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Pourquoi couvrir les 100 premiers jours d'un président américain?

Joe Biden.

Le 29 avril marquera les 100 jours au pouvoir de Joe Biden.

Photo : Reuters / CARLOS BARRIA

Jeudi marquera le 100e jour au pouvoir du président américain Joe Biden. « C’est la fin de la trêve médiatique, de la période d'accalmie avant que les journalistes commencent à demander des comptes et à critiquer la nouvelle administration. Bref, la fin de la lune de miel. »

Tout nouveau chef d’État passe par cet examen au cours duquel les experts scrutent à la loupe son début de mandat. Joe Biden réussit-il le test? Quels sont les présidents qui arrivent premiers de classe et quels sont les cancres? Karine Prémont, professeure à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke et directrice adjointe de l'Observatoire des États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand, nous parle de cette tradition presque centenaire.

Une femme se tient près d'une fenêtre, les bras croisés.

Karine Prémont est professeure à l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke.

Photo : Radio-Canada / ANDRE VUILLEMIN


D’où vient cette marque des 100 premiers jours pour évaluer le travail accompli par un président nouvellement élu?

Aux États-Unis, Franklin D. Roosevelt a élaboré un programme extrêmement important à l’intérieur de ses 100 premiers jours au pouvoir pour relever le pays de la Grande Dépression. Une série de mesures a été prise rapidement lors de son premier mandat en 1933. C’est à partir de là que s’est mise en place cette tradition.

On le voit d’ailleurs lors des campagnes électorales, ces dernières années. Ce sont les candidats eux-mêmes qui disent dans les 100 premiers jours, je ferai ceci, je ferai cela.

Cent jours, c’est environ 3 % des 8 ans [deux mandats de quatre ans], alors on comprend que ce n’est pas nécessairement significatif.

Une citation de :Karine Prémont

Je pense qu'on évalue davantage la prestance présidentielle. C’est un test de personnalité et de caractère. On évalue la cohérence de cette administration et comment les joueurs qui ont été nommés pour faire partie de l’entourage du président trouvent leur place.


Après 100 jours, est-ce que Joe Biden passe le test?

Il passe le test, notamment parce qu’il est plutôt discret et prudent. Il ne passe pas son temps, contrairement à son prédécesseur, à se faire voir à la télé ou à annoncer des choses sur Twitter. Il y a un retour à la normale, et ça, c’est apprécié de beaucoup de personnes.

Biden a beaucoup profité de ses premiers mois dans la mesure où il a annoncé des choses très importantes. La vaccination, par exemple, le plan de relance, le projet d'infrastructure. C’est une façon pour lui de dire : Je suis sérieux sur ces choses-là et c’est vraiment là-dessus que je vais me concentrer. Souvent, comme il y a un capital de sympathie au début, c’est le bon moment pour faire passer des projets de loi plus costauds, surtout, comme c’est le cas pour Biden, avec une majorité dans les deux chambres.

On ne peut évidemment pas évaluer les résultats des projets de Biden pour l’instant, parce que les plans d’infrastructure et environnementaux ne sont pas encore passés devant le Congrès. Devant l'ampleur des actions qui ont été prises par Biden, il y a une volonté de transformer et de réformer [le pays]. Est-ce qu’il arrivera à ses fins? Il faudra attendre au moins quatre ans pour le savoir.

Joe Biden signe les documents assis à une table. Kamala Harris se tient debout près de lui.

Le président Joe Biden, peu après la cérémonie de son assermentation.

Photo : Associated Press / Jim Lo Scalzo/Pool


Quel est l’intérêt des médias envers Joe Biden, comparativement à Donald Trump?

Tout le monde s’intéresse moins à Biden, mais c’est comme ça qu’on doit parler de la présidence américaine au Québec, c'est-à-dire à l’occasion, quand c’est important. Pas chaque fois que le président se lève le matin et qu’il décide qu’il n’est pas de bonne humeur. Joe Biden a une prestance plus présidentielle parce qu’il n’est pas Trump, je dirais.

Mes demandes d'entrevue ont diminué de 95 % depuis le 20 janvier. On comprend que Biden, par rapport à Trump, on est dans une autre dimension complètement, mais c’est très bien ainsi.

Une citation de :Karine Prémont

Il y a toutefois beaucoup de comparaisons qui sont faites entre les présidences de Joe Biden, de Barack Obama et de Franklin Delano Roosevelt. Est-ce que le parallèle tient la route?

C’est sûr que ces comparaisons-là sont intéressantes, parce qu’Obama, on se le rappelle, avait à relever les États-Unis de leur pire crise économique depuis Roosevelt, justement, avec la crise de 2008, la récession qui s’en est suivie, la crise mondiale ensuite.

Biden arrive alors que la COVID plombe l’économie américaine sérieusement. Il y a beaucoup de gens qui ont parlé dans son cas d’une présidence transformationnelle qui veut changer profondément la société, et la façon dont le gouvernement américain travaille.

