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Analyse

Présidence Biden : avancer sans faire de bruit

Le président démocrate, qui prononcera son premier discours devant le Congrès ce soir, se distingue par ses actes en multipliant les chantiers depuis son accession au pouvoir, il y a à peine 100 jours.

Joe Biden pendant une allocution à l'extérieur de la Maison-Blanche.

Le président Biden prononcera son premier discours devant le Congrès mercredi.

Photo : Reuters / KEVIN LAMARQUE

« La meilleure chose à propos de Joe Biden, c’est que je n’ai pas à penser à Joe Biden. »

Cette réponse qu’un électeur de Caroline du Nord a fournie à des sondeurs mandatés par le réseau NBC illustre, à elle seule, à quel point le style de gouvernance a changé à Washington.

Fini les tweets à toute heure du jour et de la nuit. Et si, comme le relève le Washington Post, le président démocrate a présenté jusqu’ici plus d'allocutions que son prédécesseur pendant la même période, il a accordé moins d’entrevues (6 contre 20 pour Trump) et prononcé moins de discours (2 contre 37).

Moins présent devant les caméras, le démocrate n’a pas pour autant chômé depuis son arrivée au pouvoir, bien au contraire.

La campagne de vaccination contre la COVID-19, lancée sous l'administration Trump, s’est accélérée à un tel point que Joe Biden a finalement doublé son objectif initial d’administrer 100 millions de doses en 100 jours.

Puis, en mars, le président démocrate a apposé sa signature sur la première législation majeure de son administration : le plan de sauvetage de l’économie américaine, d’un montant de 1900 milliards de dollars.

Un président qui veut laisser son empreinte

La rapidité avec laquelle a été adopté ce plan d’aide offre un présage de la détermination de l’administration à mettre en œuvre ses priorités législatives.

D’ailleurs, 20 jours seulement après avoir signé ce plan de sauvetage, le président y est allé d’un autre plan majeur, cette fois pour investir plus de 2000 milliards de dollars en infrastructures et en profiter pour assurer une transition économique qui permettra de mieux lutter contre les changements climatiques.

Et les négociations entre élus démocrates et républicains au Congrès ne sont pas encore terminées à propos de ce plan d’infrastructures que déjà l’administration laisse entendre qu’elle entreprendra un nouveau chantier social.

Joe Biden a signé plusieurs décrets présidentiels depuis son assermentation en janvier.

Joe Biden a signé plusieurs décrets présidentiels depuis son assermentation en janvier.

Photo : Getty Images / Pool

Le plan pour les familles prévoirait notamment la mise sur pied d’un programme de congés de maladie payés, ainsi que l’accès gratuit à certains collèges communautaires.

Le maître de conférences à l’Université Johns Hopkins Tristan Cabello estime que bien que toutes les réformes chères à l’aile progressiste du Parti démocrate ne se soient pas concrétisées jusqu’ici, le président Biden a néanmoins de quoi satisfaire son électorat.

Selon lui, cet engouement pour les grands chantiers réformistes contraste par ailleurs avec certaines positions prises par le candidat Biden pendant les primaires démocrates.

Joe Biden a fait une campagne qui était vraiment très prudente, qui n’était pas progressiste du tout. Même pendant la campagne, il a beaucoup tapé sur l’aile progressiste du parti. C’est quelque chose qui est tout à fait surprenant.

Une citation de :Tristan Cabello, maître de conférences à l’Université Johns Hopkins

Ces dernières semaines, les parallèles avec les présidents réformateurs Lyndon B. Johnson et Franklin Delano Roosevelt, dont le portrait est maintenant en valeur dans le bureau ovale, se sont multipliés dans les médias.

La comparaison, qui semble plaire à la Maison-Blanche, est-elle valable?

Tristan Cabello n’irait pas jusque-là, surtout pas aussi tôt dans le mandat du président. Mais, chose certaine, il sent une volonté de Joe Biden et des démocrates au Congrès de laisser rapidement leur empreinte en matière de politique publique.

Poser des gestes en vue du prochain rendez-vous électoral

Ils [les démocrates] veulent faire passer des réformes assez vite pour avoir un bilan dès les élections de mi-mandat de 2022, explique Tristan Cabello.

D'autant que, si le passé est garant de l’avenir, ces élections, qui permettent de renouveler la Chambre des représentants et le tiers du Sénat, peuvent lier les mains d’un président sur le plan législatif pour la fin de son mandat.

En 2010, le Parti démocrate de Barack Obama avait ainsi perdu le contrôle de la Chambre des représentants ainsi que plusieurs sièges au Sénat, ce qui avait rendu encore plus difficile l’adoption de réformes qui n’avaient pas été mises de l’avant assez rapidement.

Son vice-président de l’époque, aujourd’hui installé derrière le bureau ovale, n’entend donc pas trop attendre, quitte à ne pas recueillir beaucoup d’appuis dans le camp républicain.

Joe Biden en compagnie de sénateurs dans le bureau ovale.

Joe Biden en compagnie de sénateurs dans le bureau ovale

Photo : Reuters / JONATHAN ERNST

Joe Biden s’est présenté comme un candidat de l’unité qui allait diriger de manière bipartite. Mais depuis qu’il est au pouvoir, il a gouverné de manière partisane, avec ses très faibles majorités à la Chambre des représentants et au Sénat, déplore le sondeur républicain Whit Ayers.

Le président de la firme North Star Opinion Research note toutefois que, pour l'instant, le président Biden jouit d’un bon appui populaire, notamment en raison de sa gestion de la pandémie. Sur cet enjeu, un sondage Ipsos-Reuters lui octroie 65 % d’opinions favorables, un taux qui grimpe à 69 % dans un sondage mené pour le compte du réseau NBC.

Certains autres projets phares de l’administration démocrate, comme son plan de relance économique ou ses investissements annoncés en infrastructures, recueillent aussi plus d’opinions favorables que défavorables.

Le portrait est beaucoup moins reluisant en ce qui concerne d’autres questions comme l’immigration, alors que des milliers de jeunes non accompagnés se sont présentés à la frontière. À ce chapitre, les électeurs sondés par NBC n’ont octroyé que 33 % d’opinions favorables à l’administration.

Il ne fait aucun doute que ces enjeux ressortiront une fois que la pandémie sera derrière nous.

Une citation de :Whit Ayers, président de la firme de sondage North Star Opinion Research

Le taux général d’approbation de Joe Biden se situe entre environ 50 % et 55 %, selon les sondages consultés. Un appui moins élevé que celui de Barack Obama ou de George W. Bush à la même période, mais plus élevé que celui de Donald Trump.

Aussi différents soient-ils sur le plan du style de gouvernance et des priorités politiques, voilà peut-être le point commun entre le 45e et le 46e président des États-Unis. Celui de diriger un pays divisé, où les fractures partisanes semblent encore aujourd’hui difficiles à surmonter.

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