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Tisser des liens et lutter contre le racisme, du Soudan du Sud au North End de Winnipeg

Mandela Kuet, souriant

Mandela Kuet a entendu beaucoup de stéréotypes au sujet des Autochtones quand il s’est installé à Winnipeg. Sa propre expérience du racisme l'a aidé à créer des liens entre les nouveaux arrivants et les communautés autochtones.

Photo : Gracieuseté Michael Champagne

Radio-Canada

Mandela Kuet est un modèle pour les nouveaux arrivants qui s'installent dans le North End. Il consacre son temps à rapprocher les immigrants et les Autochtones qui vivent dans ce quartier de Winnipeg.

Quand, à 13 ans, Mandela Kuet est arrivé à Winnipeg, un membre de sa parenté lui a donné un vélo… et un avertissement : Prends garde aux Autochtones et assure-toi qu’ils ne te le volent pas.

Beaucoup de gens dans mon entourage ne s'entendaient pas avec les Autochtones, en raison de toutes les idées préconçues qui circulaient à leur sujet, raconte Mandela Kuet. Mais moi, je ne voyais pas ça de cette façon.

Mandela Kuet est né à Rumbeck, au Soudan du Sud, et a vécu une partie de son enfance au Caire, en Égypte. Sa famille a immigré au Canada en 1998. Il se souvient de leur installation dans le North End, un quartier largement peuplé d’Autochtones.

Il était alors un jeune voulant s'adapter à un nouveau pays et à une nouvelle culture et il s’est fait des amis dans le centre-ville en jouant au basketball. Un de ces amis, Brandon, était Autochtone.

En dépit des avertissements de sa famille, qui l’encourageait à ne pas fréquenter d’Autochtones, le jeune Mandela a vite découvert qu’il avait beaucoup en commun avec des familles comme celle de Brandon.

La mère de Brandon avait trois emplois, et sa soeur aînée aidait à la maison, de la même façon que ma soeur aidait mes parents qui travaillaient, dit-il.

Il passait beaucoup de temps chez son ami, ce qui l’a aidé à avoir une image favorable des Autochtones.

Mais Mandela Kuet a aussi, à cette époque, connu sa part de difficultés. Il raconte qu'il s'est battu à quelques reprises et a fait face à du racisme en grandissant dans le centre-ville de Winnipeg.

Il y avait des gens dans le North End qui ne m’aimaient pas parce que j’étais un Noir qui habitait le quartier et ils pensaient que je n’y avais pas ma place, dit-il.

Plus tard, devenu père de deux enfants qui grandissent aussi dans ce quartier, il a dû gérer un incident raciste survenu à leur école.

Je me souviens d’une fois où je suis allé à l’école, parce qu'apparemment quelqu’un avait dit à mes enfants : "Jetez ce (mot en N) dehors!" Je me suis dit : "Mais ce type est mon voisin!", raconte-t-il.

Alors j’ai simplement regardé cet homme en lui disant : "Écoute, nos enfants vivent dans le même quartier. Je ne voudrais pas que mes enfants soient racistes envers les tiens et je ne veux pas que les tiens le soient envers les miens."

Un engagement communautaire

Au moment où ses enfants fréquentaient l’École William-Whyte, Mandela Kuet s’est aperçu qu’il y avait dans le North End de plus en plus de nouveaux arrivants venus d’un peu partout.

Sur les conseils d’un ami, il est devenu membre du conseil d’administration de son école et, en 2014, il est aussi devenu le conseiller aux nouveaux arrivants de l’organisme Neighborhood Immigrant Settlement Worker.

Il offrait ainsi à son école la possibilité d’en apprendre davantage sur des projets en cours dans la communauté, tout en la mettant en contact avec des agents de changement.

Ça m'a vraiment permis de comprendre la communauté et de m’engager dans un tas de choses qui se passaient dans le quartier, dit-il.

En 2015, il a rencontré le défenseur des droits des Cris, Michael Champagne, durant une activité destinée aux nouveaux arrivants. C'est l’une des premières fois où il s’est réellement senti le bienvenu parmi les Autochtones.

À partir de ce moment, je me suis dit : "OK, je dois être plus conscient du genre d'activités que je veux faire et des efforts que je veux y mettre, parce que je vois qu’on peut vraiment rassembler des gens qui, autrement, ne s’adressent même pas la parole.", raconte-t-il.

Des ressources et une meilleure compréhension

Michael Champagne a vécu toute sa vie dans le North End. Il explique que la communauté autochtone a dû s’habituer à côtoyer des voisins qui, de plus en plus, étaient de nouveaux arrivants. À son avis, la tension qui existe entre les deux groupes s'explique par la concurrence qu’ils se livrent pour obtenir des ressources perçues comme trop rares.

Il s'agit d’accès aux services, d’accès aux ressources, et plus précisément d’accès au logement, dit-il.

Deux hommes assis, qui sourient à la caméra.

Mandela Kuet et Michael Champagne ont réalisé une baladodiffusion intitulée RealTalkWPG, pour permettre la tenue d'un dialogue libre avec de nouveaux arrivants et des membres des communautés autochtones.

Photo : Allison Slessor/Modern Coffee

Depuis leur rencontre, Michael Champagne et Mandela Kuet ont collaboré à plusieurs activités, entre autres en rassemblant les Autochtones et les nouveaux arrivants autour d’activités sportives.

Ils ont aussi lancé une baladodiffusion, intitulée RealTalkWpg, qui veut favoriser une meilleure compréhension entre les deux communautés.

Les relations entre les Autochtones et les nouveaux arrivants sont importantes dans des endroits comme le North End parce qu’on y a toujours trouvé des communautés immigrantes, explique Michael Champagne. Ce quartier rassemble des gens qui rencontrent tous le même type de défis socioéconomiques.

Le leader communautaire métis Mitch Bourbonnière est actif au centre-ville de Winnipeg. Il a rencontré Mandela Kuet par le biais du Gang Action Inter-Agency Network, un organisme qui aide les jeunes à quitter les gangs. Le travail de Mandela Kuet pour créer des liens entre les communautés montre que ce dernier est bien intentionné, affirme Mitch Bourbonnière.

Selon lui, les Autochtones et les nouveaux arrivants ont en commun d'avoir vécu le racisme, la pauvreté et la stigmatisation.

Je pense que c’est important de créer des liens entre les deux groupes parce que ces personnes ont en commun le même vécu, dit-il.

Mandela Kuet dirige maintenant Hood Fams, un organisme sans but lucratif qui veut aider les jeunes immigrants à ne pas s’associer avec des gangs.

L’an dernier, il a embauché Vanda Simard et lui a confié la gestion d’un endroit sécuritaire pour les jeunes du West End. Vanda Simard précise que l'endroit accueille des jeunes de tous les horizons.

Il y avait de jeunes Blancs, de jeunes Noirs, de jeunes Autochtones, et Mandela les traitait tous de la même façon, raconte Vanda Simard.

Mandela a vraiment beaucoup d’amour et de passion pour ces jeunes, dit-il. C’est évident qu’il les aime et qu’il s’intéresse vraiment à eux.

Mandela Kuet estime que, s’il est important que des organismes encouragent les relations entre les communautés, les changements les plus significatifs viendront des liens personnels qui se bâtissent entre les membres des deux groupes.

Avec des informations de Lenard Monkman, CBC

Noirs dans les Prairies

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