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Le virage nucléaire du Nouveau-Brunswick, un projet vert jalonné d’incertitudes

La centrale nucléaire de Point Lepreau

Deux petits réacteurs modulaires seront mis au point sur le site de la centrale nucléaire de Point Lepreau, au Nouveau-Brunswick.

Photo : CBC

Radio-Canada

Le nucléaire a le vent en poupe grâce aux efforts d’Ottawa qui cherche à décarboniser son énergie. Des millions de dollars ont récemment été alloués pour le développement de petits réacteurs modulaires (PRM), dont une partie doit être conçue au Nouveau-Brunswick, à la centrale de Point Lepreau. Reste, toutefois, le problème de la rentabilité et celle de la gestion des déchets.

Pour atteindre la carboneutralité d'ici 2050, le Nouveau-Brunswick mise sur une nouvelle génération de réacteurs nucléaires, plus petits et plus faciles à construire en usine. Leur vocation serait de remplacer les centrales thermiques qui fonctionnent au mazout, au gaz et au charbon.

En mars, Ottawa a annoncé un investissement de 56 millions de dollars pour le développement de ces petits réacteurs nucléaires modulaires au Nouveau-Brunswick. L'objectif visé? Produire de l'énergie non émettrice de GES et réduire le volume de déchets nucléaires à entreposer, a fait valoir le ministère de l'Innovation, des Sciences et de l'Industrie.

Un mois après l'annonce fédérale, une étude de faisabilité destinée aux gouvernements du Nouveau-Brunswick, de l’Ontario et de la Saskatchewan concluait que la mise au point des PRM permettrait de répondre aux besoins énergétiques nationaux, de réduire les émissions de gaz à effet de serre et de faire du Canada un chef de file mondial de cette nouvelle technologie.

Plan d'un petit réacteur modulaire.

Les PRM sont considérés comme une solution de rechange à la production d'électricité traditionnelle avec du charbon et des combustibles fossiles.

Photo : Global First Power

Le même rapport a établi que le Nouveau-Brunswick pourrait répondre aux besoins en énergie propre du Canada atlantique et des provinces partenaires à compter de 2030. En dépit des interrogations soulevées par la gestion des déchets radioactifs, la révolution verte du Canada passerait-elle par le nucléaire?

Il s'agit d'une technologie sécuritaire, car évaluée par la Commission canadienne de sûreté nucléaire, dit Guy Marleau, professeur de génie nucléaire et physique retraité à Polytechnique Montréal.

C'est une technologie qui ne produit pas de gaz à effet de serre, donc à peu près comparable à ce qu'on retrouve pour l'hydroélectrique, ajoute M. Marleau.

Le nucléaire servirait surtout à remplacer les centrales qui fonctionnent encore au charbon, dit-il. En outre, la transition nucléaire offrirait une meilleure distribution énergétique dans la province, indique le professeur, avec moins de lignes de haute tension sillonnant le paysage.

Engouement politique

Au-devant des arguments scientifiques, le sujet du nucléaire trouve un écho favorable sur la scène politique. Le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs, ne s'est pas contenté de saluer les investissements fédéraux en matière de nucléaire. Il évoque un changement de cap. Je suis heureux qu'il s'agisse probablement de l'un des rares éléments du budget qui soit vraiment un moteur économique et qui présente des avantages dans le monde entier, a déclaré M. Higgs.

Le premier ministre néo-brunswickois pressent que sa province est bien placée pour être un chef de file mondial du secteur des petits réacteurs modulaires.

Parmi les différentes entreprises prêtes à développer de petits réacteurs modulaires, deux d'entre elles, ARC Clean Energy Canada et Moltex Energy, ont élu domicile au Nouveau-Brunswick et espèrent être les premières à commercialiser cette nouvelle technologie au début des années 2030.

Viabilité économique

Alors que l'enjeu principal reste celui de financer la transition énergétique, le professeur à HEC Montréal Pierre-Olivier Pineau s'interroge sur la pertinence de ce choix énergétique à la rentabilité incertaine, selon lui.

[Le nucléaire,] C'est vraiment une illusion que les gouvernements tentent de faire miroiter à la population, plus qu'une option concrète et réaliste pour les 20 prochaines années.

Une citation de :Pierre-Olivier Pineau, professeur à HEC Montréal et titulaire de la chaire de gestion du secteur de l'énergie
Pierre-Olivier Pineau devant une bibliothèque.

Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l'énergie à HEC Montréal

Photo : Radio-Canada

Pour des raisons commerciales et technologiques, dit-il, je pense que c'est presque un pari perdu d'avance.

Les aspects commerciaux et technologiques sont en fait deux défis très risqués dans le contexte du nucléaire pour le Canada, ajoute-t-il. C’est une technologie en développement, on n’est pas encore certains aujourd’hui que ce sera opérationnel dans 5 ans, dans 10 ans, dans 15 ans, explique-t-il.

Et, d'un point de vue commercial, il y a énormément de concurrence internationale. Il y a des joueurs beaucoup plus gros que le Canada qui sont dans les petits réacteurs nucléaires, on peut penser aux États-Unis, à la Chine, à des pays européens.

Je vois très mal, advenant que la technologie soit faisable, comment commercialement le Canada pourrait s’imposer et produire à grande échelle de petits réacteurs nucléaires et qu’il les rende abordables, soutient M. Pineau.

Autre avenue d'énergie verte explorée, celle du projet de boucle en Atlantique, aussi promis dans le budget, qui pourrait améliorer la distribution d'électricité entre le Québec et les quatre provinces atlantiques.

Ainsi, le Canada renforcerait ses engagements en matière d'énergie propre et ses chances d'atteindre sa nouvelle cible de réduction de gaz à effet de serre, annoncée lors du sommet sur le climat.

D'après les informations de Maude Montembeault

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