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Envoyé spécial

Nouvelle vague de pauvreté provoquée par la pandémie en Inde

Une file d'hommes se forme devant un kiosque où une femme et un homme servent un plat de riz.

Des volontaires d'une organisation non-gouvernementale distribuent de la nourriture à des Indiens dans le besoin à Mumbai, le 15 avril 2021.

Photo : afp via getty images / Indranil Mukherjee

Philippe Leblanc

MUMBAI, Inde – Pendant que l’Inde est submergée par la deuxième vague de la pandémie et que des familles en détresse envoient chaque jour un SOS aux autorités pour des proches infectés en manque d’oxygène, un nombre croissant d'Indiens espèrent se faire vacciner.

Dans le plus grand hôpital de brousse de Mumbai, le BKC Jumbo, créé l'an passé pour traiter les patients infectés par la COVID-19, on inocule plus de 5000 personnes par jour. Ça avance bien, mais nous pourrions en faire plus. Ça dépend des livraisons des fournisseurs, affirme le doyen de l’hôpital, le Dr Rajesh Pere, sous le regard désapprobateur d’un politicien local.

Le Dr Pere ne finit pas sa phrase, mais la vaccination en Inde accumule des retards depuis trois semaines. Une pénurie de vaccins touche plusieurs régions du pays. L’hôpital BKC Jumbo a une capacité maximale de 7000 doses par jour.

Le rythme moyen de vaccination était de 3,6 millions de doses par jour pour les deux premières semaines d’avril. Il a chuté à 2,8 millions au cours des deux dernières semaines.

La communauté internationale se mobilise pour soutenir l'Inde

Philippe Leblanc en Inde

Pendant six semaines, notre nouveau correspondant en Asie sillonne l'Inde pour nous raconter le deuxième pays le plus peuplé de la planète. Retrouvez tous ses reportages dans notre dossier spécial. Suivez-le aussi sur Facebook (Nouvelle fenêtre), Twitter (Nouvelle fenêtre) et Instagram (Nouvelle fenêtre) pour voir les coulisses de ses tournages.

Désinfecter les édifices pour freiner la propagation

Pour tenter de freiner la propagation qui semble plafonner, la Ville de Mumbai désinfecte toilettes publiques, édifices résidentiels et une partie des bidonvilles chaque semaine.

Ça rassure les gens. On désinfecte même chaque jour les édifices où l'on sait qu’il y a un cas positif, affirme l’élu régional Tushar Aphale.

La pratique a même incité des propriétaires d’immeubles résidentiels à se procurer eux-mêmes des machines pour désinfecter les aires publiques.

Mumbai est confinée depuis près de trois semaines. Même les commerces de rue, partie essentielle de la vie dans cette mégapole de 12 millions d'habitants, sont fermés.

Un homme en habit de protection désinfecte une cage d'escalier avec une solution vaporisée.

La Ville de Mumbai désinfecte de nombreux lieux publics et édifices résidentiels pour freiner la propagation du virus.

Photo : Radio-Canada

Pauvreté exacerbée

Bon nombre de résidents de Mumbai sont forcés de se tourner vers les soupes populaires mises sur pied pendant la pandémie. Le confinement aggrave les conditions de vie déjà précaires des vendeurs de rue et des résidents des bidonvilles. Environ 40 % de la population de Mumbai vit dans ces bidonvilles.

Le confinement est un grave problème pour nous, affirme Benjamin, qui vient se nourrir dans une soupe populaire un midi sur deux. Je ne peux pas manger de repas ni même boire du thé le soir. Il n’y a nulle part où aller.

Benjamin vient chercher son seul repas quotidien dans cette soupe populaire. Il a perdu son emploi et toute source de revenus. Il était vendeur de petits objets dans le train de banlieue maintenant déserté par les travailleurs confinés.

Deux hommes mangent côte à côte.

Depuis qu'il a perdu son emploi, Benjamin (assis au fond) arrive à manger un seul repas par jour, et c'est la soupe populaire qui le lui fournit.

Photo : Radio-Canada

Pour prévenir les abus, un système de contrôle d'identité a dû être mis sur pied pour ceux qui commandent ces repas populaires gratuits pour emporter. Un responsable collige les données à l’entrée sur son téléphone intelligent avant de remettre le riz et les petits plats en sauce à ceux qui en ont besoin. Photos et noms sont consignés dans un registre.

Ces initiatives officielles des autorités ne suffisent toutefois plus. Un orphelinat du quartier Bandra de Mumbai a aussi décidé d'apporter sa contribution. Plus de 200 repas sont distribués chaque jour sur place. La file s’allonge dans la rue une dizaine de minutes avant le début de la distribution à 13 h.

C’est difficile de trouver du travail par les temps qui courent, dit une femme en file. Je viens ici, puis je visite aussi une soupe populaire.

Cette femme est venue chercher des repas pour nourrir ses cinq enfants. Elle vendait sur la plage des jouets et des ballons, mais il n'y a plus de touristes. Elle ne peut plus travailler. Elle repart en ayant accompli son objectif quotidien : trouver de la nourriture.

Une femme masquée tient des plats préparés et parle à la caméra entourée de deux enfants.

Cette femme dépend aussi de la soupe populaire pour nourrir ses cinq enfants depuis qu'elle a perdu son emploi.

Photo : Radio-Canada

Pour ceux qui éprouvent des problèmes physiques ou de santé mentale, un livreur, un ange gardien à scooter, va à leur rencontre. Il leur donne repas et bouteilles d’eau, denrée vitale dans la chaleur étouffante de Mumbai.

On compte 134 millions d'Indiens qui vivraient maintenant avec moins de 2 $ par jour, selon une étude publiée le mois dernier par l’organisme américain Pew Research Center. Ce sont 75 millions de plus qu'avant la pandémie.

On réussit à survivre au jour le jour, c’est ça qui compte. Je ne peux pas me soucier de cette pandémie ou de cette deuxième vague, dit Benjamin.

Il remercie Dieu chaque fois qu'il réussit à manger un repas chaud.

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