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Analyse

Joe Biden, 100 jours plus tard…

Joe Biden, souriant et portant des lunettes de soleil, tient un porte-documents au lutrin lors d'une conférence de presse à l'extérieur.

En plus du front environnemental, Joe Biden a agi sur les fronts de l'aide aux Américains, des infrastructures et de la lutte contre les inégalités.

Photo : Associated Press / Evan Vucci

Pendant quatre ans, le président Trump s’est affairé à détruire les règles environnementales et à réduire au minimum l’engagement de son pays à l'égard de la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Aujourd’hui, près de 100 jours après son arrivée au pouvoir, Joe Biden mène la charge, tire tout le monde vers le haut, montre la voie à suivre. Mais jusqu’à quel point?

En relevant les cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre de son pays, le président Biden oblige le Canada, l’Europe, le Royaume-Uni, l’Inde et la Chine à lui emboîter le pas et à monter de quelques crans leurs ambitions environnementales.

Ça donne un nouvel élan aux négociations climatiques, a dit l’économiste François Delorme à Zone économie, le 22 avril. C’est un signal de ralliement entre des pays qui représentent 80 % des émissions mondiales. C’est un geste symbolique fort qui vient donner du corps à la prochaine conférence climatique, celle de Glasgow, à la fin de l’année.

Joe Biden entend montrer au monde entier que les États-Unis sont de retour dans le grand train climatique, écrivait mon collègue Étienne Leblanc, le même jour. Mieux encore : le président américain souhaite même conduire la locomotive de tête. [...] En mettant la barre plus haut, Joe Biden exerce sans le dire une pression morale sur les autres grands émetteurs.

Les États-Unis passent ainsi d’un objectif de réduction de 26 à 28 % en 2025 à celui d’une baisse encore plus importante de 50 à 52 % en 2030 par rapport au niveau de 2005. Pour le Canada, on passe d’une cible de réduction de 30 % à une cible de 40 à 45 %.

C’est insuffisant, disent les experts, mais c’est une cible qui ne sera pas simple à atteindre pour le Canada. Pour respecter ce nouvel engagement, le Canada, qui a émis 739 mégatonnes d’équivalent en dioxyde de carbone en 2005, devra réduire ce niveau de 296 à 333 mégatonnes. Or, de 2005 à 2019, la réduction n’a été que de… 9 mégatonnes, soit 1,2 %.

Les énergies fossiles ne vont pas disparaître

Cela dit, l’engagement de Joe Biden ne doit pas nous faire oublier que l’appui américain aux énergies fossiles ne faiblit pas. Selon le communicateur scientifique Philippe Gauthier, l’administration Biden appuie son plan environnemental sur des technologies dont l’efficacité n’a pas été pleinement démontrée, soit le captage et la séquestration du carbone.

Le rapport Net-Zero America (Nouvelle fenêtre), publié à la fin de l’année dernière par des chercheurs universitaires américains, a inspiré la politique du président Biden, affirme Philippe Gauthier dans un texte d’analyse (Nouvelle fenêtre). L’objectif d’atteindre une émission nette zéro en 2050 s’appuie, d’un côté, sur la progression rapide de la production éolienne, solaire et de la biomasse, et de l’autre sur des mesures d’efficacité et le stockage géologique et biologique.

Or, il faut préciser que les rares essais de capture et de séquestration du CO2, écrit Philippe Gauthier, n’ont eu lieu qu’à une échelle réduite et qu’ils ont rarement été concluants. La technologie fonctionne, mais elle est malcommode, ne capture pas 100 % des émissions et s’avère beaucoup plus coûteuse que prévu. Le plan repose, sans base formelle, sur l’idée que ces coûts vont diminuer.

Il ajoute : La réticence à éliminer complètement les carburants fossiles et la grande dépendance du plan envers des technologies très peu éprouvées de séquestration, de même que le peu d’attention accordée aux aspects politiques et logistiques, nuisent fortement à la crédibilité du programme. Si ce plan inspire autant le président Biden qu’on le dit, il y a de bonnes raisons de croire que ses cibles récentes de réduction des émissions vont vite se heurter à une réalité moins complaisante.

L’un des scénarios étudiés par les experts du rapport suppose qu’on arrive à un niveau net d’émissions à zéro tout en conservant 38 % de la production provenant des énergies fossiles.

100 jours fort occupés

Maintenant, en plus de la question environnementale, le nouveau président des États-Unis a agi rapidement sur trois autres fronts qui sont remarquables : l’aide aux Américains, les infrastructures et la réduction des inégalités.

Il y a tant à faire, vous me direz, et la nouvelle administration a décidé de saisir l’occasion qui se présente pour intervenir de façon durable et profonde. Étant en contrôle du Congrès, les démocrates ont pu faire adopter rapidement le plan de soutien à l’économie du président Biden en février, un plan de 1900 milliards de dollars américains, qui comprend des sommes versées aux ménages et aux États.

Bien des experts ne sont pas pleinement convaincus de la nécessité de nouveau plan. Cependant, la nouvelle administration veut profiter du moment pour soutenir massivement les travailleurs, implanter de nouveaux programmes sociaux et réduire les inégalités.

De plus, le Congrès débat présentement du plan présidentiel de plus de 2000 milliards de dollars américains sur 10 ans pour les infrastructures, la revitalisation du secteur manufacturier et la recherche. Cet argent a pour objectif de stimuler la croissance, de créer de la richesse et de protéger les emplois manufacturiers.

L’administration prévoit aussi augmenter les revenus fiscaux de 2000 milliards de dollars d’ici 15 ans, et payer ainsi son plan économique, en augmentant les taxes des entreprises et des plus riches. Cela passe par deux grandes actions : augmenter le taux d’imposition des entreprises de 21 à 28 % et exiger un impôt minimal plus élevé sur les profits des entreprises à l’étranger.

Les premiers 10 % de profits faits par des entreprises américaines à l’extérieur des États-Unis sont actuellement exemptés d’impôts. Les profits supplémentaires sont imposés à 10,5 %. L’administration Biden veut éliminer la partie des profits exemptée et augmenter à 21 % le taux d’imposition sur les profits étrangers. C’est un geste fort, qui pourrait ralentir la délocalisation des emplois et l’utilisation des paradis fiscaux en plus de réduire les inégalités.

Certains évoquent une présidence à la Roosevelt. Il est tôt pour établir ce type de comparaison. La seule chose qu’on peut dire aujourd’hui, c’est que le 46e président des États-Unis s’attaque avec vigueur et énergie aux problèmes fondamentaux de notre époque : la crise environnementale et les ravages créés par les incroyables inégalités sociales aux États-Unis.

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