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L'homme qui plantait des clous

Des citoyens déplorent que l'aménagement d'aires protégées au Québec n'améliore pas leur accès à la nature.

André Chevalier.

André Chevalier est prêt à tout pour sauver les sentiers de Chute-Saint-Philippe d'une coupe forestière.

Photo : Radio-Canada

En décembre dernier, le gouvernement de François Legault atteignait sa cible en transformant 17 % du territoire québécois en aires protégées, mais des citoyens déplorent que cela n'améliore pas leur accès à la nature.

De vastes espaces restent à la merci des coupes forestières et la résistance s'organise pour préserver l'usage récréatif de la forêt. À Chute-Saint-Philippe, une municipalité des Hautes-Laurentides, les citoyens se mobilisent pour sauver un parc qu'ils ont aménagé dans une forêt publique.

On a fait un petit deux kilomètres et on a bâti une cabane en bois rond. Quelques années après, un autre deux kilomètres et un autre chalet, se remémore André Chevalier qui a entrepris, dans les années 1980, d'aménager quelque 25 kilomètres de sentiers de randonnée et de ski de fond à Chute-Saint-Philippe.

C'est un peu mon legs, poursuit l'homme de 81 ans qui s'apprête à défendre son héritage contre l'exploitation forestière.

La Municipalité a été informée qu'une coupe est planifiée cet automne sur le territoire traversé par les sentiers. Le maire de Chute-Saint-Philippe, Normand St-Amour, demande un moratoire sur la coupe, le temps de montrer au gouvernement qu'il ne fait pas une bonne affaire.

Nous, ça fait au-dessus de 400 000 $ qu'on met dans les sentiers [...] pour une coupe qui va rapporter 5000 $ à 10 000 $ au gouvernement en redevances forestières, explique le maire.

Les sentiers de Chute-St-Philippe dans les Hautes-Laurentides.

Un sentier menacé par des coupes forestières dans les Laurentides

Photo : Radio-Canada

André Chevalier peine à croire qu'un moratoire puisse sauver ses sentiers. Il est prêt à tout pour empêcher l'abattage. Ce que j'ai trouvé, moi, c'est de planter des clous dans les arbres, lance-t-il en guise d'appel au soulèvement de ses compatriotes.

La présence de clous dans les arbres empêche leur transformation, car ils risqueraient de briser les équipements dans les usines.

Ce n'est pas de la désobéissance civile, c'est de la dissidence, je ne me sens pas lié par les lois qu'ils ont faites.

Une citation de :André Chevalier

Ce genre de bataille, le militant écologiste Henri Jacob en a mené plusieurs. C'est d'ailleurs en aménageant des sentiers qu'il est parvenu à préserver la forêt Piché-Lemoine, à Val-d'Or, en Abitibi-Témiscamingue.

C'était dans le but de mettre des bâtons dans les roues à l'exploitation forestière. On a aménagé des sentiers à toutes les places où ils voulaient aller faire de la récolte, raconte le président de l'organisme Action boréale. C'était en 1983, donc c'est probablement la plus vieille aire protégée, ajoute-t-il.

Lorsque le gouvernement Legault a désigné 17 % du territoire du Québec aire protégée, Henri Jacob avait espoir que ce genre d'action citoyenne ne serait plus nécessaire.

Il déplore aujourd'hui que le territoire protégé soit peu accessible. On a eu au sud du 49e parallèle une augmentation de 0,8 %. En fait, le territoire qui a été protégé, c'est là où il n'y a pas ou très, très peu de forêt dite commerciale, dénonce-t-il.

Trouver le bon compromis

Henri Jacob marche dans la forêt.

Henri Jacob, président de l'Action boréale

Photo : Radio-Canada

Il existe pourtant en Abitibi-Témiscamingue un bel exemple de compromis entre l'industrie forestière et la conservation des milieux naturels. Il y a deux ans, la Sépaq y inaugurait le parc d'Opémican, le dernier-né des parcs nationaux du Québec. Mais avant d'en arriver là, il y a eu plusieurs rondes de négociations.

Le parc d'Opémican, ce n'est pas un parc en un seul tenant, c'est un parc morcelé. Il fallait voir comment on pouvait le concilier avec les activités déjà en place sur le territoire. Il y avait des projets hydroélectriques et des activités forestières, explique Ambroise Lycke, directeur du parc national d'Opémican.

Le parc génère maintenant sa part de retombées économiques. Un parc national, globalement, pour chaque jour-visite c'est une soixantaine de dollars, estime Ambroise Lycke.

Mais la conciliation entre les intérêts de tout un chacun requiert son lot de patience. Le parc Opémican ici, ça a été une longue et lente opération, se souvient Pierre Corbeil qui était ministre de la Faune et des Parcs lorsque le gouvernement a donné le feu vert à la création du parc.

C'est devenu un outil de développement économique qui est différent de la transformation, mais qui doit exister, affirme l'ancien ministre devenu maire de Val-d'Or.

Pierre Corbeil en entrevue devant l'hôtel de ville de Val-d'Or.

Le maire de Val-d'Or, Pierre Corbeil, est un ancien ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs.

Photo : Radio-Canada

Selon lui, pour être plus efficace, le gouvernement devrait faire davantage confiance aux gens qui vivent sur les territoires convoités.

C'est l'aspect que le monde municipal préconise, la régionalisation du territoire et de ses ressources. Je dis souvent que le territoire forestier, c'est notre gagne-pain, mais c'est aussi notre terrain de jeu, précise M. Corbeil.

De retour à Chute-Saint-Philippe, cet équilibre semble difficile à trouver pour l'instant. En attendant, André Chevalier poursuit sa bataille. La lutte est entre le bien-être des citoyens et le profit des entreprises; le gouvernement est prêt à sacrifier notre bien-être pour les actionnaires, alors nous, on va planter des clous, conclut-il.

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