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Les débardeurs de Montréal entament leur grève malgré la menace d'une loi spéciale

Des débardeurs portant le masque manifestent avec des pancartes du SCFP.

Des débardeurs ont fait le piquet de grève au port de Montréal, lundi matin.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Les débardeurs du port de Montréal sont passés à l’acte en déclenchant lundi matin leur grève générale illimitée, qui pourrait toutefois être compromise par un projet de loi spéciale d’Ottawa.

Depuis 7 h ce matin, le port de Montréal tourne au ralenti. Comme ils l'avaient annoncé, les 1100 membres du Syndicat des débardeurs SCFP de la section locale 375 ont cessé la manutention des marchandises et l'amarrage des navires au port de Montréal comme au terminal Contrecoeur, en aval sur la Rive-Sud.

Le terminal céréalier, le service Oceanex et la manutention du vrac liquide sont les seuls secteurs à ne pas interrompre leurs activités, en vertu de dispositions au Code canadien du travail.

Les débardeurs se sont donc munis de pancartes et ont fait le piquet de grève à l'entrée du port en matinée, faute d'une entente avec l’Association des employeurs maritimes (AEM). Les négociations, qui perdurent depuis deux ans et demi, sont dans l'impasse.

Le milieu manufacturier retenait son souffle depuis vendredi, jour où le syndicat a déposé son préavis de grève, dans l'espoir d'une sortie de crise. En vain.

Mais un projet de loi fédéral pour forcer la reprise et le maintien des opérations pourrait changer la donne. Le gouvernement Trudeau a annoncé dimanche qu'il comptait emprunter la voie d'une loi spéciale, dont le texte pourrait être déposé aux Communes dès mardi.

Encore faut-il qu'il soit débattu et approuvé au Parlement, où le gouvernement Trudeau devra trouver les appuis nécessaires. Le processus pourrait prendre quelques jours avant d'aboutir.

Le chef du Parti conservateur Erin O'Toole, qui a reproché à Ottawa son inaction dans ce dossier, a dit vouloir examiner le projet de loi avant de dire s'il l'appuierait.

Le chef néo-démocrate Jagmeet Singh s'est quant lui opposé au recours à la loi spéciale, jugeant que le gouvernement venait nuire à la capacité des travailleurs et travailleuses de régler leurs problèmes.

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a estimé que la loi spéciale était un aveu d'incompétence et de manque de leadership de la part du gouvernement. Selon lui, le premier ministre Justin Trudeau devrait exercer son « autorité » en enjoignant aux deux parties de faire des compromis pour ne pas que les travailleurs et les entreprises du Québec en payent le prix.

Québec et Toronto interpellent Ottawa

De crainte de revivre le même scénario que l'été dernier, où les débardeurs avaient fait grève pendant près de deux semaines, des ministres québécois et ontariens ont cosigné une lettre lundi dans laquelle ils pressent la ministre fédérale du Travail, Filomena Tassi, d'agir.

Malgré l'intervention d'Ottawa dans ce dossier, en fournissant notamment l'aide de médiateurs, force est de constater que les parties n’en sont toujours pas arrivées à une entente, ont déploré les ministres québécois Pierre Fitzgibbon, Jean Boulet, François Bonnardel et Chantal Rouleau, ainsi que leurs homologues ontariens Vic Fedeli et Monte McNaughton.

Face à l’incapacité [des parties] d’en venir à une entente, il est impératif que vous n’excluiez aucune option afin de régler le conflit, et ce, dans les plus brefs délais.

Une citation de :Lettre des ministres québécois et ontariens de l'Économie, du Travail et des Transports

À l'instar d'Ottawa, les ministres québécois et ontariens ont dit malgré tout favoriser un règlement à la table de négociation.

Les conséquences de l'interruption des services au port de Montréal se feront toutefois sentir chez tous les Canadiens, ont mis en garde les ministres. Les décisions des gouvernements face à ce conflit de travail doivent tenir compte des impacts dévastateurs sur des travailleurs et des entrepreneurs qui dépendent du port, ont-ils insisté.

Selon les ministres, près de 250 000 employés du Grand Montréal et 273 000 autres employés en Ontario pourraient subir les contrecoups de cette grève.

Un homme masqué manifeste devant le port avec une pancarte du SCFP.

Depuis 7 h, lundi matin, les débardeurs ont interrompu la manutention des marchandises et l'amarrage des navires au port de Montréal.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Tandis que les provinces s'efforcent de relancer leurs activités économiques, mises à mal par la pandémie, cette grève générale illimitée tombe au mauvais moment.

Depuis le début de l'année, le trafic conteneurisé connaît une baisse importante au port de Montréal et un écart de performance de plus de 10 % s'est creusé entre le port et ses principaux concurrents américains, ont rappelé les ministres.

Un rapport de force déséquilibré, déplore le syndicat

Cette pression exercée sur l'économie est un mal nécessaire pour les débardeurs, mais pas le but de leur grève, a rappelé le conseiller syndical du SCFP section locale 375, Michel Murray, au micro de Tout un matin.

Malgré la grève générale illimitée, les discussions se poursuivent. Une rencontre entre l’Association des employeurs maritimes et le syndicat a eu lieu lundi matin.

M. Murray fondait toutefois peu d'espoir dans ces pourparlers alors que plane la menace d'une loi spéciale, qui vient court-circuiter le processus de négociations. L'employeur, a-t-il dit, doit être « mort de rire ».

Je n'ai aucune espèce d'espoir qu'il va y avoir un règlement aujourd'hui. L'employeur va s'asseoir sur ses mains et attendre de voir le contenu de la loi spéciale de la ministre Tassi, a-t-il lancé.

J'ai zéro attente. Ça va être une promenade à la campagne ce matin pour l'employeur, avec la menace d'une loi spéciale. Ça déséquilibre totalement le rapport de force entre les parties.

Une citation de :Michel Murray, conseiller syndical du SCFP section locale 375

Cette grève générale illimitée est l'ultime recours employé par les débardeurs pour manifester, notamment, contre les changements d'horaire unilatéraux imposés récemment par l'AEM – et qui devaient entrer en vigueur lundi matin – au moment même où les discussions achoppent sur la question des horaires et de la conciliation travail-vie personnelle.

Les débardeurs avaient auparavant déclenché des grèves partielles, en refusant de travailler les week-ends et de faire des heures supplémentaires à leur quart de huit heures.

Depuis vendredi, a rappelé M. Murray, le syndicat s'est fait très clair : si l'AEM faisait marche arrière sur cette modification des horaires, toutes les grèves seraient annulées.

Le gouvernement, plutôt que de courir après l'employeur, [nous menace] d'une loi spéciale. C'est assez particulier, a-t-il déploré, faisant valoir que le syndicat avait déposé des offres qui ont été refusées par la partie patronale.

Au terme d'une trêve de sept mois entre les deux parties, le syndicat avait rejeté l'offre de l'employeur à 99,71 %, jugeant qu'il n'offrait pas de solution satisfaisante pour régler l'une des questions au cœur du litige, soit les horaires de travail.

Deux offres ont aussi été présentées par l'employeur le 15 avril, et toutes deux ont essuyé un refus « sur place » de la part du syndicat, a expliqué M. Murray.

Depuis 2018, la convention collective du Syndicat des débardeurs du port de Montréal est échue. Outre les horaires de travail, le SCFP espère des avancées sur les fronts du droit à la déconnexion, de la sécurité d'emploi pour les jeunes travailleurs et du code de discipline, qui devrait selon lui faire l'objet d'une refonte.

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