•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Des travailleurs étrangers coincés en quarantaine

Le fournisseur ontarien choisi pour effectuer les tests pour le Québec n'arrive pas à respecter les délais.

Des travailleurs agricoles plantent des fraises dans un champ du Québec.

L'Union des producteurs agricoles (UPA) déplore des retards et des difficultés inquiétantes dans le dépistage des travailleurs étrangers temporaires en quarantaine.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Des travailleurs étrangers temporaires arrivés au Québec au début du mois sont confinés, parfois depuis plus de 20 jours. Devant les pressions répétées des agriculteurs québécois, le gouvernement fédéral va augmenter la capacité de dépistage, dès la semaine prochaine, en attribuant un contrat à une entreprise « bien implantée au Québec ».

L'Union des producteurs agricoles (UPA) du Québec s'inquiétait déjà, début avril, des délais inhérents aux mesures de contrôle prévues pour les travailleurs étrangers temporaires (TET).

Ces derniers doivent obligatoirement s'isoler au minimum 14 jours et obtenir des négatifs à deux tests de détection de la COVID-19 avant de pouvoir travailler. Le premier test est administré en arrivant en sol canadien et le second au 10e jour de leur confinement.

Mais plutôt que de durer 14 jours, le confinement obligatoire s'étire à plus de 20 jours dans certains cas, les résultats du dernier test de dépistage n'étant pas confirmés à temps. Seulement pour le Québec, quelque 110 plaintes ont été acheminées au fédéral en raison de ces délais ces dernières semaines.

Des travailleurs agricoles dans un champ.

De nombreux agriculteurs québécois comptent sur les travailleurs étrangers temporaires pour combler leurs besoins de main-d'oeuvre.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

« Laxisme »

Cette congestion s'explique, selon l'UPA, par le fait qu'Ottawa n'a conclu une entente qu'avec une seule entreprise pour le dépistage des TET au Québec. Cette compagnie est située en Ontario, où la troisième vague frappe particulièrement fort.

Si elle juge les mesures de contrôle légitimes et acceptables, l'union réclamait, encore cette semaine, des actions afin de libérer les travailleurs plus rapidement. Selon Jacynthe Gagnon, présidente de l'UPA de la Capitale-Nationale–Côte-Nord, le problème s'accentue de semaine en semaine.

Selon l'UPA, 2000 des 15 000 TET attendus au Québec cet été sont arrivés en province. De ce nombre, près de 1000 sont toujours en attente du résultat de leur second test de dépistage, dont la responsabilité incombe au fournisseur ontarien.

Ce test est auto-administré sous la supervision de ce fournisseur. L'UPA indique que la barrière de la langue complique également les choses pour plusieurs travailleurs, souvent hispanophones.

Une semaine de perte aux champs, c'est une semaine de moins pour récolter. [...] Ça représente des coûts énormes.

Une citation de :Jacynthe Gagnon, présidente de l'UPA de la Capitale-Nationale–Côte-Nord

Mme Gagnon dénonce un laxisme de la part des autorités fédérales et estime que cette attente a des répercussions, aussi, sur la santé mentale des travailleurs étrangers.

Le Programme d’aide pour l’isolement obligatoire des TET prévoit une enveloppe de 1500 $ pour chaque travailleur. L'UPA estime que ce programme n'était pas prévu pour assumer les coûts des délais actuellement observés.

La ministre intervient

Invitée à réagir, Marie-Claude Bibeau, ministre de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire du Canada, a annoncé vendredi qu'une entente était sur le point d'être signée avec un second fournisseur afin d'accélérer la cadence.

J'en conviens, il y a des délais pour un certain nombre de [travailleurs étrangers], a reconnu la ministre. On est sur le point de finaliser une entente avec une autre entreprise, bien établie au Québec, et qui va être en mesure d'offrir des services en plus grand nombre.

Marie-Claude Bibeau, en conférence de presse.

La ministre canadienne de l'Agriculture, Marie-Claude Bibeau, estime que l'industrie agroalimentaire subit actuellement une « onde de choc très forte » en raison de l'épidémie de COVID-19.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

La députée de Compton—Stanstead a bon espoir que ce fournisseur puisse être opérationnel quelque part la semaine prochaine. Mme Bibeau dit vouloir faire les choses de la bonne façon en respectant le processus d'attribution du contrat. Les travailleurs pourront obtenir un encadrement dans la langue de leur choix.

En attendant, le fédéral modifie également la procédure du dépistage. Plutôt que d'attendre au 10e jour pour réaliser le second test, le calendrier sera ramené au 8e jour, donnant ainsi 48 heures de plus pour acheminer les résultats aux travailleurs et aux employeurs concernés.

Le cabinet de Mme Bibeau a par ailleurs invité le Québec à considérer une entente avec Santé Canada. Actuellement, la province est l'une des trois juridictions, avec l'Ontario, n'ayant pas pris en charge l'entièreté du processus de quarantaine des TET.

Sur le montant forfaitaire de 1500 $ prévu pour la quarantaine obligatoire de chaque travailleur, le cabinet de la ministre a indiqué que le montant ne serait pas bonifié malgré les délais.

Pas assez vite, selon l'UPA

Invitée à réagir à cette annonce, l'UPA n'était visiblement pas satisfaite. Selon Jacynthe Gagnon, le recul de deux jours de l'échéancier du second test n'aide pas les travailleurs coincés dans l'immédiat. Pas plus que cette mesure ne permettra d'envoyer plus rapidement la main-d'œuvre attendue dans les champs au cours des prochains jours.

Si on nous annonce qu'il y aura une entreprise qui aura un contrat, mais seulement [la semaine prochaine], comprenez-vous que ça retarde la saison pour les maraîchers de façon inacceptable, a décoché Mme Gagnon. Ça prend des solutions à très court terme.

Mme Gagnon exige des ajustements encore plus rapides de la part du fédéral. Les saisons dont déjà courtes au Québec, il faut pouvoir en profiter au maximum.

Avec la collaboration de Kassandra Nadeau-Lamarche

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !