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La pandémie accentue les inégalités chez les enfants

Les politiques publiques doivent viser l'amélioration des conditions de vie des familles et le développement des plus jeunes, soutient l’Observatoire des tout-petits.

Des enfants dans une garderie.

Selon l'Observatoire des tout-petits, la pandémie a creusé les inégalités en touchant particulièrement les familles les plus vulnérables et leurs enfants.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

« On sait que les familles vulnérables ont été très fragilisées par la pandémie. Elles ont été les plus touchées et les inégalités se sont creusées », explique Fannie Dagenais, la directrice de l’Observatoire des tout-petits.

L’organisme, spécialisé en petite enfance, s’inquiète des inégalités qui persistent au Québec, dans un vaste rapport, auquel ont contribué une soixantaine d’experts, qui se penche sur l’efficacité des différentes politiques publiques.

Les conséquences socioéconomiques vont se faire sentir bien au-delà du vaccin. Il faut que les politiques publiques puissent réduire le plus possible les inégalités.

Une citation de :Fannie Dagenais, directrice de l’Observatoire des tout-petits

Selon cette étude, les disparités des conditions de vie restent importantes. Les enfants les plus touchés sont, sans surprise, les tout-petits vivant dans des familles à faible revenu, les tout-petits issus des communautés autochtones, les enfants ayant des besoins particuliers et les enfants immigrants et d’autres origines ethnoculturelles, peut-on lire dans ce document de 270 pages.

Les principaux problèmes répertoriés par l'Observatoire des tout-petits :

  • 1 famille sur 10 avec au moins un tout-petit vit encore de l’insécurité alimentaire;

  • 13,6 % de ces familles habitent dans un logement non abordable;

  • 12 % habitent dans un logement de taille insuffisante;

  • 7,9 % sont dans un logement nécessitant des réparations majeures;

  • 47 % des enfants des Premières Nations vivent dans la pauvreté au Canada, contre 17,6 % pour l’ensemble des enfants canadiens.

Un demi-million de tout-petits au Québec

Au Québec, en 2020, selon cette étude, il y avait 522 000 enfants âgés de moins de 5 ans. Près d’un quart présenterait une vulnérabilité à la maternelle. Mais cette proportion grimpe à 1 enfant sur 3 dans les milieux plus défavorisés.

Les conditions dans lesquelles grandissent les tout-petits ont une influence déterminante sur leur développement. Par exemple, les enfants des milieux défavorisés connaissent à l’âge de 3 ans 600 mots de moins que ceux de milieux favorisés. Ces écarts sur le plan du développement sont susceptibles d’influer sur leur réussite scolaire au primaire et au secondaire, et même sur le niveau d’études à l’âge adulte, souligne l’Observatoire des tout-petits.

Un accès aux services pour prévenir la maltraitance

Cette vulnérabilité se fait particulièrement sentir dans l’accès aux services, précise Fannie Dagenais, en évoquant les barrières de la langue pour les familles immigrantes, des horaires d’ouverture de bureaux de services ou encore de l’accès au transport en commun, difficile dans les quartiers les moins favorisés.

Il y a plus de 185 000 familles vulnérables qui attendent un médecin de famille, dont des femmes enceintes et des jeunes enfants. Pourtant, c’est essentiel, relate-t-elle également.

L’accès à l’assurance maladie gratuite est aussi difficile pour les enfants d’immigrants, note ce rapport, qui se réjouit cependant du dépôt du projet de loi 83 du gouvernement de François Legault qui devrait élargir cet accès, même si plusieurs améliorations sont proposées.

Ces différents facteurs jouent un rôle dans la maltraitance visant les plus jeunes, déplore Fannie Dagenais, en évoquant, là encore, les conséquences de la crise sanitaire.

Plus il y a de stress, plus il y a de risques de maltraitance. Les politiques publiques peuvent réduire les maltraitances en réduisant les facteurs de stress dans les familles.

Une citation de :Fannie Dagenais, directrice de l’Observatoire des tout-petits

En 2019-2020, 14 179 signalements ont été faits auprès de la Direction de la protection de la jeunesse pour des enfants de moins de 5 ans, rappelle cette étude.

Si on veut que l’enfant se développe bien, il faut qu’il puisse se faire soigner quand il est malade, qu’il ait un service de garde de qualité et que ses parents aillent bien. Il faut agir sur les conditions de vie, offrir des logements abordables et des espaces verts pour que l’enfant développe son plein potentiel, résume Fannie Dagenais.

Moins du tiers des enfants vont chez le dentiste

Selon l’Observatoire des tout-petits, qui déplore le manque de données pour connaître l’état de santé buccodentaire des tout-petits, moins du tiers des moins de 5 ans ont eu un examen dentaire. Ce taux demeure stable depuis plusieurs années. Pourtant, cette visite chez le dentiste est gratuite pour les moins de 10 ans. Des parents ne le savent pas. Il y a une sensibilisation à faire, assure Fannie Dagenais.

Les inégalités se reflètent également dans ce domaine, puisque 44 % des enfants dont les parents sont moins scolarisés sont touchés par la carie dentaire comparativement à 21 % de ceux avec des parents plus scolarisés, lit-on dans ce rapport, qui regrette qu'aucun service préventif [ne soit] toutefois couvert par la RAMQ.

Pourtant, les études scientifiques démontrent bien que les soins préventifs (les conseils d’hygiène buccale et les applications topiques de fluorure) jouent un rôle important dans la prévention des maladies buccodentaires, précise ce rapport.

Mais de nettes améliorations

Au cours des dernières années, il y a cependant eu de nettes améliorations, assure l’Observatoire des tout-petits.

Par exemple, les pères sont de plus en plus présents, grâce aux bienfaits du congé rémunéré. En 2019, 72 % des pères québécois ont utilisé le congé parental, contre près d’un père sur deux en 2006, année de création du Régime québécois d’assurance parentale (RQAP).

C’est un pas de géant, affirme Fannie Dagenais. Ça crée des fondations très solides et des gains d’attachement. C’est bénéfique pour l’enfant et le papa, et ça donne un meilleur partage des responsabilités dans le couple.

Même si près de 51 000 enfants sont actuellement en attente d’une place subventionnée dans un service de garde, l’Observatoire des tout-petits reste positif.

Au milieu des années 1990, seulement 20 % des enfants de 0 à 4 ans avaient accès à une place subventionnée dans un service de garde éducatif à l’enfance, rappelle cette étude.

Désormais, cette proportion grimpe à 60,5 % des enfants.

Cette augmentation a notamment permis de revoir à la hausse le retour des mères sur le marché du travail. En 2018, au Québec, est-il mentionné dans ce rapport, 82,8 % des femmes de 25 à 54 ans étaient actives sur le marché du travail, comparativement à une moyenne de 69,7 % pour l’ensemble des pays de l’OCDE. Il s’agit de l’un des taux les plus élevés au monde.

Créé en 2016, l'Observatoire des tout-petits est un projet de la Fondation Lucie et André Chagnon. Selon son site web, il a notamment pour objectif de susciter des discussions et des réflexions auprès du grand public, des acteurs d’influence et des décideurs politiques, ceci afin de mener à des choix de société plus éclairés en matière de petite enfance.

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