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De nouveaux OGM bientôt dans nos assiettes

Des pommes dont la chair ne brunit pas une fois tranchée, des pommes de terre plus saines une fois frites : voici de nouveaux produits génétiquement modifiés qui arrivent dans nos assiettes. Et qui alimentent la controverse.

Des pommes génétiquement modifiées tranchées dans des sacs en plastique.

La pomme Arctic a été développée par l’entreprise Okanagan Speciality Fruits : elle ne brunit pas pendant 28 jours.

Photo : Radio-Canada

Nous connaissons tous ce phénomène chimique : une fois coupée en tranches, la chair des pommes a tendance à brunir rapidement. C’est l’oxydation.

Pour l’industrie agroalimentaire qui souhaite vendre des fruits déjà coupés, c’est un obstacle.

La pomme Arctic a été développée par l’entreprise Okanagan Speciality Fruits après de longues années de recherche : elle ne brunit pas pendant 28 jours et garde donc sa couleur originale.

Quel est le secret de ce tour de magie? On ajoute de l'information génétique pour empêcher l'expression d'une protéine qui est déjà dans la pomme qui est la cause du brunissement lorsqu'on coupe le fruit ou lorsqu'il y a des blessures, explique le chercheur au Département de phytologie de la Faculté des sciences de l'agriculture et de l'alimentation de l’Université Laval, Dominique Michaud.

Une manipulation génétique qui est le fruit de l’observation de la nature, détaille le chercheur.

Quand on parle d'OGM, on pense aux laboratoires, mais de la transgénèse, il y en a plein dans la nature. On ne l'a pas inventée, rappelle-t-il. En fait, on la copie. On utilise des outils pour nous aider à faire ce qu'on a trouvé dans la nature.

Les mêmes outils ont été utilisés pour développer la pomme de terre de l’entreprise Simplot.

Des pommes de terre Simplot en frites.

La pomme de terre Simplot contient moins d’un acide aminé responsable de la production d’acrylamide, une molécule qui apparaît lors de la friture et qui est reconnue pour être cancérigène.

Photo : Radio-Canada

Cette pomme de terre génétiquement modifiée est protégée des meurtrissures, produit moins de taches noires et est plus tolérante au mildiou, une maladie fréquente dans les champs de pommes de terre.

Mais, surtout, elle contient moins d’un acide aminé responsable de la production d’acrylamide, une molécule qui apparaît lors de la cuisson à haute température (friture) et qui est reconnue pour être cancérigène. Un avantage certain pour l’industrie des patates frites!

Où sont ces OGM?

La pomme Arctic est cultivée dans l’ouest des États-Unis. Une petite quantité a été vendue au Canada après la récolte de 2019, pour des services alimentaires.

Les pommes de terre Simplot sont cultivées au Canada, notamment en Ontario, au Manitoba et à l’Île-du-Prince-Édouard, mais sont envoyées aux États-Unis pour y être vendues telles quelles ou transformées, en salade ou en croustilles, indique l’organisme Vigilance OGM, qui milite pour un étiquetage obligatoire des aliments génétiquement modifiés.

Car actuellement, le consommateur ignore si un aliment est le fruit du génie génétique.

On demande depuis longtemps de la transparence dans nos assiettes, clame le coordonnateur de Vigilance OGM, Thibault Rehn.

Une exigence appuyée par plusieurs sondages qui confirment que les consommateurs souhaitent de la transparence.

80 % des Canadiens et 85 % des Québécois souhaitent un étiquetage obligatoire des produits contenant des OGM.

Faut-il encore craindre les OGM?

Si les consommateurs demandent plus de transparence, est-ce parce qu’ils doivent craindre pour leur santé? Ce débat est loin d’être tranché.

Il n'y a personne qui peut vous prouver demain matin que les OGM posent un problème de santé pour la population parce qu'il n'y a pas d'étude. C'est sûr que, quand on ne cherche pas, on ne trouve pas, affirme Thibault Rehn de Vigilance OGM.

