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Au front sans vaccin : ces travailleurs essentiels jugés non prioritaires en Ontario

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La vaccination des travailleurs essentiels n'est pas prévue avant la mi-mai en Ontario, selon les plus récentes informations fournies par la province.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

9 h 15 : Jessica Tomas enfourche sa bicyclette et fonce vers le travail au centre-ville de Toronto. Elle se réjouit d’enfin renouer avec le plein air après avoir passé l'hiver entassée dans les transports en commun auprès d’autres travailleurs essentiels. La jeune femme est éducatrice à la petite enfance.

J’ai choisi cette profession parce que j’aime prendre soin des gens et de ma communauté, raconte-t-elle. Mais je ne peux pas le faire correctement si j’ai peur de faire du mal [en n'étant pas vaccinée].

En effet, Mme Tomas n'est pas admissible à la vaccination contre la COVID-19 en Ontario, puisqu'elle est âgée de 37 ans et ne demeure pas dans un secteur jugé à haut risque de transmission du virus.

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Jessica Tomas est éducatrice à la petite enfance à Toronto.

Photo : Photo offerte par Jessica Tomas

Pourtant, l'éducatrice à la petite enfance ne compte plus les fois où elle s'est retrouvée dans une situation propice à la transmission de la COVID-19.

Nous travaillons avec des enfants qui sont beaucoup trop jeunes pour comprendre la notion de distanciation physique et le port du masque, illustre-t-elle. C’est un environnement de travail très stressant [en temps de pandémie].

Des héros négligés

Des voix s’élèvent pour demander la priorisation de nombreux travailleurs essentiels comme Jessica Tomas dans la campagne d'immunisation de l'Ontario.

Les éducateurs à la petite enfance et le personnel des services de garde ont été en première ligne de la pandémie, fait valoir Alana Powell, coordonnatrice générale de l'Association des éducateurs de la petite enfance de l'Ontario. Leurs lieux de travail sont demeurés ouverts durant les périodes de confinement, et malgré l’augmentation du nombre de cas, ils ont été laissés pour compte.

« Prioriser la vaccination du personnel de la petite enfance signifierait non seulement que leur travail essentiel est reconnu et soutenu, mais aussi que leur santé et leur bien-être comptent tout autant. »

— Une citation de  Alana Powell, coordonnatrice générale de l'Association des éducateurs de la petite enfance de l'Ontario

La Coalition ontarienne pour de meilleurs services éducatifs à l'enfance estime que le secteur devrait bénéficier de la même priorité que celle accordée aux travailleurs en éducation qui ont récemment obtenu le feu vert pour la vaccination, notamment dans certains points chauds de l’Ontario.

Lorsque le ministre Lecce a annoncé la fermeture des écoles et la priorité accordée à la vaccination des travailleurs en éducation [...], il a également annoncé que les garderies resteraient ouvertes, mais que les travailleurs des services de garde ne seraient pas prioritaires, indique Carolyn Ferns, coordinatrice des politiques publiques à la coalition. C'est clairement injuste et illogique.

L'organisation a lancé, avec l'Association des éducateurs de la petite enfance de l'Ontario, une pétition demandant au gouvernement Ford de vacciner les travailleurs des garderies dès maintenant, peu importe leur âge.

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Le personnel des services de garde est en contact étroit avec des enfants qui souvent ne portent pas de masque (archives).

Photo : Getty Images

Ce sentiment d’injustice trouve écho au sein de plusieurs autres secteurs de l’économie ontarienne où les travailleurs essentiels ne peuvent se permettre de rester à la maison. Ils nous appellent leurs héros, mais nous refusent l’accès à un milieu de travail sécuritaire, dénonce Clint Crabtree, président du Syndicat uni du transport – section locale 279 à Ottawa.

Il explique que plus de 30 cas de COVID-19 ont été confirmés parmi les travailleurs d’OC Transpo depuis le 1er mars. Si cela continue, ce ne sera pas seulement la vie des travailleurs qui sera en danger, mais l’ensemble du système, mentionne M. Crabtree.

« Les travailleurs du réseau de transport en commun d'Ottawa ont peur, non seulement pour eux et leurs familles, mais aussi pour tous les autres travailleurs essentiels qu’ils transportent chaque jour. »

— Une citation de  Clint Crabtree, président du Syndicat uni du transport – section locale 279 à Ottawa

Unifor, le plus grand syndicat privé au Canada, demande également à ce que l’ensemble des travailleurs essentiels soient considérés comme prioritaires dans la diffusion de la vaccination contre la COVID-19, et ce, peu importe leur âge et leur code postal.

Nous devons tout faire pour assurer la sécurité de tous ceux et celles qui ne peuvent pas travailler de la maison, insiste Jerry Dias, président national d’Unifor. Mais Doug Ford continue de fuir ses responsabilités plutôt que de prioriser les travailleuses et travailleurs.

