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Le passeport vaccinal sera-t-il la clé de la relance du tourisme mondial?

De nombreux pays qui dépendent du tourisme sont au bord du précipice financier. Seule une injection massive de voyageurs étrangers leur permettrait de l'éviter.

Des chaises longues vides sur une plage déserte.

Les touristes ont déserté la plage de Phuket, en Thaïlande.

Photo : Reuters / Soe Zeya Tun

Le certificat de vaccination contre la COVID-19 sera un incontournable pour les voyageurs au cours des prochains mois, voire des prochaines années, si l’on se fie aux premières annonces de réouverture.

Un nombre croissant de pays se préparent à enlever l’obligation de quarantaine pour les visiteurs qui pourront produire un tel certificat dans le cadre de projets encore très contrôlés. C'est le cas de la Polynésie française et d'Israël, mais aussi de certaines îles thaïlandaises et caribéennes.

L’Union européenne, pour sa part, vise la mise en place d’un passeport sanitaire qui permettra aux Européens vaccinés de voyager au sein de l’UE, tandis que les autorités britanniques souhaitent élaborer un document semblable pour faciliter les déplacements à l’étranger de leurs citoyens.

Un peu partout, c’est l’urgence pour rattraper le temps perdu et redémarrer la machine. Parce que 2020, pour l’industrie du tourisme, a été catastrophique.

Les chiffres donnent le vertige : après un sommet de 1,5 milliard d'arrivées de touristes en 2019, il y a eu une chute de 73 % en 2020, soit 1 milliard de touristes en moins. Le secteur a perdu 1300 milliards de dollars.

C’est la région de l’Asie-Pacifique qui a le plus souffert, avec une chute de 84 % du nombre de touristes en 2020 par rapport à 2019. Cela représente 303 millions de touristes en moins. C’est aussi là que le plus grand nombre de restrictions sont en place : 65 % des pays de la région ont fermé leurs frontières aux visiteurs.

Des emplois menacés

Cette absence de visiteurs internationaux prive de revenus les employés des hôtels, des restaurants et des bars, ainsi que les opérateurs et guides locaux, et aussi tous ceux qui gravitent autour du tourisme, comme les vendeurs de souvenirs ou les responsables d’attractions touristiques. Cela, sans compter les répercussions sur les producteurs qui vendent aux hôtels leurs produits agricoles ou les ouvriers de la construction.

Quelque 61,6 millions d’emplois dans le monde ont été perdus à cause de la pandémie, estime le Conseil international du tourisme et du voyage. Les petites et moyennes entreprises, qui représentent 80 % des entreprises du secteur, sont fortement touchées.

La Thaïlande, très prisée des touristes internationaux, est un des pays les plus touchés par l’effondrement du secteur.

Nathalie Delevaux est directrice pays pour la Thaïlande d'Easia Travel.

Depuis un an, j’ai zéro revenu. J’ai dû licencier 75 % de mes employés.

Une citation de :Nathalie Delevaux, directrice pays pour la Thaïlande de Easia Travel

Les premiers mois, on pensait que ce serait une crise ponctuelle et on s’est adaptés, mais quand ça s’est éternisé, plusieurs ont dû fermer, du moins temporairement, d’autres ont dû licencier, confirme Delphine Guillon, gérante pour les marchés français du voyagiste Asian Trails en Thaïlande.

Si les revenus n’ont pas complètement chuté pour tout le monde, c’est grâce au marché interne. Le ministère du Tourisme a lancé une campagne pour inciter les Thaïlandais à visiter leur pays. Cela a un peu marché, mais pas assez pour compenser les pertes causées par l’absence de voyageurs internationaux.

Les devantures fermées, ça fait mal au cœur.

Une citation de :Delphine Guillon, gérante pour les marchés français du voyagiste Asian Trails

La plupart des guides employés par les agences sont retournés dans leurs provinces d’origine, tandis que d’autres se sont recyclés dans la vente ou la restauration. Souhaiteront-ils reprendre le travail lorsque ce sera possible? Nathalie Delevaux s’en inquiète.

