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« Où sont les Noirs? » La fracture dans les églises des Prairies

Certains chrétiens des Prairies veulent plus de diversité dans leur communauté religieuse.

Emmanuel Adewusi est sur scène. Il a les yeux fermés et parle dans un micro.

Emmanuel Adewusi est le fondateur et pasteur de Cornerstone Christian Church of God, à Edmonton.

Photo : Fournie par Rebecca Johnson

Radio-Canada

La composition ethnique de l’église que Serena Prescott fréquente aujourd’hui et l’église où son père était pasteur lorsqu’elle était enfant sont très différentes.

C’était vraiment une église noire, dit-elle au sujet de l’église de son enfance, Edmonton Community Worship Hour. Le chant, la chorale, les mouvements. C’était amusant.

Quelques années après la mort de son père, elle a été invitée à fréquenter une église non confessionnelle à prédominance blanche d’environ 800 membres située à Leduc, au sud d’Edmonton.

Serena Prescott y a été accueillie à bras ouverts et y a même rencontré celui qui est aujourd’hui son mari, mais elle constate qu'aujourd'hui encore l’église manque de diversité sur le plan ethnique.

Kaelan Prescott porte son bébé dans les bras. Près de lui se trouve Serena Prescott. Ils sont sur une scène et sourient à un homme tenant un micro.

Serena Prescott (au centre) et son mari, Kaelan Prescott (à gauche) sur scène avec leur enfant à l'église City Life Church.

Photo : Fournie par Serena Prescott

Elle-même descendante des premiers immigrants noirs de l’Alberta qui ont fondé Amber Valley, le plus grand établissement noir des Prairies dans les années 1900, Serena Prescott rappelle que ses ancêtres ont fondé leurs propres églises noires par nécessité.

Le pasteur et auteur Rohadi Nagassar explique que, bien que la diaspora noire ait migré vers les Prairies ces dernières années, les chrétiens y sont encore souvent divisés selon leur appartenance ethnique.

La citation tristement célèbre du révérend Martin Luther King est : "Le moment où la population est la plus divisée est le dimanche matin", mentionne-t-il. Il a dit cela dans les années 1960, mais les données indiquent que rien n’a changé.

Rohadi Nagassar, dont les travaux se sont concentrés entre autres sur la décolonisation au sein du christianisme, dit que les Prairies sont en retard sur les États-Unis et même de grands centres du Canada tels que Toronto et Vancouver, en termes d’intégration raciale.

Nous avons créé une communauté selon des critères liés la couleur de la peau pendant si longtemps que nous ne sommes pas capables de faire autrement, mentionne-t-il.

Serena Prescott dit que son mariage mixte attire encore aujourd’hui des regards, en particulier de la part des personnes plus âgées. Elle y voit là un signe de racisme persistant dans les Prairies, mais aussi une voie positive à suivre.

Je pense que, plus les gens sont informés et se rendent compte que le racisme continue de se produire, plus la situation semble s’améliorer, affirme-t-elle.

Les Noirs et leurs églises

Les premières églises noires des Prairies ont servi de plateformes pour lutter contre différentes formes de racisme et de discrimination dans la société canadienne, dit le professeur adjoint à la Faculté des services sociaux de l’Université de Calgary David Este.

Outre les divertissements, les églises noires offraient des clubs de débat et proposaient des activités sociales.

Les églises noires ont été créées par nécessité. Les premiers migrants noirs n’étaient pas les bienvenus dans les églises blanches et, lorsqu’ils y étaient autorisés, ils ne pouvaient pas donner leur avis sur la façon dont les églises à majorité blanche étaient gérées, rappelle David Este, en précisant qu’il y a quand même eu des changements positifs au fil des années.

Certaines églises blanches sont devenues plus ouvertes aux personnes et aux familles de différents groupes culturels. Je pense que c’est un signe positif parce qu’ils ne rejettent pas les Noirs ou d’autres groupes ethniques qui veulent fréquenter les églises blanches, dit-il.

Rebecca Johnson est arrivée à Edmonton en provenance de Toronto en 2012, à l’âge de 25 ans. Victime de racisme, la Canadienne d’origine ghanéenne a d’abord cru qu’il serait difficile de trouver une communauté, mais a trouvé Cornerstone Christian Church of God, une église multiethnique qui se trouve dans l’est d’Edmonton.

Maintenant âgée de 33 ans, elle croit qu’en la guidant vers cette église, Dieu a sauvé sa vie. Si on revient à l’histoire, quand les Noirs ont été rejetés, ils sont simplement allés prier et danser. Ils ont pu être libres en présence du Seigneur, dit-elle.

Rebecca Johnson assise sur un divan.

Rebecca Johnson

Photo : Fournie par Rebecca Johnson

Cornerstone Christian Church of God est passé de 10 membres à 150 depuis l’adhésion de Rebecca Johnson, en 2012, et fait partie d’un mouvement vers une église de plus en plus intégrée sur le plan ethnique dans les Prairies.

Culture chrétienne blanche

Rohadi Nagassar rappelle que, en général, les anciennes et les nouvelles églises des Prairies ne sont pas vraiment multiethniques. Elles sont, soit principalement destinées à un groupe ethnique en particulier, soit presque exclusivement dirigées par des hommes blancs.

L’été dernier, au plus fort des manifestations du mouvement Black Lives Matter, Rohadi Nagassar a étudié les chansons chantées dans les églises d’Amérique du Nord compilées par Christian Copyright Licensing International. Sur les 50 meilleures chansons, une seule avait été écrite par une personne de couleur.

C’est aussi le cas pour la radio chrétienne grand public, elle aussi principalement blanche. Rohadi Nagassar donne l’exemple de l’artiste gospel nigérian Sinach. Une de ses chansons est beaucoup passée dans les radios chrétiennes de l’Amérique du Nord, mais celle-ci était la version d’un groupe de rock chrétien américain blanc.

Rebecca Johnson aimerait beaucoup qu'il y ait une plus grande diversité dans la musique entendues sur les ondes des radios chrétiennes.

Si quelqu’un fait un autre type de musique, que c’est ce que Dieu l’a appelé à faire et qu’il y a quelqu’un [d’une radio] qui dit que ça ne correspond pas à ce qu’ils jouent, c’est une forme de rejet. Ce n’est pas de l’amour. Ce n’est pas du tout ce que Dieu veut pour nous, affirme-t-elle.

Selon elle, la diversification des styles musicaux tant à l’église qu’à la radio est un élément crucial pour parvenir à une église diversifiée et équitable.

Trouver l’unité dans la diversité

Rohadi Nagassar a des origines antillaises, chinoises et japonaises. Jusqu’à l’an dernier, il était le pasteur d’une église à dénomination évangélique, qu’il a quittée après que le clergé eut décidé qu’il ne pouvait pas pratiquer d’unions entre personnes homosexuelles.

Depuis, il a fondé une nouvelle église, Cypher Church. Établie à Calgary, l’église se présente comme un endroit pour les rêveurs, les innovateurs, les artistes et les étrangers.

Il doit y avoir un espace où nous pouvons trouver l’unité dans la diversité, explique-t-il en restant conscient qu’il reste un long chemin à parcourir vers l’inclusion des minorités raciales et sexuelles dans l’Église.

D'après un texte de Thandiwe Konguavi

Noirs dans les Prairies

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