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50 ans plus tard, un projet comme celui de la baie James serait-il possible?

« La manière dont ça a été fait ne pourrait plus exister aujourd’hui », croit la patronne d'Hydro-Québec.

Vue du chantier hydroélectrique de la baie James en 1991.

Le chantier de la baie James s'est étendu de 1973 au début des années 2000.

Photo : Radio-Canada / Robert Baron

En avril 1971, le Québec faisait le choix de l'hydroélectricité aux dépens du nucléaire en lançant le chantier pharaonique des barrages de la baie James. À l’époque, ce mégaprojet a fait fi des contraintes environnementales et des relations avec les Autochtones. Retour sur un pari fou avec le regard de l'actuelle PDG d’Hydro-Québec, Sophie Brochu.

Le 30 avril 1971, au Colisée de Québec, le premier ministre Robert Bourassa annonçait le projet du siècle devant des milliers de militants libéraux.

Le développement de la baie James, mes chers amis, disait-il, c’est la clé du développement économique du Québec, c’est la clé de l’avenir du Québec.

Ça prenait un front de bœuf, un désir de dépassement, un désir de grandir au plan social, estime, 50 ans plus tard, Sophie Brochu, l'actuelle PDG d’Hydro-Québec.

La baie James est venue propulser Hydro-Québec dans des ordres de grandeur qui n’avaient aucune commune mesure avec celles qui existaient. La baie James, c’est au-dessus de 17 000 mégawatts de capacité de production, c’est 50 % de nos capacités de production encore aujourd’hui en 2021.

Photo de Sophie Brochu devant un micro de radio.

Sophie Brochu, PDG d'Hydro-Québec

Photo : Radio-Canada / Coralie Mensa

Ce projet qui a frappé l'imaginaire québécois en 1971 représentait un investissement de près de 6 milliards de dollars. Cette création de plusieurs centrales hydroélectriques sur les rivières de la région de la baie James va s’échelonner en trois phases, de 1973 jusqu'au début des années 2000. Un chantier qui nécessitera 1500 km de routes, des ponts, des aéroports, et qui aura des conséquences sur l’environnement.

Détourner trois rivières pour les déverser dans un immense bassin de 175 000 kilomètres carrés ne s’est pas fait sans heurts sur le plan écologique ni sur le plan des relations avec les Autochtones.

Les Autochtones, grands oubliés

Robert Bourassa (à gauche), Billy Diamond (au milieu à gauche) ainsi deux autres représentants du gouvernement des nations crie et inuite ayant signé la Convention de la Baie-James.

50 ans plus tard, que reste-t-il du chantier de la Baie-James?

Photo : Radio-Canada / Presse Canadienne

D’ailleurs, dès 1972, les Cris remporteront une première manche judiciaire, forçant le gouvernement québécois à s'asseoir avec eux, ainsi que les Inuit pour négocier une entente. La fameuse Convention de la Baie-James verra le jour en 1975 et décidera des mesures à longue portée pour protéger leur économie, leur culture ainsi que leurs droits ancestraux de chasse, de pêche, de cueillette et de trappes.

Ce projet-là a été lancé sans consulter, sans même aviser les communautés autochtones qui habitaient et qui occupaient le territoire.

Une citation de :Sophie Brochu, PDG d'Hydro-Québec

Les Cris et les Inuit se sont, à juste titre, sentis oubliés, bousculés, non respectés. Et ça a mené à une confrontation très grande, rappelle Sophie Brochu. C'est pour ça que le projet de la baie James est un creuset de tous les défis qu'un grand projet peut rencontrer. Et aujourd'hui, avec le recul, ce projet est né, je le dis dans le sens psychologique, dans la douleur, dans le chagrin, dans la confrontation et dans la nécessité, au final, par ordre de cour, de devoir s'entendre avec les communautés autochtones.

Un projet impossible en 2021?

Une photo aérienne du réservoir et du barrage Eastmain-1.

La construction des barrages dans la baie James représentait un investissement de près de 6 milliards de dollars.

Photo : Hydro-Québec

Est-ce à dire qu’un tel projet, aussi démesuré soit-il, ne pourrait voir le jour en 2021, compte tenu de la jurisprudence et de la création depuis du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), entre autres?