Des enfants courent devant des boutiques fermées de Karon Beach, à Phuket, le 17 janvier 2021.

La Thaïlande a perdu 7 % de son PIB à cause des fermetures liées à la pandémie.

Photo : Getty Images / Sirachai Arunrugstichai

C’est pourquoi le projet du gouvernement thaïlandais de rouvrir aux touristes vaccinés l’île de Phuket, une station balnéaire très populaire, à partir du 1er juillet, est plus que nécessaire, juge Mme Delvaux.

Le plan du gouvernement, explique-t-elle, est de vacciner la population locale avant l’arrivée des touristes. Si tout fonctionne bien, le projet pilote sera étendu à d'autres zones touristiques, dont les îles de Krabi et de Koh Samui en octobre, puis à l’ensemble du pays en janvier 2022.

La Thaïlande espère ainsi recevoir quelque 100 000 touristes au troisième trimestre 2021. Des miettes comparativement aux 40 millions de visiteurs accueillis en 2019, mais tout de même un début, se réjouit Nathalie Delevaux. Il le faut, note-t-elle. On ne va pas pouvoir tenir encore un an comme ça.

La pandémie a déjà détruit 1,45 million d'emplois, selon les estimations du Conseil du tourisme de la Thaïlande, où 21,4 % des emplois totaux sont reliés au tourisme.

Une autre région du monde qui a été ébranlée par la chute du tourisme international est celle des Caraïbes. Pour plusieurs États insulaires, cette industrie représente la base même de leur économie.

Mettre tous ses œufs dans le même panier est toujours risqué, souligne Marion Joppe, professeure à l'école d'hôtellerie, d'alimentation et de tourisme à l'Université de Guelph.

Que ce soit le tourisme ou une autre industrie, quand un pays est dépendant d'une seule industrie, il a une vulnérabilité énorme.

Une citation de :Marion Joppe, professeure à l'Université de Guelph.

C’est le cas de ces petites îles paradisiaques, où le tourisme fournit une part très importante des emplois.

Le tourisme est omniprésent dans l'économie et il a un impact sur tout, souligne Frank Comito, conseiller spécial de l’Association hôtelière et touristique des Caraïbes (CHTA). Il a un impact sur les revenus du gouvernement et même sur les dépenses à l'épicerie.

Le tourisme affecte tellement de vies et de moyens de subsistance.

Une citation de :Frank Comito, de l’Association hôtelière et touristique des Caraïbes

Dans des pays comme les États-Unis ou la France, la force du marché interne a aidé en grande partie à encaisser le choc de la pandémie. Les îles des Caraïbes sont dans la situation opposée, soutient Marion Joppe. Elles sont très dépendantes du tourisme et surtout du tourisme international, parce que leur population est minimale. Donc, il n'y a pas vraiment de marché interne.

Les pertes subies par l'industrie du tourisme ont des répercussions sur d’autres secteurs économiques, tels que la restauration, les boissons et le divertissement, rappelle la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), qui estime que chaque million de dollars perdu en revenus touristiques fait chuter le revenu national d’un pays de 2 à 3 millions.

Dans certaines petites îles des Caraïbes, c’est 60 % à 70 % du PIB qui provient du tourisme, rappelle Michelle McLeod, professeure à l’Université des West Indies à Kingston, en Jamaïque.

C’est comme cela que rentrent les devises dans les pays, grâce au tourisme international, explique-t-elle. Se sachant vulnérables, elles considèrent la possibilité de diversifier leur économie en offrant d’autres services. Cela étant dit, dans nos magnifiques îles, le tourisme est notre avantage comparatif, dit Mme McLeod.

Un coucher de soleil sur la plage.

La région de Negril, réputée pour ses plages de sable fin, fait partie du nouveau corridor sanitaire.

Photo : Getty Images / DANIEL SLIM

En temps normal, trois à six bateaux de croisière accostent chaque jour dans les principaux ports des Caraïbes. Cela représente entre 12 000 et 20 000 touristes quotidiens.

