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Des foyers d'aînés mal préparés et mal équipés pour la COVID, selon la VG en Ontario

Un homme pousse une civière devant un centre de soins de longue durée.

Plus de 15 000 cas de COVID et plus de 3700 morts ont été rapporté sdans les foyers de l'Ontario.

Photo : CBC/Evan Mitsui

Les foyers de soins de longue durée et le ministère qui les supervise n'étaient pas « préparés » ni « outillés » pour faire face à la pandémie de COVID-19.

C'est la conclusion d'un rapport spécial de 118 pages, dans lequel la vérificatrice générale de l'Ontario explore les failles du secteur des soins de longue durée.

Bonnie Lysyk y expose des « problèmes systémiques » qui n'ont pas été réglés au fil des ans et qui ont mené à « de graves répercussions » pour les aînés.

La vérificatrice générale de l'Ontario a présenté les conclusions de son rapport annuel devant les journalistes, le 7 décembre.

La vérificatrice générale de l'Ontario, Bonnie Lysyk.

Photo : The Canadian Press / Frank Gunn

Même si elle estime que les recommandations de son rapport ne devraient pas susciter d’étonnement, Bonnie Lysyk dresse un portrait sombre du milieu des soins de longue durée en Ontario.

La vérificatrice générale décrit un secteur où la négligence et le laisser-aller semblent largement répandus.

Elle sermonne notamment le ministère des Soins de longue durée à propos du surpeuplement, de la pénurie de personnel et du manque d'inspections dans les foyers qui ont créé le cocktail parfait pour que la COVID-19 fasse des ravages chez les résidents.

Les préoccupations persistantes et répétées soulevées depuis plus de 10 ans au sujet des faiblesses systémiques dans la prestation des soins de longue durée aux personnes âgées n’ont pas été prises en compte dans la plupart des cas.

Une citation de :Rapport de la vérificatrice générale de l'Ontario

Parmi les lacunes identifiées, la vérificatrice générale parle du manque d'employés dans les foyers de soins et de leurs qualifications inégales. Bonnie Lysyk recommande d'ailleurs d'uniformiser les programmes de formation pour les préposés aux services de soutien à la personne et de mieux réglementer la profession.

Une femme âgée de dos, assise dans un fauteuil roulant.

Une femme âgée dans un foyer de soins.

Photo : Radio-Canada / CBC

Le rapport soulève aussi le danger que représentent les chambres avec trois ou quatre résidents lors d'une pandémie. Dans son analyse de la situation, la vérificatrice générale indique que les foyers où les éclosions de COVID-19 ont été les plus graves comptaient majoritairement des chambres avec plus de trois résidents.

Autre signe que le ministère ne maîtrisait pas la situation en mars 2020, au début de la pandémie : il était incapable de dire combien de résidents étaient hébergés dans des unités de trois ou quatre lits. Lors de la préparation du rapport, le ministère n'était toujours pas en mesure d'identifier combien de chambres devront être rénovées d'ici 2025 pour se conformer aux nouvelles exigences provinciales, soit un maximum de deux résidents par chambre.

Les soins de longue durée passent en quelque sorte au second plan dans le réseau de la santé, a résumé la vérificatrice générale en conférence de presse, mercredi. Selon elle, il faut augmenter la reddition de comptes dans le secteur des soins de longue durée afin d’améliorer les services offerts.

Bonnie Lysyk demeure optimiste que ses recommandations seront prises au sérieux et non ignorées par le gouvernement. J’ai rencontré la ministre [Merrilee Fullerton] à propos de ce rapport. Nous avons eu une longue discussion et je pense qu’elle a l’intention de faire les choses correctement, a-t-elle indiqué. 

Des inspections à géométrie variable

Dans un rapport précédent, Bonnie Lysyk avait déjà souligné le manque d'expertise en prévention et contrôle des infections (PCI) dans les foyers de la province. Cette fois-ci, elle soulève le même manque d'expertise, mais au sein du ministère des Soins de longue durée. Selon l'enquête de la vérificatrice générale, seuls trois fonctionnaires au ministère possèdent une expertise en PCI

Le ministère des Soins de longue durée a le mandat d’inspecter la conformité des foyers [...] mais seulement trois membres du personnel possèdent l’expertise des mesures de prévention et contrôle des infections.