M. Dias cible en priorité la vaccination des travailleurs d’épiceries et d’entrepôts où de multiples cas de COVID-19 ont été confirmés parmi les employés. Ces travailleuses et travailleurs doivent se rendre au travail pour que nous puissions manger. Point final. Ils incarnent la définition même de ce qu’est un travailleur essentiel, affirme-t-il.

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Les travailleurs d’épiceries et d’entrepôts devraient être jugés prioritaires pour la vaccination, selon le syndicat Unifor (archives).

Photo : La Presse canadienne / Jonathan Hayward

Il considère d’ailleurs que l’offre de congés payés est nécessaire de toute urgence pour les travailleurs qui doivent recevoir leur vaccin pendant les heures de travail. Bien que certains bons employeurs le fassent déjà, la plupart d'entre eux ne le font pas et ne le feront pas à moins que le gouvernement ne les force à le faire, ajoute le président national d’Unifor.

Des emplois à haut risque

Plusieurs experts de la santé réclament la vaccination prioritaire des travailleurs essentiels qui représentent la majorité des cas de COVID-19 de la troisième vague alors que l’ensemble de la province est en confinement.

Ces personnes travaillent généralement dans des lieux intérieurs où elles ne peuvent pas respecter la distanciation physique, mentionne la Dre Anna Banerji, spécialiste des maladies infectieuses à l'Université de Toronto. Ce sont des endroits où le virus tend à beaucoup circuler.

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La Dre Anna Banerji est spécialiste des maladies infectieuses et professeure à l'École de santé publique Dalla Lana de l'Université de Toronto.

Photo : via Mike Cooper

Elle juge que les travailleurs essentiels devraient être priorisés par rapport à d’autres personnes parfois plus âgées qui peuvent se permettre de travailler depuis la maison, et qui sont ainsi moins susceptibles d’être exposées à la COVID-19.

C’est aussi un des arguments du pharmacien Kyro Maseh, propriétaire de Pharmasave Lawlor à Toronto. L’âge n’est plus le facteur le plus important, dit-il. Au début, c'était comme cela lorsque nous avions des cas dans les centres de soins de longue durée, mais maintenant nous devons nous concentrer sur les [travailleurs essentiels] qui sont plus à risque.

Pour soutenir le secteur, M. Maseh priorise la vaccination des travailleurs essentiels de 40 ans et plus dans sa pharmacie. Mardi dernier, nous avons organisé une séance sans rendez-vous pour les travailleurs essentiels et avons vacciné 84 d’entre eux, se réjouit-il. C’était merveilleux!

« Je me sens privilégié de faire partie de la solution et j’encourage les autres pharmacies à donner la priorité aux travailleurs essentiels. »

— Une citation de  Kyro Maseh, pharmacien propriétaire de Pharmasave Lawlor

Pour la Dre Lise Bjerre, épidémiologiste et titulaire de la Chaire en médecine familiale de l’Université d’Ottawa et de l'Institut du Savoir Montfort, l’Ontario devrait également envisager la priorisation de certains travailleurs de première ligne pour la seconde dose du vaccin contre la COVID-19.

Selon elle, la province devrait administrer les deux doses requises du vaccin aux travailleurs de la santé qui sont en contact direct avec des patients atteints de la COVID-19 avant de penser à la vaccination d'autres groupes comme des jeunes dans la vingtaine qui ne présentent aucun facteur de risque et qui travaillent, pour la plupart, de la maison.

La politique provinciale veut qu’on vaccine tout le monde une fois avant de recommencer et je pense que cela manque de différenciation, remarque la Dre Bjerre. Il faut faire un choix judicieux [...] et une personne qui prodigue des soins directement à quelqu'un qui a la COVID-19 devrait avoir le plus rapidement possible un deuxième vaccin.

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La Dre Lise Bjerre est épidémiologiste et titulaire de la Chaire en médecine familiale de l’Université d’Ottawa et de l'Institut du Savoir Montfort.

Photo : Photo offerte par Dre Lise Bjerre

Pour l’instant, la vaccination des personnes – qui ne peuvent pas travailler de la maison – est prévue lors de la seconde partie de la deuxième phase de la campagne d’immunisation de l’Ontario. Elle devrait avoir lieu vers la mi-mai, selon les plus récentes informations fournies par la province.

Entre-temps, le gouvernement de l’Ontario encourage les travailleurs essentiels admissibles à se faire vacciner dès que possible tout comme ceux qui vivent dans des quartiers jugés à haut risque de transmission de la COVID-19.

Il recommande également de vérifier auprès des employeurs qui pourraient avoir un plan de vaccination en place alors que certaines grandes entreprises ont été sollicitées d'organiser des sessions de vaccination dans leurs installations.

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