Une citation de :Karine Prémont

On a comparé Biden à cet égard à Ronald Reagan, qui lui aussi a transformé par des projets de loi la société américaine. Donc, on est devant des présidents qui se retrouvent avec une crise économique particulière.

Maintenant, je pense que les contextes sont vraiment différents. Roosevelt était dans un contexte de préguerre mondiale et de tensions internationales. Les présidents avaient un peu moins de marge de manœuvre sur le plan législatif à cette époque-là, mais il y avait moins de polarisation partisane aussi.

Le président américain Franklin Delano Roosevelt assis à son bureau, en train de signer un texte de loi. Le secrétaire au Trésor, William Woodin, le regarde faire.

Le président américain Franklin Delano Roosevelt est en train de signer la loi d'urgence sur les banques, sous l'oeil du secrétaire au Trésor, William Woodin.

Photo : Getty Images

Je ne suis pas certaine que ce qu'Obama souhaitait mettre sur pied fut nécessairement aussi transformationnel, pour reprendre ce terme-là, que ce que Roosevelt a fait. [Ce dernier] a instauré l’État providence aux États-Unis, ou en tout cas des éléments d’un filet social, alors qu’il n’existait à peu près rien avant. Obama, c’était surtout de sauver les grandes entreprises pour maintenir des emplois.

C’est toujours la question de l’intervention de l’État, et ces trois présidents se sont retrouvés à des moments charnières où ils avaient à convaincre les Américains que c’était important que le gouvernement central intervienne dans l’économie et dans leur vie.

Joe Biden et Barack Obama.

Joe Biden et Barack Obama, alors qu'ils étaient respectivement vice-président et président des États-Unis.

Photo : AFP / MARK WILSON


Si on fait un palmarès, qui a le mieux performé et qui a le moins bien performé dans les 100 premiers jours de son premier mandat?

Roosevelt est dur à battre. Ronald Reagan a bien performé aussi. Il faut dire qu’en 1980, il avait remporté 489 grands électeurs sur 538. Il avait obtenu une victoire écrasante qui lui avait donné une erre d’aller. Les otages américains en Iran ont été libérés le jour de son investiture. Il avait un programme législatif d’une centaine de mesures importantes. Il a aussi survécu à une tentative d’assassinat. Ses 100 premiers jours lui ont donné une espèce d’aura de héros.

Policiers et agents secrets s'activent lors de la tentative d'assassinat du président américain Ronald Reagan.

Policiers et agents secrets s'activent lors de la tentative d'assassinat du président américain Ronald Reagan devant l'hôtel Hilton, à Washington, le 30 mars 1981.

Photo : Getty Images / AFP/Mike Evens

Par contre, il y a des présidents qui souffrent de la comparaison avec leur prédécesseur. George Bush père, en matière de personnalité, d’entrain et d’enthousiasme, c’était différent de Reagan. Il a souffert un peu de ça.

Pour Harry Truman, c’était la même chose aussi. Évidemment, un monument comme Franklin D. Roosevelt meurt en fonction, Truman arrive, alors qu’il ne sait pas grand-chose et qu’il est complètement inexpérimenté. Quand il est devenu président [à la fin de la Seconde Guerre mondiale], il ne savait même pas que les Américains avaient un programme nucléaire. Il a souffert de la comparaison avec son prédécesseur.

John F. Kennedy a pris de mauvaises décisions dans ses 100 premiers jours avec la crise de la baie des Cochons en envoyant des exilés cubains essayer de renverser Fidel Castro. Ça ne s’est vraiment pas bien passé. Jusqu’à la crise des missiles, les Américains vont avoir peur qu’il ne soit pas capable de tenir tête aux Soviétiques. Cela a miné ses 100 premiers jours.

Bill Clinton avait fait des nominations au poste de procureur général qui ont été désastreuses, et il y avait tous les trucs scabreux qui lui pendaient au bout du nez. Ça n'a pas empêché Clinton de faire des choses intéressantes. Ça n'a pas empêché Kennedy de sortir brillamment de la crise des missiles.

De plus en plus, dans les 100 premiers jours, il y a des décrets présidentiels. Obama, c’était : Je veux fermer Guantanamo. Trump, c’était : Je veux abolir l'Obamacare. Dans les deux cas, ça ne s’est pas produit, parce que les présidents ne décident pas tout seuls. C’est le Congrès qui peut décider de ça, mais c’était surtout un geste symbolique dans les deux cas pour dire : Voici mon intention, voici ce qui pour moi est important. Maintenant, si ça ne se fait pas, c'est à cause du Congrès. Il y a cette joute politique qui se joue dans les 100 premiers jours pour mettre de la pression sur les élus, si jamais les choses n’avancent pas assez rapidement au goût du président.

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