Une citation de :Rapport de la vérificatrice générale de l'Ontario

Bonnie Lysyk explique aussi que les bureaux de santé publique, dont le personnel détient l’expertise pour prévenir les infections, ne sont pas tenus d'inspecter les foyers de soins de longue durée. Résultat : certains bureaux ne déclenchent une inspection qu'après avoir reçu une plainte, tandis que d'autres procèdent à des inspections à leur convenance.

Des préposées aux bénéficiaires à l'entrée du foyer.

Des préposées aux bénéficiaires à Orchard Villa, un foyer de soins de longue durée situé à Pickering

Photo : The Canadian Press / Frank Gunn

Le manque d’intégration du secteur des soins de longue durée dans le secteur des soins de santé [...] n’a pas permis aux foyers de soins de longue durée de profiter pleinement de l’expertise nécessaire en matière de prévention et de contrôle des infections, peut-on lire dans le rapport.

La vérificatrice recommande d'ailleurs qu'à l'avenir, tous les foyers organisent au moins un exercice annuel de simulation d'une maladie infectieuse afin de mettre en application les interventions requises.

Les bureaux de santé publique devraient aussi évaluer annuellement les capacités de chaque foyer face à la menace d'une infection. Le ministère des Soins de longue durée devrait par la suite utiliser ces évaluations pour orienter son processus d'inspection.

Des directives floues

Dès la fin mars 2020, le médecin hygiéniste en chef de l'Ontario a énoncé ses directives à l'intention des foyers de soins de longue durée pour tenter de limiter le nombre d'éclosions. Or, les consignes du responsable de la santé publique étaient souvent floues, ambiguës et sujettes à interprétation, écrit la vérificatrice générale dans son rapport.

Le Dr David Williams, médecin hygiéniste en chef de l'Ontario, répond à une question lors d'une conférence de presse du gouvernement.

Le Dr David Williams, médecin hygiéniste en chef de l'Ontario

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Elle donne l'exemple de la première directive obligatoire transmise aux foyers de soins de longue durée, le 22 mars 2020 : le Dr David Williams demandait aux préposés, dans la mesure du possible, de limiter le nombre de foyers pour lesquels ils travaillent.

Bonnie Lysyk souligne qu'une exception avait été permise pour le personnel temporaire embauché par l'entreprise des agences de placement, ce qui a eu pour effet de diluer l'impact de la consigne et d'ajouter à la confusion.

Bonnie Lysyck déplore aussi que la province n'ait pas effectué d’inspections pour s’assurer que les foyers respectaient les mesures de confinement.

Le gouvernement Ford se défend

En chambre, lors de la période de questions, le rapport de la vérificatrice générale a servi de munitions aux partis d’opposition.

La ministre des Soins de longue durée, Merrilee Fullerton, s'est défendue d’avoir été négligente. Elle a plutôt jeté le blâme sur les gouvernements qui l’ont précédée. Je n'accepterai aucune leçon de la part [des partis d’opposition]. Je travaille à réparer les soins de longue durée, a-t-elle répondu face aux attaques de l’opposition.

La ministre des Soins de longue durée s'est défendue vigoureusement face aux attaques de l'opposition à Queen's Park.

La ministre des Soins de longue durée s'est défendue vigoureusement face aux attaques de l'opposition à Queen's Park. Merrilee Fullerton assure que le gouvernement Ford est en train de réparer un système qui a longtemps été négligé.

Photo : Chaîne de l'Assemblée législative de l'Ontario

C'est un peu comme se précipiter à l'intérieur d'un bâtiment en feu. Vous essayez de le sauver et vous faites de votre mieux, mais l'incendie avait commencé bien avant la pandémie.

Une citation de :Merrilee Fullerton, ministre des Soins de longue durée

De leur côté, les partis d'opposition ont rapidement dénoncé l'incapacité de la ministre Fullerton à assumer ses responsabilités : Observer la ministre nier toute responsabilité et essayer de dévier la responsabilité vers les autres, c'est horrible , s'est désolée la cheffe de l'opposition officielle Andrea Horwath.

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