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« Pour mes parents, je ne pouvais pas être gai et producteur laitier »

Si les choses s’améliorent, l’homophobie est encore présente dans nos milieux agricoles.

Dave Labrie et son conjoint dans l'étable.

Dave Labrie est sorti du placard il y a une vingtaine d'années.

Photo : Radio-Canada

L’idée de faire une campagne de sensibilisation à la réalité des membres de la communauté LGBT+ en région rurale et agricole peut paraître dépassée à l’heure où tous parlent de diversité, d’inclusion et d’acceptation. Le Groupe régional d’intervention sociale (GRIS) Mauricie/Centre-du-Québec, qui a lancé l’offensive l’automne dernier, pense plutôt que les stéréotypes ont la vie dure dans ce milieu.

C’est un monde hétéronormatif avec des modèles d’hommes musclés qui reprennent l'entreprise familiale, fondent une famille avec femme et enfants, explique François Vanier, directeur général de l’organisme communautaire, pour justifier l’initiative.

Portrait de François Vanier.

François Vanier, directeur général du Groupe régional d’intervention sociale (GRIS) Mauricie/Centre-du-Québec.

Photo : Radio-Canada

Parlez-en à Alain-Charles Courcy, un éleveur de moutons qui vit avec son conjoint à Saint-Charles-de-Bellechasse. Il y a cinq ans, il a fait face à son lot de préjugés lorsqu’il a emménagé dans le petit village de Chaudière-Appalaches pour fonder la Bergerie Rakko avec son conjoint.

Il se rappelle qu’une fois, en allant faire le plein d’essence, le commerçant lui a refusé l’entrée en disant : Des personnes comme toi, on prend pas ça ici! En ville, ils ne te crieront pas "ostie de fif!" en plein milieu de la rue. Ici, ça peut arriver, déplore Alain-Charles.

Alain-Charles Courcy avec des moutons.

Alain-Charles Courcy est éleveur de moutons.

Photo : Radio-Canada

Mais, preuve que les mentalités évoluent, le fait qu’Alain-Charles soit également drag queen à ses heures – son personnage d’Alix foule fréquemment la scène des bars gais de la province – ne dérange pas ses concitoyens.

C’est un show, les gens le savent, soutient-il.

L’intégration du couple à la vie rurale s’est finalement bien passée. Les gens ont commencé à avoir plus d'ouverture envers nous. Ils voient qu’on a duré et que ce qu'on fait, on le fait bien. On est des êtres humains comme tout le monde et les gens voient nos réalisations davantage que notre orientation, conclut-il.

Alain-Charles Courcy et con conjoint.

Alain-Charles Courcy vit avec son conjoint à Saint-Charles-de-Bellechasse.

Photo : Radio-Canada

En fait, de nos jours, la peur de l’homophobie est plus grande que l’homophobie elle-même, soutient Joé Desjardins, président de Fierté agricole, un organisme qui regroupe des agriculteurs de la communauté LGBT+.

C’est-à-dire que ce sont les agriculteurs eux-mêmes qui se mettent des barrières de peur de subir l’homophobie de leur entourage.

Une situation que connaît bien Dave Labrie, producteur laitier à Saint-Cyprien dans le Bas-Saint-Laurent. Dans la jeune vingtaine, il avait une blonde pour cacher les apparences. Pour lui, l’équation était simple : s’il révélait son homosexualité, il perdait la possibilité de reprendre la ferme laitière familiale. Jusqu’au jour où il a failli craquer. J’avais des idées noires, je voyais mon avenir s'écrouler, ajoute-t-il d’un air grave.

Dave Labrie dans son étable.

Dave Labrie est producteur laitier à Saint-Cyprien dans le Bas-Saint-Laurent.

Photo : Radio-Canada

Le taux de suicide chez les agriculteurs est très élevé, rappelle François Vanier. Ils sont isolés dans leur quotidien, levés tôt, couchés tard, en plus d’être à la ferme 24 heures sur 24. Si en plus ils se questionnent sur leur orientation sexuelle ou même leur identité de genre, ça peut être problématique pour leur santé mentale.

Même si une vingtaine d’années se sont écoulées depuis sa sortie du placard, Dave Labrie se souvient encore de l’angoisse générée par l’annonce. Quand j’ai dit que j’étais gai, ma mère a dit : "Ah, mon Dieu, on n'a plus de relève, c’est fini!"

Pour mes parents, je ne pouvais pas être gai et producteur laitier en même temps, il fallait que je déménage à Montréal et que je devienne coiffeur ou styliste!, raconte M. Labrie.

Sa famille a toutefois changé son capot de bord rapidement. Aujourd’hui, le producteur laitier et son conjoint vivent à côté des parents de Dave, dont ils sont très proches.

Dave Labrie tout sourire.

Dave Labrie se sent mieux depuis qu'il a révélé son orientation sexuelle.

Photo : Radio-Canada

Le producteur laitier tient à faire une mise en garde : si les choses s’améliorent, l’homophobie est encore présente dans nos campagnes. Il raconte l’histoire d’un jeune garçon qui devait prendre la relève de ses parents, agriculteurs. Quand il leur a révélé son homosexualité, ces derniers ont préféré vendre la ferme familiale. Son père lui a dit : C'est pas vrai qu'une tapette va avoir tout ce que ma famille a construit, déplore Dave Labrie.

Un drame qui s’est joué... il y a quatre ans à peine.

Pourquoi participer publiquement à l’effort de sensibilisation actuel? Pour aider la jeune génération. L’agriculture n’est pas facile, si en plus ils se mettent le stress que je me suis mis sur le dos à l’époque, ils ne s’en sortiront pas, conclut-il.

Le reportage de Julie Vaillancourt et de Stéphane Gravel est diffusé à l'émission La semaine verte le samedi à 17 h et le dimanche à 12 h 30 sur ICI TÉLÉ. À ICI RDI, ce sera le dimanche à 20 h.

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