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Grève déclenchée au port de Montréal

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Les débardeurs doivent entamer leur grève générale illimitée à compter de 7 h, lundi matin.

Photo : Radio-Canada/Simon-Marc Charron

Radio-Canada

Les débardeurs du port de Montréal entament ce matin leur grève générale illimitée. Cette grève pourrait être interrompue rapidement avec le dépôt d'un projet de loi à Ottawa prévoyant la reprise et le maintien des opérations au port.

Les 1150 membres du Syndicat des débardeurs de Montréal, des grands contremaîtres au personnel d'entretien de la section locale 375 du SCFP, ont prévu interrompre dès 7 h tout travail de manutention des marchandises et d'amarrage des navires.

Outre le port de Montréal, le terminal à conteneurs de Contrecoeur, situé en aval sur la Rive-Sud, doit aussi cesser toute activité de même nature.

Seuls le terminal céréalier, le service Oceanex et la manutention de vrac liquide pourront poursuivre leurs activités, avait précisé le syndicat, vendredi, lors de l'annonce de son avis de grève. Ces secteurs ne seront pas touchés en vertu de dispositions du Code canadien du travail, avait-il indiqué.

Une rencontre est néanmoins prévue à 9 h, lundi, entre le syndicat et des représentants de l’Association des employeurs maritimes (AEM) en présence d'un médiateur fédéral.

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Les débardeurs du port de Montréal cesseront le chargement et le déchargement des bateaux de même que l’amarrage des navires.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La grève pourrait toutefois être interrompue par un projet de loi prévoyant la reprise et le maintien des opérations au port. Ledit projet de loi pourrait être déposé à la Chambre des communes par la ministre du Travail, Filomena Tassi, au plus tôt mardi matin.

Des mots de la ministre, il s'agit de l’option la moins favorisée par Ottawa. Nous croyons au processus de négociation collective, a-t-elle assuré, mais toutes les autres solutions sont épuisées.

Le fédéral a donc décidé d'agir pour éviter que les Canadiens subissent les contrecoups de cette grève, qui vient causer des dommages importants et potentiellement durables aux économies du Canada, du Québec et de Montréal, a ajouté la ministre Tassi.

En soirée dimanche, le premier ministre Justin Trudeau a commenté le dossier lors d'une entrevue à l'émission Tout le monde en parle.

Chaque jour où il y a des arrêts de travail, on voit des petites entreprises à travers le Québec souffrir parce qu’elles ne reçoivent pas leurs denrées, mais aussi, on voit des compagnies décider de passer leurs commandes via le port de Boston, par exemple, parce que Montréal n’est pas fiable dans leur perspective, a-t-il déploré.

« On est là pour encourager la négociation, mais on ne peut pas accepter qu’il y ait des dommages économiques massifs. »

— Une citation de  Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Du côté du Nouveau Parti démocratique (NPD), on qualifie de complètement inacceptable et pitoyable la volonté du gouvernement d'instaurer une loi pour forcer le retour au travail alors que la grève n'est même pas commencée.

Le gouvernement libéral vient de complètement déstabiliser et déséquilibrer les parties à la table de négociation en laissant planer cette menace d’une loi spéciale. Il vient de prendre fait et partie pour la partie patronale, contre les travailleurs, a soutenu le député Alexandre Boulerice en entrevue.

Si le port de Montréal arrêtait de mettre de la pression sur les horaires des travailleurs, il n’y en aurait pas de grève demain. Le syndicat a dit qu’il était prêt à retourner à la table de négociation, a-t-il ajouté.

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Le ministre de l'Économie, Pierre Fitzgibbon.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Le ministre québécois de l'Économie Pierre Fitzgibbon, qui avait appelé Ottawa à intervenir dans ce dossier, s'est quant à lui prononcé dimanche en début d'après-midi en faveur du projet de loi fédéral.

Il est toujours mieux de négocier que de passer par une loi spéciale, a-t-il écrit sur Twitter, mais la situation est critique pour nos entreprises.

Une grève générale illimitée après des grèves partielles

Les débardeurs, dont la convention collective est échue depuis décembre 2018, en ont contre les changements unilatéraux apportés par l'AEM à leurs horaires de travail, qui devaient justement débuter lundi et qui ont été annoncés jeudi, en pleines négociations.

Ces modifications, avait déploré le syndicat, surviennent au moment où les discussions avec l'employeur achoppent sur la question, notamment, des horaires et de la conciliation travail-vie personnelle.

Michel Murray, conseilleur syndical des débardeurs, a d'ailleurs affirmé que les employés seraient prêts à rentrer au travail lundi si l'employeur renonçait à la modification des horaires de travail. Il a déploré le silence de l'AEM dans les derniers jours.

« Ça pourrait être évité dans les prochaines minutes si l'employeur avait daigné au cours des 48 dernières heures répondre à notre offre. »

— Une citation de  Michel Murray, porte-parole du syndicat des débardeurs du port de Montréal

Les débardeurs avaient déjà entrepris une grève partielle deux semaines plus tôt, après que l'AEM eut annoncé son intention de « suspendre certaines conditions de rémunération ».

Depuis le 16 avril dernier, les débardeurs sont donc en grève les week-ends – une mesure qui est venue s'ajouter à celle de refuser de faire des heures supplémentaires.

L'AEM a réitéré sa position dimanche dans une déclaration écrite, affirmant que les raisons qui justifient la fin de la rémunération des heures non travaillées sont toujours valides puisque tout le monde s’entend sur la baisse de volume.

Concernant l'instauration des horaires à quart, l'AEM soutient toujours agir ainsi pour s'ajuster à l’impact de la grève partielle du syndicat pour maintenir la flexibilité de la chaîne d’approvisionnement.

Le milieu des affaires retient son souffle

Avec la grève générale illimitée, ultime recours pour faire pression sur l'employeur, les débardeurs assurent ne pas vouloir « nuire à l'économie montréalaise ». Nous voulons exercer notre droit fondamental de négocier collectivement, a déclaré Michel Murray.

L'interruption des services vient malgré tout perturber les activités des entreprises qui doivent faire transiter leurs marchandises par le port de Montréal.

Pour Véronique Proulx, présidence-directrice générale de Manufacturiers et Exportateurs du Québec, l'impression de déjà-vu est manifeste. L'été dernier, après avoir entamé une grève d'un peu moins de deux semaines, les débardeurs avaient conclu une trêve d'une durée de sept mois.

Plusieurs entreprises [avaient] perdu des contrats, des clients, faute de pouvoir expédier à temps, a rappelé Mme Proulx en entrevue à RDI, dimanche matin.

« La marchandise ne circulera plus. Pour les manufacturiers et les exportateurs, qui sont les plus grands utilisateurs du port de Montréal, c’est un peu catastrophique. »

— Une citation de  Véronique Proulx, PDG de Manufacturiers et Exportateurs du Québec

Depuis la fin de cette trêve, en mars dernier, l'incertitude plane, à tel point que certaines entreprises ont choisi de se tourner vers d'autres solutions pour éviter la paralysie de leurs chaînes de production, notamment en redirigeant leurs conteneurs vers le port d'Halifax. Bien que jugées nécessaires, ces mesures sont coûteuses, selon Mme Proulx.

Qui plus est, cette grève générale illimitée survient alors que les entreprises tentent de se relever après une dure année de pandémie qui a bouleversé leurs activités et leurs échéanciers. On n’a pas besoin de ça, a lâché la PDG de Manufacturiers et Exportateurs du Québec.

À l'instar du ministre Fitzgibbon, Mme Proulx espérait elle aussi qu'Ottawa intervienne sans plus tarder pour régler ce conflit de travail qui perdure.

Jusqu'à présent, au moins trois médiateurs ont été nommés par le ministère du Travail, mais la sortie de crise se fait toujours attendre.

Depuis deux ans et demi, notre gouvernement a fourni au [syndicat] et à l'AEM un soutien important à la négociation pour les aider à conclure une entente, y compris plus de 100 séances de négociation par médiation, a affirmé dimanche la ministre Filomena Tassi.

Force est de constater que les parties restent très éloignées alors qu’un nouvel arrêt de travail se poursuit, a-t-elle écrit sur Twitter.

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