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La lutte contre les changements climatiques encourage les partisans du nucléaire

Réacteur nucléaire CANDU de Chalk River (archives).

Le recours à l'énergie nucléaire est vu comme une solution « verte » par plusieurs.

Photo : EAC

La Presse canadienne

La lutte contre les changements climatiques est la meilleure chose qui pouvait arriver au secteur de l'énergie nucléaire depuis plusieurs décennies, soulignent ses défenseurs.

Selon eux, l'arrivée de réacteurs plus petits et évolutifs pour produire une énergie fiable et sans émission de gaz à effet de serre, à un coût bien inférieur, fait du nucléaire une solution impossible à ignorer.

Il y a 30 ans, on pensait que l'énergie nucléaire serait si bon marché que l'électricité pourrait être distribuée gratuitement, rappelle Robby Sohi, président et chef de la direction de Global First Power, une entreprise qui tente de construire le premier petit réacteur modulaire (PRM) au Canada.

Mais en raison des coûts des différents projets et d'une demande insuffisante, cette utopie ne s'est jamais réalisée.

Il va être quasiment impossible – je ne vois pas comment – on pourrait atteindre l'objectif d'une carboneutralité complète en 2050 sans avoir recours au nucléaire. C'est ça le plus grand changement.

Une citation de :Robby Sohi, PDG de Global First Power

Une étude récente de l'Association nucléaire canadienne soutient que l'utilisation de PRM permettait aux industries lourdes canadiennes de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 216 mégatonnes de 2035 à 2050.

En utilisant un modèle fondé sur le déploiement de 60 à 190 PRN générant entre 100 et 300 mégawatts chacun pour une production totale d'environ 19 000 MW d'ici 2050, l'étude souligne que les émissions de gaz à effet de serre chuteraient de 14 mégatonnes par an en moyenne, ce qui équivaut au retrait de plus de trois millions de voitures des routes par an.

15 % de l'électricité du pays

Le PDG de l'Association nucléaire canadienne, John Gorman, affirme que le Canada dispose d'une énergie nucléaire sûre depuis plus de 50 ans et que le nucléaire fournit actuellement environ 15 % de l'électricité du pays.

Global First Power est une coentreprise d'Ontario Power Generation et de la société américaine Ultra Safe Nuclear Corp. Elle est en train de mettre au point un micro réacteur modulaire (MRM) capable de générer 15 mégawatts d'énergie thermique, soit environ cinq mégawatts d'électricité, pour répondre aux besoins d'une petite ville éloignée ou d'une mine.

Le réacteur est conçu pour fonctionner pendant 20 ans sans nécessiter de ravitaillements. Il éliminerait ainsi environ 265 millions de litres de diesel. M. Sohi dit que l'objectif est de pouvoir le construire pour environ 200  millions de dollars, plus ou moins 30 millions, afin de garantir qu'il puisse concurrencer le coût du diesel.

Des convertis et des sceptiques

La capacité de l'énergie nucléaire à produire de l'énergie sans émission de gaz à effet de serre la rend séduisante pour des politiciens comme le ministre fédéral des Ressources naturelles Seamus O'Regan et les premiers ministres de l'Alberta, de la Saskatchewan, de l'Ontario et du Nouveau-Brunswick. Elle n'a toutefois pas fait de nombreux convertis parmi les groupes environnementaux.

Des études comme celle publiée par l'Association nucléaire canadienne sont des déclarations promotionnelles creuses conçues pour rechercher des fonds publics afin de mettre au point des techniques non éprouvées et inutiles, soutient Kerrie Blaise, une avocate à l'Association canadienne du droit de l'environnement.

Les PRN ne sont pas évolutifs assez rapidement, juge-t-elle en soulignant que les sources d'énergie renouvelable éprouvées, telles que l'énergie solaire et éolienne, devraient être promues.

Nous avons des techniques de production renouvelable existantes qui sont socialement acceptables, elles sont rentables et elles sont désormais évolutives. Pourquoi devrait-on privilégier les PRN au détriment des autres technologies pertinentes, évolutives, moins chères et imposer une responsabilité et un risque au public canadien?

Une citation de :Me Kerrie Blaise, Association canadienne du droit de l'environnement

Les défenseurs du nucléaire insistent sur le fait que le risque de fusion accidentelle du cœur d'un PRN est considérablement réduit par rapport aux réacteurs de l'ancienne génération en raison des conceptions de contrôle passif qui l'arrêtent automatiquement en cas de problème.

Me Blaise souligne que tout nouveau réacteur créera des déchets nucléaires dangereux pour lesquels les solutions de stockage permanent se sont avérées difficiles à définir.

M. Sohi convient que la solution nucléaire n'est pas immédiate.

Sur le site de Chalk River

Le projet de Global First Power, qui doit être construit à Chalk River, en Ontario, fait actuellement l'objet d'une évaluation environnementale.

La conception détaillée et l'ingénierie sont terminées et attendent le feu vert de la Commission canadienne de sûreté nucléaire.

La construction devrait commencer dans deux ans et s'étendre pendant deux autres années. Le réacteur devrait entrer en service d'ici 2026.

Les sables bitumineux

Les PRN seraient aussi particulièrement efficaces dans les sables bitumineux pour remplacer le gaz naturel nécessaire pour créer la vapeur nécessaire permettant d'amener le bitume lourd à s'écouler dans un puits de forage, disent ses partisans.

Une porte-parole du producteur Suncor Energy dit que les PRN ne sont que l'une de plusieurs solutions étudiées par l'entreprise afin de réduire ses émissions de gaz à effet de serre à l'horizon de 2030.

Nous en sommes aux premiers jours de l'évaluation. Aucun engagement ni aucune décision n'ont été pris, mais Suncor étudie la possibilité d'une technologie de petit réacteur nucléaire modulaire comme source d'énergie sans carbone pour nos opérations sur les sables bitumineux.

Une citation de :Mélanie Ducharme, Suncor Energy

Pierre Gratton, le PDG de l'Association minière du Canada, dit que ses membres suivent l'évolution du projet avec attention.

Il est difficile d'imaginer que le monde atteigne les objectifs de Paris sans que l'énergie nucléaire ne fasse partie de la solution, commente-t-il. Cela ne signifie pas que nous devons mettre tous nos œufs dans le panier nucléaire.

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