Pour ces régions, il est donc primordial que les voyageurs reviennent le plus vite possible.

Certaines îles ont recommencé à recevoir des visiteurs au troisième trimestre 2020 avec des protocoles sanitaires très stricts, ce qui leur a permis d’engranger quelques revenus.

La Jamaïque, par exemple, a ouvert des couloirs résilients le long de sa côte nord, où se concentre 80 % du tourisme, mais seulement 1 % de la population. Depuis juin 2020, les visiteurs y sont admis, à condition d’obtenir une autorisation préalable et de présenter un test COVID négatif.

Le certificat vaccinal représente-t-il la solution?

Certains pensent qu’un certificat de vaccination permettra la reprise du tourisme. Ainsi, pour entrer aux Bahamas, à partir du 1er mai, les personnes qui ont été vaccinées au moins deux semaines auparavant n’auront plus à présenter de tests PCR, ni à effectuer de quarantaine.

Aux États-Unis, 140 millions de personnes [qui ont déjà reçu leur première dose] pourraient donc bientôt voyager à nouveau, signale Michelle McLeod.

Gros plan sur une main tenant un téléphone avec une application attestant que le porteur du certificat a été vacciné contre la COVID-19.

Pour retrouver une certaine normalité, certains pays ont recours au passeport vaccinal.

Photo : Getty Images / Onfokus

Les compagnies de croisière Royal Caribbean et Crystal Cruises exigeront également que leurs passagers aient reçu deux doses de vaccin avant d’embarquer sur leurs bateaux lorsque les activités reprendront cet été.

C’est pourquoi il est impératif de s’entendre au niveau international sur les modalités de la mise en place d’un certificat vaccinal, pense Marion Joppe. Tout le monde parle d'un tel type de passeport ou de certificat et beaucoup de pays font leur propre petit truc. Mais, pour le tourisme international, ça ne va pas.

On ne peut pas avoir vingt trucs différents, parce qu'on veut pouvoir voyager d'un pays à l'autre.

Une citation de :Marion Joppe, professeure à l'Université de Guelph

L'Association internationale du transport aérien (IATA) a élaboré un travel pass, une application sur laquelle on retrouve les données sanitaires des voyageurs, telles que leur certificat de vaccination et les tests qu’ils ont effectués, pour faciliter les contrôles. Certaines compagnies l’ont adopté, mais pas d’autres, note Mme Joppe. C'est vraiment un peu n'importe quoi pour le moment.

La chercheuse déplore que l'Organisation mondiale du tourisme ne se prononce pas sur le sujet, alors qu’elle devrait prendre les devants et proposer des solutions en vue d’une relance du secteur. L’industrie demande depuis longtemps de connaître les critères qui permettront une réouverture des frontières, précise Mme Joppe.

C’est ce que demande également Frank Comito, de l’Association hôtelière et touristique des Caraïbes. Jusqu’à ce qu’il n’y ait pas de protocoles clairs, il n’y aura pas de mouvement massif dans cette direction, dit-il. Mais une fois que les protocoles liés aux preuves de vaccination seront clairs et acceptés par l'industrie à l'échelle mondiale, le mouvement va s'accélérer. Beaucoup de nos destinations surveillent cela de près.

Et quand les frontières rouvriront, il ne faudra pas manquer l'opportunité, pense Nathalie Delevaux, d'Easia Travel. J’espère que les gens n’auront pas peur de faire le voyage, parce que la Thaïlande, maintenant, c'est paradisiaque.

Les plages sont désertes et, sans tourisme de masse, les fonds marins sont plus beaux que jamais. Les premiers touristes qui viendront ont beaucoup de chance.

Une citation de :Nathalie Delevaux, directrice pays pour la Thaïlande d'Easia Travel
Un plongeur observe un récif corallien rempli de poissons multicolores.

Grâce à la fermeture des stations balnéaires, l'écosystème aquatique de la Thaïlande s'est rétabli.

Photo : Getty Images / ROMEO GACAD

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