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Omnikrom se réveille après 10 ans de pause

Trois hommes sur fond mauve.

Les trois complices d'Omnikrom : le producteur Figure8 (à gauche), ainsi que les rappeurs Jeanbart (à droite) et Linso Gabbo (au centre).

Photo : Fantasio Club / Kelly Jacob

Charles Rioux

Près de 10 ans après son dernier album, le groupe de rap québécois Omnikrom effectue son grand retour en dévoilant Bus magique, un microalbum de cinq chansons sur lequel on retrouve la folie assumée du trio, dans un emballage sonore qui semble plus actuel et plus réfléchi.

Joints par visioconférence, Jeanbart, Linso Gabbo et Figure8 ont discuté de l'Omnikrom de la fin des années 2000, du nouvel Omnikrom et de tout ce qu’il y a entre les deux.

Mêlés, les gars d’Omnikrom? Pas vraiment, malgré ce que peut laisser entendre leur premier single en près d’une décennie, un étrange ver d’oreille intitulé Mêlé, lancé en mars dernier.

Mêlé, c’est le feeling que t’as quand t’ouvres les yeux sans trop savoir t’es où. [...] C’est l’ancien Omnikrom qui se réveille, se frotte les yeux, et est prêt à faire la transition vers le nouvel Omnikrom.

Une citation de :Omnikrom, au sujet de la chanson Mêlé

En entrevue, les trois collègues semblent posés, allumés et conscients de la quasi-décennie qui s’est écoulée depuis leur départ, une période qui peut représenter un fossé en musique.

Le groupe a remporté le Félix de l’album hip-hop de l’année en 2007, pour Trop banane!, après avoir marqué la pop québécoise avec son mélange entre rap et électro, ses paroles baignant dans l’absurde et ses collaborations avec le groupe français TTC (Pour te réchauffer, Danse la poutine) et le duo montréalais Numéro# (Chewing-gum fraise, Bouger bouger).

Après deux autres albums, Omnikrom s’est mis en veilleuse. Une pause interrompue à seulement deux reprises : une fois en 2017 à l’occasion d’un concert aux Francos (pour les 10 ans de Trop banane!) et une autre en 2018 pour célébrer les 20 ans de TTC.

La musique en trame de fond

S’accommodant plutôt bien des aléas de l’industrie musicale et du côté éphémère du succès, les trois artistes ont continué à vivre, menés par d’autres projets, leur côté créatif toujours en éveil.

Louis-Philippe Jean-Bart, alias Jeanbart, a notamment travaillé comme chroniqueur pour M. Net, a écrit pour VICE et s’est spécialisé dans le domaine de la publicité. Gabriel Lacombe, alias Linso Gabbo, a passé un bout de temps sur la route comme représentant pour une entreprise, tout en développant une passion pour la lutte indépendante québécoise, allant même jusqu’à composer une sorte d’hymne pour ses adeptes, le Gabbo Gang.

De son côté, Louis-Philippe Parent, alias Figure8, a un peu délaissé la production musicale pour se concentrer sur sa carrière de DJ, dans les bars, dans les événements et en entreprise; un parcours qui n’est pas étranger au nouveau son d’Omnikrom.

« J’ai quand même été pas loin de 15 ans dans les bars et dans les clubs, à jouer de la grosse patate et du pop, donc veut, veut pas, ça a fait un mishmash d’influences », explique-t-il.

Du sang neuf en studio

Le nouveau son d’Omnikrom ne dépaysera pas les fans, mais on sent un plus grand souci de la mélodie, souvent appuyée à grands coups d’autotune (ajustement automatique d'intonation) bien assumés. C’est vrai que c’est plus musical pour les refrains, et je crois que Lowpocus y est pour beaucoup, qu’il a une vraiment bonne oreille musicale, explique Gabbo.

Figure8 s’est entouré de jeunes producteurs en studio, dont Lowpocus, qui figure comme coproducteur sur Bus magique.

Une chose que Figure8 a fait que je trouve nice, c’est qu’il est revenu dans la game, mais il n’a pas essayé de tout faire par lui-même, explique Gabbo. Souvent, il invitait des nouveaux producteurs qu’il ne connaissait pas à venir "chiller" en studio avec lui. Je pense que ça l’a aidé. Le fait de ne pas avoir un super gros ego l’a [aussi] aidé à avoir un son actuel.

C’est d’ailleurs une constante chez Omnikrom, ce souhait de faire de la place aux jeunes. Sur la quatrième chanson du microalbum, Nuages, on passe le micro à Don Bruce, Seinsucrer et Dr. Stein, de jeunes rappeurs encore un peu méconnus de la scène du rap québécois.

Dessin d'un vaisseau spatial aux formes humaines dans l'espace.

La pochette de « Bus magique », une création de Lucas Saenger.

Photo : Fantasio Club

Le groupe a aussi fait confiance à une nouvelle étiquette pour son retour, Fantasio Club, récemment fondée par Hugo Mudie, un vétéran de la scène punk montréalaise, et l'impresario Laurence Lebel.

Pour ce qui est de leur processus créatif, les gars d’Omnikrom ont un faible pour ce qu’ils appellent « les chalets musicaux ». On s’est mis à faire des chalets, un peu comme on avait fait dans le temps en 2009, explique Gabbo

On va au chalet de Figure8 avec Jeanbart, Figure, Lowpocus et des fois d’autres producteurs. Juste pour faire des chalets musicaux. Les derniers trucs, on les a enregistrés comme ça, et pour nous, ça fonctionne vraiment.

Vieilles controverses

Questionné sur leur évolution et les anciennes controverses liées à leurs paroles parfois jugées hypersexualisées, qui ont même parfois été comparées à celles de Black Taboo et des Anticipateurs, Omnikrom consent que certaines d’entre elles ont pu déplaire à un certain public.

Mais justement, leur public à l’époque en était un de bars, de clubs. Mais selon Gabbo, elles ne représentaient qu’un petit pourcentage de toutes leurs paroles. Les gars affirment ne jamais avoir voulu surfer sur ces controverses-là.

Il y a certaines paroles que tu les écoutes 10-15 ans après et tu te dis ''ouh, j’ai dit ça…'' Dans ce temps-là, on ne disait pas des choses pour choquer, on disait juste des trucs très imagés, dans le délire un peu.

Une citation de :Jeanbart

Nécessairement, la maturité prise dans les années qui les éloignent de leur dernière parution s’imprègne dans Bus magique, mais Omnikrom demeure Omnikrom.

L’idée globale d’Omnikrom, ça reste qu’on est des gars qui ne se prennent pas au sérieux, qui veulent avoir du fun et qui sont capables de rire d’eux-mêmes, explique Jeanbart. Et il suffit d’un bref coup d'œil aux paroles pour le prendre au pied de la lettre. Robe de chambre et poulet frit, mon genre de feng shui, j’m'essuie les doigts sur les nuages parce que j't'un peu fancy, peut-on entendre en introduction de Meilleurs gars.

Finalement, c’est probablement la dernière chanson, Peut-être génies, un point fort du microalbum, qui résume le mieux l’esprit qui semble habiter les gars d’Omnikrom : On est peut-être génies, mais peut-être qu’on rêve éveillés aussi.

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