•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Les poissons du lac Supérieur pourraient être menacés par un nouveau contaminant

Des petits poissons sur de la glaçe.

Le ministère de l'Environnement demande aux pêcheurs d'aider à recueillir des échantillons d'éperlans.

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

Les pêcheurs d’éperlan du lac Supérieur sont appelés à fournir des échantillons de leur prise du petit poisson au ministère de l’Environnement, de la Protection de la nature et des Parcs afin de mener des études sur des polluants présents dans l’espèce.

Le ministère cherche à obtenir des échantillons d’éperlan du lac Supérieur afin de mettre en place des consignes face à la consommation de ce petit poisson après des restrictions conseillées par l’État du Wisconsin.

Dans une mise à jour publiée au début de l’année, le Wisconsin recommande une forte restriction de la consommation des éperlans pêchés dans le lac Supérieur, conseillant de s’en tenir à un seul repas par mois.

Le Wisconsin craint une contamination aux substances polyfluoroalkylées sulfoniques (PFAS) comme l’acide perfluorooctane (PFOS), des produits chimiques qui se seraient introduits dans la chaîne alimentaire et qui aurait contaminé l’éperlan.

La consommation de PFOS pourrait mener à des problèmes de santé, comme des cancers, des troubles hormonaux et des troubles liés au système reproducteur, selon le département des Ressources naturelles du Wisconsin.

Un navire sur le lac Supérieur devant une île près de Thunder Bay, en Ontario.

L'écosystème du lac supérieur pourrait être contaminé par les PFAS.

Photo : Radio-Canada

Ces produits chimiques proviennent normalement de processus industriels, notamment dans la production de substances comme le téflon ou des produits à propriétés ignifuges.

Le ministère ontarien de l’Environnement, de la Protection de la nature et des Parcs demande aux pêcheurs de leur fournir des échantillons d’éperlans, sous la forme de sacs de plastique dans lesquels se trouvent de 40 à 60 éperlans d’au moins 12 cm.

Les poissons doivent être conservés au congélateur et les pêcheurs doivent contacter le ministère des Richesses naturelles et des Forêts afin d’en coordonner l’acheminement.

Les prises doivent être datées et leur lieu de pêche doit être identifié.

La pêche à l'éperlan

Le ministère demande que les échantillons soient datés et que le lieu de leur capture soit identifié.

Photo : Marc-André Lamarche

Selon le biologiste de l’Université Lakehead Michael D. Rennie, ces échantillons devraient être rapidement récoltés par la province en raison de l’abondance des poissons capturés chaque année.

En pêchant des éperlans, c’est facile de se faire emporter par la quantité puis de se retrouver à 3 h le matin de retour à la maison à encore arranger nos prises, explique-t-il.

Selon lui, la province devrait savoir d’ici quelques mois si les éperlans constituent un risque pour la consommation.

Les PFAS, des polluants difficiles à gérer

M. Rennie, qui est aussi chercheur pour les lacs expérimentaux de l’Institut international du développement durable dans la région de Kenora, explique qu’il est plutôt préoccupant que les éperlans puissent être aussi contaminés.

C’est plus rare que les poissons qui mangent surtout du plancton comme les éperlans soient contaminés par des composés organiques, ça en dit probablement long sur le niveau d’infection des poissons prédateurs dans le lac Supérieur, dit-il.

Un homme avec un chandail gris.

Le biologiste Michael Rennie affirme que la contamination des éperlans pourrait vouloir dire une contamination de la chaîne alimentaire.

Photo : Université Lakehead

Bien qu’il n’ait pas encore vu d’indices qui montrent une contamination des plus gros poissons dans la région, M. Rennie affirme qu’il croit que la province va assez rapidement tenter de comprendre la situation chez les autres espèces.

Quant à l’origine des PFAS, M. Rennie explique que leur présence commence à être ressentie dans le lac Supérieur et que l’Ontario et les autres États riverains commencent à peine à chercher la présence de ces polluants.

Mais une fois la présence de ces toxines pleinement détectée, il concède que de s’en débarrasser pourrait être compliqué.

Ce n’est pas comme le mercure, qu’on trouve dans les lacs à l’intérieur des terres, dit-il.

C’est plus facile de gérer le mercure, car la plupart proviennent des émissions de polluants des usines alors on peut juste couper ces émissions à la source pour en réduire la concentration, explique-t-il.

Fumée sortant de deux cheminées.

Contrairement aux émissions de mercure dans les cheminées industrielles, la pollution par les PFAS ne peut pas facilement être réduite.

Photo : Reuters / Peter Andrews

Pour les PFAS, ces toxines proviennent de production industrielle qui a été faite il y a environ 30 ans avant qu’on cesse d’en produire, explique-t-il.

Selon lui, une fois la contamination établie, les autorités devront prôner la patience, puisque ces polluants ne se désagrègent pas dans l’environnement.

Une contamination du bassin versant

Selon André Ferron, professeur et biologiste au Collège Boréal, la contamination de la chaîne alimentaire par les PFAS passe par l’eau qui a été infectée par des rejets industriels.

Ces contaminants sont dissous et ensuite ont une affinité pour les tissus vivants, un être vivant va donc automatiquement l'absorber dans ses tissus, explique-t-il.

Selon lui, la présence des PFAS s’est probablement introduite via le bassin hydrographique de la région.

Les Grands Lacs sont le plus gros écosystème d'eau douce au monde, ça draine des régions qui sont industrialisées aux États-Unis qui sont à risque des polluants aussi, dit-il.

Selon lui, la contamination d’une chaîne alimentaire au complet par un polluant peut prendre plusieurs années, mais il indique que ces polluants, puisqu’ils ne se désagrègent pas naturellement, pourraient prendre des centaines d’années à disparaître.

M. Ferron ajoute que les PFAS ne sont pas les seuls contaminants qu’on peut trouver dans les Grands Lacs.

Il explique que selon un document produit par le gouvernement américain, plus de 83 000 polluants se retrouvent dans les écosystèmes.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !