•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Des séquelles à vie après la violence conjugale

Une femme est recroquevillée et, à côté d'elle, un poing serré se fait menaçant.

Marie*, une victime de violence conjugale, s'est confiée sous le sceau de la confidentialité afin de raconter son histoire (simulation de situation, archives).

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Victime de violence conjugale, Marie* [nom fictif] a décidé de sortir du silence. Malgré la peur, elle veut raconter son histoire pour aider d’autres femmes, mais aussi pour alerter sur le manque de ressources à long terme qui touchent les personnes qui, comme elle, sont marquées à vie par de tels événements.

J’avais tout le temps l’espoir que si je l’aimais plus fort, il allait m’aimer de la bonne façon.

Le cycle de la violence s’est rapidement installé dans la relation de Marie*. Mais pendant de longs mois, elle a choisi d’en ignorer les signes.

Les conflits étaient fréquents, l’homme prompt à des excès de colère pendant lesquels il lançait des objets sur les murs. Plusieurs fois, elle a envisagé de partir.

Mais chaque fois, son conjoint était repentant. Et chaque fois, elle donnait une autre chance à celui qu’elle aimait, celui qui semblait avoir deux personnalités : l’homme charismatique et passionné, et celui qui l’avait déjà pourchassée dans les escaliers menant à leur appartement pour l’empêcher de partir.

Mais lors d’une nouvelle chicane, un matin de printemps, la violence est allée encore plus loin.

« J’ai vu comme s’il y avait eu un déclic dans ses yeux, un changement de personnalité comme je l’ai jamais vu auparavant. »

— Une citation de  Marie*, une victime de violence conjugale

Il me pousse, il me donne des coups de pied, des coups de poing. Il me tire par les cheveux dans l’appartement. Il commence à me battre, juste parce que je voulais partir, se souvient-elle. Il m’a levée par les cheveux, m’a regardée dans les yeux et m’a dit en criant : "Dis-moi que tu m’aimes". J’étais bouche bée et par peur, j’ai dit : "Je t’aime". Il m’a lâchée, ma tête a cogné sur le plancher. C’était de la violence comme je n'en avais jamais vu, poursuit la survivante.

Marie* a finalement été en mesure de s’enfuir pour se rendre dans le corridor et appeler à l’aide. Son ange gardien, une voisine, lui a ouvert la porte et a appelé la police.

L’importance de témoigner

Aujourd’hui, elle veut partager son histoire.

Je crois que c’est dur de le faire. On a toutes peur en tant que survivantes de dire ce qui nous est arrivé. Mais si on reste figées, on ne s’aide pas. On doit crier cette injustice!, explique-t-elle.

« C’est important qu’on en parle. C’est une façon pour les femmes de s’identifier. Si on n’en parle pas, c’est comme si le problème n’existait pas! »

— Une citation de  Marie*, une victime de violence conjugale

Professeur à l’École de service social à l’Université d’Ottawa, Simon Lapierre, rappelle à quel point il est difficile pour une femme victime de violence conjugale de quitter son domicile.

Quand une femme prend la décision de quitter un conjoint violent, c’est là où elle est le plus à risque d’être blessée ou tuée. Les femmes ont donc de bonnes raisons d’avoir peur de quitter. [...] Il faut s’assurer [...] de pouvoir mettre autour d’elles un filet de sécurité pour que cette transition vers une vie sans violence soit sécuritaire.

Marie* le reconnaît, elle a eu peur de mourir. Quand elle a réussi à partir, elle a d’abord été prise en charge dans une maison d’hébergement.

Besoin d'aide?

Appelez SOS violence conjugale au 1 800 363-9010.

Ou sur le web : sosviolenceconjugale.ca (Nouvelle fenêtre)

Québec annonce 222,9 millions de dollars

Des établissements qui, fréquemment, tirent la sonnette d’alarme face à leur manque de ressources et la réalité des besoins.

Ce vendredi, en réponse à la crise de féminicides qui touche le Québec depuis le début de l'année et qui a déjà fait dix victimes, la vice-première ministre, Geneviève Guilbault, a annoncé un investissement de 222,9 millions de dollars sur cinq ans pour prévenir la violence conjugale et les féminicides et assurer la sécurité des victimes.

Mme Guilbault sourit.

La vice-première ministre, Geneviève Guilbault, a annoncé un investissement de 222,9 millions de dollars sur cinq ans pour prévenir la violence conjugale (archives).

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

De cette enveloppe, un financement additionnel de 92 millions de dollars sur cinq ans est prévu pour les maisons d'aide et d'hébergement de première étape.

« Il y a un nombre important de femmes à qui on refuse un hébergement par manque de place. »

— Une citation de  Simon Lapierre, professeur à l’École de service social à l’Université d’Ottawa

C’est une bonne nouvelle. Ça fait longtemps qu’on sait que les maisons d’hébergement débordent, estime M. Lapierre. C’est une reconnaissance que les ressources d’hébergement sont importantes à très court terme pour s’assurer que les femmes et leurs enfants qui sont victimes de violence conjugale aient un lieu sécuritaire où aller. C’est aussi la reconnaissance que les maisons d’hébergement ont une expertise [...] et qu’elles offrent toute une gamme de services importants.

Quelle aide à long terme?

Marie* voit les choses autrement. Car le dernier épisode de violence conjugale qu’elle a subi lui a laissé de graves séquelles : un traumatisme crânien qui lui cause des migraines lorsqu’elle se trouve devant un écran.

Même si elle a réussi à obtenir son diplôme de l’université, ses trois tentatives d’intégrer le marché du travail se sont soldées par autant d’échecs. Ses blessures l’empêchent d’avoir la carrière dont elle rêvait et, aujourd’hui, Marie* vit avec ses parents, et comptant comme seule source de revenus l’indemnité aux victimes du gouvernement québécois.

Je suis très chanceuse parce que je ne serais pas en mesure d’avoir un appartement par moi-même et de payer tous mes frais seule, raconte-t-elle, estimant que l’allocation gouvernementale est vraiment insuffisante.

Ce qui manque vraiment, c’est pour ce qui se passe après la crise. Oui, les maisons d’hébergement, oui les services d’indemnisation aux victimes… Mais qu’est-ce qui se passe pour les victimes qui sont handicapées à vie? [...] Comment est-ce qu’on peut les aider à intégrer le marché du travail?

M. Lapierre le rappelle, les services de soutien et d’accompagnement sont tout aussi essentiels. Car au-delà même des blessures physiques dont Marie* garde la trace, il y a aussi celles, plus sournoises, qui sont psychologiques et qui la placent en état d'hypervigilance constant.

Des fois, je peux voir une voiture qui ressemble à la sienne et je peux avoir une attaque de panique. C’est le choc post-traumatique qui est encore là, explique-t-elle, bien qu’elle ait changé son nom et déménagé.

D’autres interventions sont également nécessaires, ajoute M. Lapierre.

Si on veut vraiment éradiquer le problème de la violence conjugale, il faut aussi un meilleur encadrement et un meilleur traitement des conjoints violents.

Avec les informations d’Antoine Trépanier

Commentaires fermés

L’espace commentaires est fermé. Considérant la nature sensible ou légale de certains contenus, nous nous réservons le droit de désactiver les commentaires. Vous pouvez consulter nos conditions d’utilisation.