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Accusé sans preuve par la DPJ d’avoir agressé ses enfants

Un père a été privé de leur garde pendant plus d'un an.

Le Palais de justice à Shawinigan.

Palais de justice à Shawinigan

Photo : Radio-Canada / Jef Fortier

Un père de famille dont l'identité a vraisemblablement été usurpée sur les réseaux sociaux a perdu la garde de ses enfants pendant plus d'un an. Selon le juge Yvan Cousineau, la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) n’a pourtant « présenté aucune preuve » démontrant qu’il aurait agressé sexuellement ses trois enfants. Il compte maintenant poursuivre la DPJ pour dommages moraux.

Le juge, qui a rendu sa décision au palais de justice de Shawinigan, blâme sévèrement la DPJ. Il estime que les intervenantes ont procédé à une analyse en tunnel en interprétant toutes les informations à partir de leur conclusion initiale. Ainsi, elles l’auraient présumé coupable avant même de commencer l’enquête.

Les faits allégués remontent à novembre 2019. Une enseignante de la région croit discuter avec un homme qu'elle connaît sur le site de rencontres Badoo. Elle reconnaît sa photo puisqu’elle a enseigné à ses enfants. Il s'agissait en réalité d'un imposteur.

[Le personnage] qui a usurpé mon identité a pris une photo de moi, je ne sais pas s’il est venu chercher ça sur mon Facebook, mais sûrement. Il s'est amusé à liker des filles sur Badoo et il est tombé sur elle [l'enseignante]. Dans les textos, [celui] qui a ma photo dit avoir 34 ans et qu'il est basé à Lévis. On va s’entendre que c'est une usurpation d'identité, raconte le père dont nous devons préserver l’anonymat afin de ne pas révéler l’identité des enfants.

Les échanges portent essentiellement sur la sexualité. Celui qui a volé l'identité du père propose d'envoyer des photos érotiques de son garçon et raconte à l'enseignante différents gestes sexuels qu'il serait en train de commettre, dont plusieurs impliquent ses enfants âgés de plus de neuf ans.

Après plusieurs conversations de cette nature, la dame alerte les policiers et la DPJ. L’homme explique avoir collaboré avec les intervenantes. Au début, je comprenais ce qu'elle faisait [la DPJ], mais elles [les intervenantes] ont ambitionné. Elles ont toujours joué la game de menaces et d’intimidation. Tu es un abuseur, on va te pogner, raconte la victime.

Aucune preuve, selon le juge

Selon le juge Yvan Cousineau, la preuve que lui a présentée la DPJ repose principalement sur ces conversations en ligne.

Lorsqu'on fait l'analyse des échanges, on constate que la majorité des informations personnelles concernant le père viennent de l'enseignante. Par exemple, le nom des enfants, c'est elle qui les donne. Il lui demande à plusieurs reprises de dire l'âge de l'un d'entre eux, souligne-t-il dans son jugement.

Il ajoute que l’usurpateur donne plusieurs informations erronées notamment sur son âge, le fait qu'il était de Lévis, que lui et la mère des enfants étaient naturistes et que ses enfants ont été élevés avec ces valeurs.

Selon le jugement, la mère a d’ailleurs témoigné en réfutant ce fait et jurant qu'ils ne se promenaient pas nus à la maison. Cette dernière a également défendu le père de ses enfants en disant qu'il n'a jamais eu de comportements déplacés avec eux. Il est un père très affectueux et très près de ses enfants.

Interrogés par les policiers, les enfants n'ont mentionné aucun comportement inapproprié. Le juge affirme qu’ils ne présentent aucun signe qui pourrait laisser croire qu'ils ont été victimes d'abus sexuels. Il qualifie les témoignages du père, de la mère et des enfants de très crédibles et considère même que la DPJ n'a présenté aucune preuve pour soutenir ses accusations.

Le directeur régional de la DPJ, Robert Levasseur, a décliné notre demande d'entrevue. Le CIUSSS assure que chaque enquête est faite de façon rigoureuse.

Une poursuite civile

En attendant son audience à la Chambre de la jeunesse, le père n’a pu voir ses enfants qu'une fois par semaine, avec la supervision d'une intervenante qui analysait chacun de ses moindres gestes.

Ça a duré 15 mois en tout, j'ai été privé de mes enfants durant 15 mois, lance le père en colère.

Mes enfants se demandaient tout le temps : "Papa est-ce que je peux te prendre dans mes bras? J'ai-tu le droit encore de te dire que je t'aime?"

Une citation de :Un père accusé à tort

Un jour, mon fils m’a dit : "L'intervenante m’a rencontrée. Elle me dit des affaires que tu n’as jamais faites et quand je lui dis que ce n’est pas vrai elle se fâche après moi et elle dit 'si tu ne dis pas la vérité ça va aller mal' ". C’est grave ce qu’ils ont fait, affirme le père.

Sa conjointe actuelle, qui n'est pas la mère des enfants, s'est retrouvée elle aussi au centre de l’enquête.

Dès la première rencontre, leur idée était faite. Ils ont même raconté à mon ex et mes enfants que je sortais avec un pédophile et un abuseur d'enfants, raconte-t-elle.

Le père compte maintenant se tourner vers les tribunaux civils. Me François Vigeant, avocat au sein du cabinet Bélanger Sauvé, explique que faire la preuve de la mauvaise foi de la DPJ est complexe.

C’est un fardeau qui est extrêmement lourd. [Ça pourrait être] par exemple cacher de la preuve qui pourrait avantager la situation des enfants ou une des parties. Rendre une preuve qu’on sait être incomplète au juge pour essayer de se favoriser soi-même. Devant le tribunal de la jeunesse, il y a une obligation de pleine divulgation de la preuve, précise-t-il.

Selon le père, les déclarations vidéo faites par les enfants aux policiers n'auraient initialement pas été remises au juge. C'est clair [que la DPJ a] caché des preuves qui me disculpaient. Mes enfants en subissent encore les contrecoups, ils vivent avec de l'anxiété et du stress. Ça a viré notre vie à l'envers, conclut-il.

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