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Une installation septique contamine le lac du Portage

Le lac du Portage au printemps.

Le lac est toujours couvert de glace. La fonte ira brasser les sédiments au fond de l'eau.

Photo : Radio-Canada / Joane Bérubé

Un des plus beaux lacs de La Matanie, le lac du Portage, a été le théâtre d’un incident environnemental, le 14 avril dernier, alors que le contenu d’une installation septique en construction s’est y déversé. 155 propriétés, résidents et villégiateurs s'y trouvent.

C’est le printemps. La neige fond rapidement. Les eaux de la fonte mélangées à celles de la pluie s’accumulent sur certains terrains en bordure du lac du Portage. Une odeur nauséabonde se répand.

Nicole Ouellet et Gervais Chouinard soupçonnent que les installations septiques d’un de leur voisin sont la cause de ces émanations.

Et pour cause. Au printemps dernier, ils ont déposé des plaintes à la Municipalité et à la MRC de La Matanie parce que des odeurs s’échappaient du champ d’épuration inondé de leur voisin.

Plaintes et échanges de courriels

Au cours de la dernière année, ils ont eu plusieurs échanges concernant ces installations avec leur voisin, la Municipalité, la MRC et le ministère de l’Environnement.

Leur voisin, Bernard Brie, loue la propriété à un tiers et a entrepris de construire une seconde installation. M. Chouinard et Mme Ouellet ne sont pas rassurés, puisque la construction d’un autre champ d’épuration ne pourra se faire que près d’un fossé qui se rend au ruisseau tout près.

Une première accumulation d’eau sur le champ d’épuration, à l’automne, leur fait craindre d’autres problèmes.

M. Chouinard et Mme Ouellet devant le lac.

M. Chouinard et Mme Ouellet ont pris leur retraite et vivent à l'année au bord du lac du Portage.

Photo : Radio-Canada / Joane Bérubé

Ils écrivent au ministère de l’Environnement, car ils s'inquiètent de l’absence de suivi de la MRC. L’inspecteur municipal leur a d’ailleurs répondu plusieurs semaines après leur plainte du printemps, en indiquant qu’il ne pourrait se rendre sur place puisqu’il était débordé.

Leurs doléances ont tout de même des échos.

À la mi-mars, la MRC de La Matanie leur assure que l’installation septique de leur voisin est conforme, même si une partie du remblai final sera parachevée seulement au printemps. On leur spécifie qu’il n’y a aucun raccordement entre le champ d’épuration et le réseau de drainage pluvial et de fonte des neiges.

Débordement

La veille de l’incident, M. Chouinard appelle son voisin pour lui signaler les problèmes d’odeurs.

Le lendemain, un ouvrier vient exécuter des travaux sur le champ d’épuration à l’aide d’une petite excavatrice En creusant au bout, tout est parti. Cette toute l’eau du champ d’épuration pollué qui a pris le bord, raconte M. Chouinard.

Comme le couple l'avait anticipé, le trop-plein se vide dans le fossé qui croise un petit ruisseau situé tout près qui, lui, se jette dans le lac à une centaine de mètres plus loin.

De la neige et un ruisseau

L'incident est survenu le 14 avril dernier.

Photo : Gracieuseté Gervais chouinard/Nicole Ouellet

Ils appellent le président de l’Association des résidents du lac du Portage, Steve Bouchard, qui se rend sur les lieux afin de vérifier s’il y avait ou non un déversement. On a suivi la procédure de l’Environnement et des Changements climatiques. On a pris des pots Masson, et on a pris des échantillons à l’entrée et à la sortie du ruisseau, explique M. Bouchard.

Contamination

Les prélèvements ont été envoyés à un laboratoire de Rimouski pour analyse. Les résultats sont catastrophiques. C’est un apport de coliformes fécaux avec E. coli. La quantité en ce moment de l’eau qui est déversée dans le lac est plus haute que ce qui peut être toléré. La quantité de 55 000 parties dans 100 ml d’eau, c’est énorme, commente le président de l’Association.

À la sortie du ruisseau, le résultat était de 1 100 coliformes par 100 ml.

Steve Bouchard dehors devant le lac du Portage.

Le président de l'Association s'inquiète des impacts sur le lac.

Photo : Radio-Canada / Joane Bérubé

À plus de 200 parties par 100 ml, la condition d’une plage est jugée mauvaise et les activités nautiques sont compromises. À moins de 1 000 coliformes fécaux par 100 ml, tout est interdit.

M. Bouchard se dit préoccupé pour les résidents de la baie où s’écoule le ruisseau, plus particulièrement pour ceux qui puisent leur eau dans le lac.

Il rappelle que le lac, dont le pourtour est très habité, subit déjà une pression environnementale importante. Il est important de comprendre que tous les coliformes fécaux, qui se seront déposés au fond de la baie, seront dispersés dans toute la colonne d'eau durant toute la saison de bateau et de sea-doo, qui circulent près des berges. Donc, plusieurs autres baies seront touchées par cette catastrophe, estime le président de l’Association.

Les résidus d’installations septiques nourrissent de plus les cyanobactéries, qu’on connaît mieux sous le nom d’algues bleues.