Le chercheur Dominique Michaud se fait plus nuancé. Quoi qu'on en pense, il existe des centaines d'études d'impact au niveau environnemental et sur la santé. On a toutes ces données et, de plus, on a 25 ans d'expérience d'applications.

L’amélioration génétique par sélection et par croisement se fait depuis des milliers d’années, soutient François Belzile, professeur en génétique des plantes à l'Université Laval.

Il y a des choses qu'on ne pourrait pas faire par hybridation, simplement parce qu'il n'existe pas cette caractéristique au sein de l'espèce qui nous intéresse et on va donc chercher à l'extérieur pour compléter le tout.

Le saumon OGM

Le saumon en arrière est modifié génétiquement. Celui au-devant est un saumon d'élevage traditionnel.

Le saumon en arrière-plan est modifié génétiquement. Celui au premier plan est un saumon d'élevage traditionnel.

Photo : AquaBounty

Le dernier aliment qui a fait du bruit dans l’univers des OGM est le fameux saumon de l’entreprise Aquabounty à qui on a introduit un gène d’anguille et une hormone de croissance d’un autre saumon pour qu’il grossisse deux fois plus vite.

Il est arrivé sur le marché en 2017, mais les consommateurs n’ont jamais pu savoir où il avait été vendu ni dans quel genre de produit il était transformé.

Pour les scientifiques, c’est normal. Il a été approuvé par Santé Canada. C’est donc un aliment comme les autres.

S'il a été approuvé, explique Dominique Michaud, c'est que les données ont démontré qu'il n'y avait pas de problème, il n'était pas plus dangereux qu'un saumon non transgénique.

François Belzile ajoute : Que ce soit l'alimentation humaine directe à même une plante OGM ou indirecte via des animaux qui auraient consommé des aliments dérivés des OGM, je ne connais aucun cas où on ait pu indiquer qu'il y avait un effet néfaste associé à ce phénomène.

Le problème du glyphosate

Pulvérisation d'herbicide sur un champ de blé dans les Prairies.

La pulvérisation au glyphosate en prérécolte permet de contrôler les mauvaises herbes qui ralentissent l’avancée de la machinerie lors de la récolte.

Photo : Radio-Canada

Ces nouveaux légumes génétiquement modifiés sont encore rares. Une des sources d’inquiétude les plus sérieuses et documentées est la relation entre les OGM et l’utilisation des pesticides, comme le controversé glyphosate.

Au Canada, 100 % de tous les OGM sont faits pour tolérer un herbicide, ce qui augmente à moyen et long terme l'utilisation des pesticides.

Une citation de :Thibault Rehn, coordonnateur, Vigilance OGM

Le glyphosate, dont il reste des traces dans les céréales génétiquement modifiées comme le blé ou le maïs, a été classé comme cancérigène probable par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), une agence de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Le professeur en génétique des plantes François Belzile reconnaît qu’il ne faut pas en abuser.

La technologie s'avère tellement attrayante pour des producteurs que l'appât du gain, de vouloir encore une fois maximiser à court terme les profits, fait en sorte qu’on oublie certaines bonnes pratiques agronomiques, comme varier les cultures, faire la rotation des cultures et [utiliser] d’autres moyens de lutte [contre les maladies].

Mieux comprendre les OGM

Ces scientifiques plaident pour une meilleure information de la science des aliments, notamment du génie génétique.

De son côté, Thibault Rehn de Vigilance OGM soutient que les études sur la santé sont insuffisantes.

C'est impossible de faire des études épidémiologiques pour dire s'il y a une différence statistique sur la prévalence des maladies, parce qu'on ne sait pas où ils sont [les OGM]. On ne pourra jamais vous donner la réponse.

François Belzile veut se faire rassurant : Le niveau de risque associé aux OGM n'est pas supérieur au niveau de risque habituel. Il n'est pas zéro, il n'est pas supérieur à ce qu'on rencontre dans l'agriculture conventionnelle. Ce sont les conclusions auxquelles arrivent les recherches scientifiques.

Et Dominique Michaud de conclure : Maintenant, est-ce que ça veut dire qu'il n'y a jamais de problème? Il faut toujours être vigilant.

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