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Plus de 50 000 travailleurs qualifiés attendent d’être admis au Québec

Le nombre de dossiers d'immigration non traités par le gouvernement fédéral a quasi triplé en l’espace d’un an et a atteint un niveau record, a appris Radio-Canada.

Des manifestants dénoncent les politiques d'immigration du gouvernement du Québec.

Depuis l'arrivée au pouvoir de la CAQ, de nombreuses manifestations ont été organisées au Québec pour critiquer les politiques d'immigration du gouvernement Legault.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Jamais autant d’immigrants n’ont attendu pour être admis au Québec. Ni aussi longtemps.

À l’heure actuelle, 51 213 travailleurs qualifiés, déjà sélectionnés par le gouvernement de François Legault, sont dans l’inventaire des demandes de résidence permanente qui doivent être délivrées par Ottawa. Il s'agit, pour simplifier, d'un arriéré que doit en priorité traiter le gouvernement fédéral avant que les futurs candidats à l'immigration choisis par Québec puissent venir dans la province.

Ces chiffres, fournis à Radio-Canada par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), ont atteint un niveau historique qui surprend même Québec et le cabinet de la ministre de l’Immigration, Nadine Girault.

Son équipe a refusé de réagir, en indiquant ne pas avoir eu connaissance de ces données qui confirment les longs délais de traitement auxquels font face les immigrants économiques souhaitant s’établir au Québec.

Effet de la pandémie, dit Ottawa

À l’arrivée au pouvoir de la Coalition avenir Québec, l’ancien ministre de l’Immigration Simon Jolin-Barrette avait vivement déploré l’héritage libéral et les milliers de dossiers non traités.

En 2018, près de 37 000 personnes, selon IRCC, constituaient cette liste de dossiers à étudier. Celle-ci avait ensuite diminué en 2020, après que le gouvernement Legault eut mis en oeuvre certaines réformes.

Le gouvernement avait certes diminué le nombre d’immigrants admis au Québec, de 50 000 à 40 000 en 2019, mais avait aussi sensiblement réduit le nombre de personnes sélectionnées par Québec.

Cette mesure avait permis à Ottawa de piger dans cet inventaire, qui avait fondu à environ 21 000 personnes l’année dernière.

Mais depuis un an, le nombre de dossiers non traités – un dossier peut comprendre plusieurs personnes – a presque triplé; il est passé de 9752 à 26 460.

La pandémie a bouleversé le traitement des dossiers d’immigration, explique un porte-parole d’IRCC. En effet, Ottawa n’a pas admis autant d’immigrants que le souhaitait Québec l’an passé.

La semaine dernière, la ministre Nadine Girault a évoqué un manque à gagner de 17 000 à 18 000 personnes, ce qui explique, en partie, la forte augmentation de cet inventaire.

Des restrictions de voyage généralisées aux employés travaillant à distance, la pandémie a eu des répercussions importantes sur notre travail, se justifie-t-on du côté du gouvernement fédéral, alors qu’en coulisses, depuis l’arrivée de la CAQ, Ottawa raille les baisses des seuils décidées par Québec.

[IRCC] continue de prendre des mesures pour régler le problème de l’inventaire des demandes de travailleurs qualifiés du Québec.

Une citation de :Un porte-parole d’IRCC

Des milliers d’enveloppes non ouvertes

Cet inventaire déjà record pourrait devenir encore plus important dans les prochaines semaines. Début avril, selon un document obtenu par la Loi sur l’accès à l’information, 6936 enveloppes de résidences permanentes n’avaient pas encore été ouvertes par les bureaux d’immigration situés à Sydney, en Nouvelle-Écosse, chargés de traiter les demandes visant le Québec. En début d’année, Ottawa avait annoncé l’agrandissement de ces bureaux, avec l’ajout de 62 nouveaux employés afin de traiter des dossiers plus rapidement.

Marco Mendicino devant un drapeau canadien.

Le ministre fédéral de l'Immigration, Marco Mendicino, a promis une accélération des dossiers d'immigration concernant les travailleurs qualifiés déjà au Québec.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Le gouvernement Legault avait nié les longs délais

À l’heure actuelle, le gouvernement fédéral estime que les travailleurs qualifiés doivent patienter 27 mois (plus de deux ans) pour obtenir leur résidence permanente, après avoir préalablement été sélectionnés par Québec. Dans les autres provinces, on parle d'un délai total d'environ six mois.

Récemment, le gouvernement de François Legault avait nié ces données, pourtant fournies aux candidats à l’immigration par le fédéral, responsable de l'octroi des résidences permanentes.

Ici, les délais, actuellement, sont de 13 mois. C'est sûr qu'on entend beaucoup d'autres chiffres, mais les chiffres ne sont pas nécessairement vrais.

Une citation de :Nadine Girault, ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, le 21 avril

La ministre Nadine Girault avait évoqué des délais de 13 mois, s’attirant les foudres de nombreux immigrants sur les réseaux sociaux, avant de prendre connaissance de cet inventaire record, transmis par Radio-Canada, que son équipe affirmait ignorer.