Est-ce qu’on pourrait imaginer un projet comme ça? Peut-être, répond la PDG d’Hydro-Québec. Est-ce qu’on pourrait le réaliser, ce serait extrêmement difficile. Dans tous les cas de figure, la manière dont ça a été fait ne pourrait plus exister aujourd’hui.

Mais elle ajoute que la relation entre Hydro-Québec et les communautés autochtones est bien meilleure maintenant qu’il y a 50 ans.

Aujourd’hui, certains mettent en doute la nécessité de relancer de tels chantiers titanesques pour produire de l’électricité au Québec.

Mais Sophie Brochu ne croit pas qu'il faille faire son deuil de grands projets pour autant.

Moi, avec le mot deuil, il y a ''on tourne le dos'', et je pense qu’il ne faut pas tourner le dos. Il faut comprendre ce que nous avons et construire à partir de ce que nous avons.

Une citation de :Sophie Brochu, PDG d'Hydro-Québec

Il n'y a pas un dirigeant qui serait assis dans ma chaise aujourd’hui qui dirait : ''Ça n’arrivera plus jamais'', parce que ce serait deviner le futur. Demain matin, s’il n’y a plus de pétrole dans le monde et qu’on a besoin d’électricité, peut-être que nous voudrions trouver des façons de faire des aménagements qui seront mieux faits, plus intelligents.

La prochaine étape du développement

Avec le développement de l’éolien, notamment le projet d’Apuiat de 200 mégawatts sur le territoire innu, ou encore la présence du solaire qui s’affirme de plus en plus, les avenues de l’énergie renouvelable se multiplient, mais ce n’est pas la solution miracle exclusive aux besoins énergétiques, selon la PDG d’Hydro-Québec.

L’énergie éolienne ou l’énergie solaire, elle est disponible quand il vente et quand il fait soleil. Et si aujourd’hui, on peut réfléchir à déployer ces nouvelles énergies là plus agiles, plus complémentaires et plus concurrentielles, c’est parce qu’on peut se fier justement sur les réservoirs que nous avons créés.

Les nouvelles demandes en électricité qui proviennent de la transition énergétique ajoutent des pressions supplémentaires sur le réseau. Sur ce point, la numéro un d’Hydro-Québec mise aussi sur une consommation plus responsable de chacun. Parce que c'est une immense richesse, on a le devoir de ne pas la gaspiller. On a le devoir de l'utiliser au meilleur.

Continuer à améliorer le potentiel électrique

Aujourd’hui, Hydro-Québec, estime Sophie Brochu, c’est un peu comme la Sagrada Familia, la basilique de Barcelone qui date de 1882.

C'est quelque chose qui se construit au fil des générations. Et parmi les pierres d'assise de cet ouvrage extraordinaire du développement hydroélectrique au Québec, il y a des pierres qui sont de mortier et de ciment [les barrages]. Il y a des pierres pour lutter, ce sont les décisions qui ont été prises au niveau social. Et il y a des pierres commerciales, [la gestion], illustre-t-elle.

Des pylônes électriques.

Sophie Brochu compare l'édification d'Hydro-Québec à celle de la Sagrada Familia.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Chaque génération de dirigeants apporte sa pierre, sculpte une partie de l'édifice; et parfois on se rend compte que, oui, il y a une fondation qui n'est pas tout à fait au niveau, et c'est là qu'il faut retourner aux fondations et essayer de solidifier certains sols qui en ont besoin.

C'est ça, Hydro-Québec. C'est comme la Sagrada Familia, avec une immense fierté, des artistes, des artisans de tous horizons.

Une citation de :Sophie Brochu, PDG d'Hydro-Québec

La production d'électricité, une fierté collective

Quant aux fameux barrages de la baie James, elle avoue sa continuelle fierté à l'égard du génie québécois et souhaiterait que les nouvelles générations puissent les découvrir en se rendant sur place.

J'ai la chair de poule quand j’en parle. Je me dis que si on était capable aujourd'hui d'amener nos jeunes là-bas, de les mettre en contact avec l'immensité de l'ouvrage et si on pouvait leur permettre de s'asseoir et de converser avec les communautés autochtones, avec les gens qui sont là aujourd'hui, moi je pense que ça ferait des générations de Québécois encore plus fiers, encore plus animés de la volonté de s'assurer que l'on fait le bon choix et qu'on continue à construire cette Sagrada Familia québécoise là.

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