Nicole Ouellet et Gervais Chouinard racontent que c’est à la suite d’une importante importante floraison de cyanobactéries au lac du Portage, survenue en 2007, qu’ils ont pris conscience de la fragilité environnementale du lac.

Un ruisseau au printemps.

Les prélèvements ont été effectués en amont et en aval du ruisseau.

Photo : Radio-Canada / Joane Bérubé

S’en est suivie une opération de sensibilisation des riverains menée par l’Association des résidents du lac du Portage, où ils ont été très impliqués. Près d’une soixantaine d’installations septiques ont été jugées non conformes et ont, au fil des ans, été réaménagées.

Nicole Ouellet et Gervais Chouinard sont maintenant aux aguets.

Un lac de tête

Toutefois, ça ne touche pas seulement le lac du Portage. Il y a 1 % du bassin versant de la Matapédia qui est situé en Matanie, et c'est exactement la portion où se situe le lac du Portage.

C’est un lac de tête pour le bassin versant du lac Matapédia qui est aussi un lac de tête pour un immense bassin versant. Mais avant le lac Matapédia, on a le lac du Portage qui est encore plus haut en altitude et qui se déverse à travers la rivière sableuse jusqu’au lac Matapédia, et ça continue jusque dans la baie des Chaleurs, explique Mireille Chalifour, de l’Organisme de bassin versant Matapédia-Restigouche.

Elle observe que ce qui s’est passé au lac du Portage survient malheureusement dans d’autres lacs ou près d’autres cours d’eau dans une étendue hydrographique de 6000 km carrés.

Le lac Matapédia en hiver.

Le lac Matapédia en hiver

Photo : Radio-Canada / Sylvie Aubut

Il n’est pas toujours facile, dit-elle, de régler ces problèmes qui touchent à la fois les moyens financiers des riverains et leur conscientisation.

Des problèmes trop fréquents

Parfois, les problèmes dépassent les propriétaires, ajoute-t-elle. J’ai vu des gens qui ont changé leur fosse septique et leur fosse septique ne fonctionnait pas après. Ils viennent d’investir 15 000 $, 18 000 $, et ça ne fonctionne pas. C’est un gros investissement et la fosse fuit. C'est boulette!

D’ailleurs, le voisin de M. Chouinard et de Mme Ouellet, Bernard Brie, se dit désolé et souligne que tout cela est bien involontaire.

Comme bien des propriétaires, il explique avoir confié ses travaux à un spécialiste sous la supervision de la MRC. D’autres travaux sont à venir afin d’améliorer le drainage du terrain. Il cherche à trouver une solution durable et assure qu'il veut lui aussi une eau de la meilleure qualité possible.

Que faire?

Ce n’est toutefois pas au ministère de l’Environnement de gérer ce type de problème.

Ainsi, le ministère de l’Environnement n’a pas voulu commenter l’incident en précisant qu’il s’agit d’une responsabilité municipale. Dans ce cas particulier, le Ministère ajoute cependant être en communication avec la Municipalité et l'accompagner dans ses démarches pour régler le problème.

L'embouchure d'un ruisseau.

Comme tous les ruisseaux au printemps, celui qui a été contaminé est encore gorgé d'eau de la fonte des neiges et de la pluie.

Photo : Radio-Canada / Joane Bérubé

Le maire de Sainte-Paule, Pierre Dugré, n’a pas voulu commenter, puisque des discussions sont toujours en cours afin de trouver une solution pérenne. Il a cependant promis de commenter l’affaire la semaine prochaine lorsqu’il aura toutes les informations en main.

Le maire précise qu’il réside lui aussi au bord du lac, comme plusieurs membres du conseil, et assure que tous ont à cœur le maintien du lac en bonne santé environnementale.

Toutefois, M. Dugré croit qu'il s’agit d’un déversement mineur dont les suites sont surtout le fait d’une chicane entre deux voisins. D’ailleurs, les voisins concernés admettent eux-mêmes que leurs relations sont complexes et difficiles.

Mireille Chalifour invite les différents acteurs d’un dossier comme celui-là à se concentrer sur le rationnel pour dialoguer en vue de régler les problèmes du lac.

Une question de moyens

L’inspecteur municipal de la MRC de La Matanie n’a pas voulu commenter la situation et a indiqué qu’un porte-parole de la MRC allait contacter Radio-Canada.

Nous avons par la suite tenté de joindre la MRC qui n’a pas souhaité nous accorder d’entrevue. L'organisation souligne toutefois que les inspecteurs municipaux, qui doivent inspecter et surveiller la conformité des installations sanitaires, sont débordés.

Mireille Chalifour le confirme et note une pénurie d’inspecteurs disposant des formations adéquates.

Des citoyens engagés comme M. Chouinard et Mme Ouellet sont nos yeux sur le terrain, ajoute-t-elle.

La Municipalité de Sainte-Paule fournit sa part d'efforts pour le lac, selon Mireille Chalifour. Elle estime que la santé du lac est aussi une question de moyens financiers et professionnels, tant pour l’Association que pour la Municipalité.

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