Nous sommes à effectuer des vérifications, a glissé une porte-parole de la ministre.

Cet inventaire explique ces importants délais de traitement, soutient l’Association québécoise des avocats et avocates en droit de l’immigration (AQAADI).

Ce n’est pas du tout une surprise, affirme son président, Guillaume Cliche-Rivard. Le nombre d’admissions stagne ou avance très peu, donc on crée un arriéré qui grossit. Ces délais vont rester les mêmes tant et aussi longtemps que les cibles d’immigration ne seront pas modifiées.

Arrima, un système au ralenti

Prévu par le gouvernement de Philippe Couillard puis mis en place, en grande pompe, par Simon Jolin-Barrette en 2019, le système Arrima devait être le Tinder de l’immigration, pour permettre de mieux choisir les immigrants en fonction des besoins du Québec, selon les propos de l’ex-ministre de l’Immigration. Cette plateforme a coûté, pour son développement, 13 millions de dollars. Son coût de fonctionnement était quant à lui chiffré à 3,6 millions fin 2020.

Près de deux ans après son lancement, cette nouvelle plateforme sélectionne peu d’immigrants. Fin 2019, plus de 150 000 déclarations d’intérêts avaient été faites par des personnes désirant s’installer au Québec. Or, sur toute l’année 2020, 628 demandeurs ont été invités à poursuivre leurs démarches. Cette année, à ce jour, 303 personnes ont reçu cette invitation du gouvernement du Québec.

Actuellement, il reste 70 128 déclarations d’intérêts valides. Cet inventaire a drastiquement diminué puisque, tel que l’a précisé le MIFI à Radio-Canada, elles ont une durée de validité, à présent, de 12 mois.

Gros plan de Nadine Girault avec François Legault derrière.

Nadine Girault a récemment affirmé que les délais de traitement, pour obtenir la résidence permanente, ne sont pas de 27 mois, mais de 13 mois, contrairement aux données fournies par le gouvernement fédéral.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

C’est assez, clame le monde des affaires

Au sein de la communauté d’affaires, on ne masque pas une vive exaspération.

On a envie de dire que c’est assez, clame Charles Milliard, président de la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ), en évoquant un autre chapitre dans la saga politique qui nuit aux personnes immigrantes et aux entreprises.

On tient les personnes immigrantes et les entrepreneurs un peu en otages administratifs, poursuit-il.

Il faut prendre le problème à bras le corps. Je pense que c’est, en ce moment malheureusement, le talon d'Achille du gouvernement Legault.

Une citation de :Charles Milliard, président de la FCCQ

Aux yeux du Conseil du patronat du Québec, qui évoque environ 150 000 postes vacants, le gouvernement Legault doit donner un blitz cette année et admettre, sans tarder, des dizaines de milliers d’immigrants supplémentaires.

On pourrait ainsi repartir le compteur à zéro en 2022. Ce serait un geste dans la bonne direction qui mériterait d’être considéré.

Une citation de :Karl Blackburn, président du CPQ

Les besoins sont énormes et l’immigration est un élément essentiel de la recette à succès pour la relance économique, soutient-il.

La CAQ a foutu le foutoir dans l’immigration, selon le PLQ

Une augmentation des cibles d’immigration est déjà prévue par le gouvernement Legault. Un nouveau plan sera déposé d’ici la fin de l’année et différents scénarios sont évalués, indique, avec prudence, le cabinet de la ministre Girault.

La ministre Girault doit prendre le leadership dans ce dossier. Elle doit montrer qu’elle est capable de régler la situation, estime la députée libérale Christine St-Pierre, qui ne mâche pas ses mots.

Ce gouvernement disait qu’il voulait en prendre moins pour en prendre soin, mais on voit que le gouvernement n’en prend pas soin du tout. Force est de croire qu’il a foutu le foutoir dans l’immigration.

Une citation de :Christine St-Pierre, députée du PLQ

Ces gens vont commencer à partir du Québec, regrette l’élu de Québec solidaire Andrés Fontecilla. Québec doit augmenter ses seuils d’immigration pour résoudre ce problème une fois pour toutes.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) cible, de son côté, le gouvernement de Justin Trudeau.

Le gouvernement libéral fait preuve d'une hypocrisie légendaire et d'une mauvaise foi sans nom dans ce dossier. Il rejette la faute sur la province alors que c'est dans sa cour que le processus bloque.

Une citation de :Alexandre Boulerice, député du NPD

Le gouvernement fédéral doit donner un sérieux coup de barre, reprend Alexandre Boulerice, en précisant que l’inaction d'Ottawa ne fait qu'exacerber davantage la pénurie de main-d'œuvre.

Selon les plans d’immigration actuels, Ottawa prévoit accueillir 401 000 résidents permanents dans l’ensemble du Canada en 2021. Le Québec, de son côté, planifie l'arrivée de 44 500 à 47 500 immigrants, avec un rattrapage additionnel de 7000 personnes, en raison des conséquences de la pandémie.

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