gouvernement [de François Legault] ne reconnaît pas la crise du logement, la situation d’itinérance va exploser et prendre des proportions incroyables au cours des prochains mois, des prochaines années, craint-il.

Un problème des deux côtés de la rivière des Outaouais

À Ottawa aussi, la liste d’attente pour obtenir un logement abordable ne cesse de s’allonger. Selon le conseiller municipal de Rideau-Vanier, Mathieu Fleury, 12 000 personnes seraient en attente d’un logement locatif abordable.

Quand on parle de 12 000 personnes qui sont sur la liste d’attente pour un logement abordable et de 2000 personnes dans les refuges, ça prend des stratégies qui sont cohérentes, qui sont organisées, et à ce niveau-là, il y a un gros manque.

Une citation de :Mathieu Fleury, conseiller de Rideau-Vanier

Selon la SCHL, le coût moyen d’un loyer est de 1358 $ à Ottawa, alors qu’un logement inoccupé coûte, en moyenne, 1617 $. En date d’octobre 2020, le taux d’inoccupation était de 3,9 %.

Au cours de la dernière année, la pandémie n’a fait qu’augmenter la demande dans la région, selon M. Fleury.

Il y a des gens qui ont vendu pour se trouver des logements plus convenables pour la pandémie, des gens qui sont venus emménager dans notre région parce que c’est plus abordable que, par exemple, la grande région de Toronto, croit-il.

Mais les prix des loyers continuent néanmoins d’augmenter. Malgré le fait qu’il y a plus de logements locatifs disponibles pendant la pandémie, ces logements-là ne vont pas aux gens qui ont besoin qu’ils soient abordables, souligne M. Fleury.

Une situation similaire dans l’est ontarien

À l’extérieur de la grande région de la capitale nationale, la situation est tout aussi difficile. À Hawkesbury, dans l’est ontarien, près d’un ménage sur cinq aurait des besoins impérieux en matière de logement, selon le plus récent rapport de la SCHL, paru en 2016.

C’est le cas d’une famille de Hawkesbury, qui compte vivre dans une roulotte, à compter du 1er juillet prochain.

C’était mon dernier recours. J’ai des enfants. Je ne peux pas être dans la rue, fait valoir la mère de famille, Marie-Ève Côté.

Il n’y a rien à louer. J’ai deux jeunes enfants. Je ne voulais pas prendre de chance, alors j’ai loué un terrain de camping pendant l’été, en attendant qu’on trouve quelque chose. Sinon, on est dans la rue, littéralement.

Une citation de :Marie-Ève Côté, résidente de Hawkesbury

Papa travaille à temps plein; maman, à temps partiel. Malgré tout, ils n’arrivent pas à trouver un logement qui convient à leur budget. Le dernier logement que Mme Côté a visité coûtait 1600 $. Le coût mensuel du terrain de camping est de 500 $.

Quand tu passes tes journées sur les réseaux sociaux pour te trouver quelque chose, c’est très difficile. Je perds beaucoup de temps avec mes enfants à cause de ça, conclut-elle.

Des solutions?

L'entrepreneur gatinois et président de la compagnie Brigil, Gilles Desjardins, reconnaît, lui aussi, qu’il existe une crise du logement dans la région, et que celle-ci n’a pas fini de s’aggraver.

Selon lui, le problème réside dans les retards quant à l’émission de permis de construction.

La municipalité, depuis une quinzaine d'années, est très lente à émettre des permis de construction et ça ralentit la mise en chantier, donc ça ralentit la disponibilité des logements. Ça fait en sorte de faire une pénurie, et ça monte les prix, mentionne celui qui est propriétaire de 4000 unités locatives à Ottawa et à Gatineau, dont le coût varie entre 1000 $, pour les logements moins récents, et 1800 $ pour les unités neuves.

Une personne en entrevue.

Le président et fondateur de la société immobilière Brigil, Gilles Desjardins (archives)

Photo : Radio-Canada / Jacques Corriveau

La conseillère municipale du district du Plateau, Maude Marquis-Bissonnette, qui est également présidente de la Commission sur le développement du territoire, l'habitation et l'environnement, note toutefois que les projets de logements abordables, notamment dans le cadre du projet Accès Logis, sont traités de manière prioritaire et qu’un règlement d’inclusion sera mis en place pour s'assurer de l'inclusion de 10 % de logements abordables sur le territoire, dit-elle, comme l’a déjà fait Montréal.

Ce qu'on voit bien, c'est qu'on a besoin de réguler le marché. Autrement, il n'arrive pas à produire de par lui-même du logement abordable en quantité suffisante pour répondre à tous les besoins.

Une citation de :Maude Marquis-Bissonnette, conseillère municipale du district du Plateau

À Ottawa, le conseiller Mathieu Fleury croit que des programmes d’aide financière devraient être mis en place, ou repensés, pour assurer un meilleur accès aux logements.

Les programmes d’appui, par exemple les suppléments de loyers, ne sont pas mis en place. Il y a des failles dans le système qui demeurent, qui font qu’on ne voit pas une transformation de l’enjeu. Et c’est le reflet de beaucoup de municipalités en Ontario, conclut M. Fleury.

Avec les informations de Catherine Morasse, Emmanuelle Poisson et Denis Babin

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