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« Journée nationale du viol » : vent de panique causé par une légende urbaine

Une fausse rumeur voulant que les viols soient permis le 24 avril sème la peur sur les réseaux sociaux. Bien que non fondées, les craintes suscitées par ce phénomène viral ont des effets pernicieux, selon les experts consultés.

Capture d'écran d'une publication sur le réseau social TikTok relayant une fausse rumeur sur l'imminence d'un «Jour national du viol».

Capture d'écran d'une publication sur le réseau social TikTok relayant une fausse rumeur sur l'imminence d'un « Jour national du viol ».

Photo : Radio-Canada

Depuis quelques jours, le spectre du « National Rape Day » fait frémir des milliers de jeunes. Leur crainte? Que des violeurs puissent arpenter impunément les rues le 24 avril.

Au moment d’écrire ces lignes, le mot-clic #24avril2021, sur la très populaire plateforme TikTok, avait généré plus de 180 000 visionnements, tandis que le mot-clic #april24 en avait pour sa part engendré plus de 110 millions.

Veuillez ne pas sortir, Prenez de quoi vous défendre, Votre sécurité est menacée : des messages de ce type accompagnent un nombre croissant de vidéos mises en ligne par des personnes bien intentionnées voulant protéger leurs proches.

Mais en réalité, toute cette histoire découle d’une légende urbaine persistante dont l’origine demeure encore floue. De plus, au Canada, rien n’a changé : le Code criminel sanctionne (Nouvelle fenêtre) encore et toujours les agressions sexuelles.

La principale rumeur qui circule en ce moment fait état d’une vidéo mise en ligne par un petit groupe d’hommes sur TikTok qui prétendent que les viols seraient exceptionnellement permis le 24 avril.

Dans une déclaration transmise au quotidien USA Today (Nouvelle fenêtre), l’entreprise TikTok affirme n’avoir trouvé aucune trace de ladite vidéo sur sa plateforme, très prisée des jeunes adolescents.

Aux États-Unis, plusieurs services de police locaux ont senti le besoin de rassurer la population, notamment dans les États de l’Illinois (Nouvelle fenêtre), de Washington (Nouvelle fenêtre) et du Texas (Nouvelle fenêtre).

Une capture d'écran d'une publication sur TikTok qui affirme faussement qu'une «journée du viol» serait prévue en France le 24 avril.

Une capture d'écran d'une publication sur TikTok qui affirme faussement qu'une « journée du viol » serait prévue en France le 24 avril.

Photo : Radio-Canada

Une autre hypothèse, moins répandue, associe ce phénomène à un canular lancé sur la messagerie WhatsApp par des étudiants d’une université britannique. La police locale a d’ailleurs ouvert une enquête (Nouvelle fenêtre) concernant cette initiative qualifiée par un porte-parole de l’Université Falmouth de canular odieux qui encourage la violence sexuelle.

Mais cette légende urbaine pourrait aussi avoir des racines plus profondes. Selon le site knowyourmeme (Nouvelle fenêtre), des traces de cette fausse rumeur ont été décelées aussi loin qu’en 2010 sur Twitter pour ensuite refaire surface en 2015 sur le forum 4chan.

Une fausse rumeur aux conséquences bien réelles

Un bref survol des publications liées à cette histoire suffit pour constater que bien des jeunes ont peur, même s'ils sont tout à fait conscients qu’il s’agit d’un canular. Voilà bien la preuve que le mal est fait, selon la sexologue Manon Bergeron.

« Même si, au niveau rationnel, les jeunes filles sont capables de faire la part des choses, ce phénomène suscite la peur et, pour moi, c’est franchement indignant. »

— Une citation de  Manon Bergeron, professeure titulaire, Département de sexologie de l’UQAM

De plus, bien que ces rumeurs soient totalement non fondées, elles alimentent certains stéréotypes tenaces, selon Mme Bergeron : Ça vient renforcer le mythe du viol commis par un inconnu le soir, dans un endroit sombre, une ruelle ou un boisé, alors que les données sont claires : la grande majorité des agressions sexuelles sont perpétrées par quelqu’un de l’entourage de la victime dans des lieux privés.

À l’instar d’autres experts consultés, elle souligne un autre dommage collatéral : celui de l’impact sur les victimes de violences sexuelles. Ça peut raviver de la détresse et particulièrement des symptômes de stress post-traumatique chez ces personnes, estime Mme Bergeron, tout en soulignant qu’il faut malgré tout parler ouvertement de ce type de phénomène.

« L’erreur à faire serait de ne pas en parler. Les jeunes sont exposés à ce genre de phénomène, alors saisissons cette occasion pour ouvrir le dialogue sur les violences sexuelles. »

— Une citation de  Manon Bergeron, professeure titulaire, Département de sexologie de l’UQAM

Même son de cloche chez les intervenantes de la Fondation Marie-Vincent, un organisme montréalais qui vient en aide aux jeunes victimes de violence sexuelle.

Les réseaux sociaux, c’est leur jardin secret, à l’abri du regard des adultes, mais ce moment-ci est un moment clé pour faire le pont avec nos jeunes, estime Myriam Le Blanc Élie, sexologue et chargée de projet à la Fondation Marie-Vincent.

Aux adultes qui se sentent démunis face à ce type de réalité numérique, Mme Le Blanc Élie suggère de maintenir le dialogue ouvert, de s’intéresser aux contenus que consomment les jeunes sur le web et, surtout, d’alimenter le lien de confiance.

« C’est important de normaliser la peur qui peut être ressentie, mais le plus important, c’est de se positionner comme un adulte de confiance [...] envers qui le jeune se sentirait à l’aise de se confier en cas de besoin. »

— Une citation de  Myriam Le Blanc Élie, sexologue et chargée de projet, Fondation Marie-Vincent
Une jeune fille regarde son téléphone cellulaire avec une attention soutenue.

Le réseau social TikTok est très fréquenté par de jeunes adolescents.

Photo : iStock / diego_cervo

Défis, rumeurs et canulars macabres : une impression de déjà-vu

Les dernières années ont été plutôt fertiles en matière de canulars macabres.

L’équipe des Décrypteurs s’est penchée en juin 2019 sur le Momo Challenge, un phénomène viral auquel on attribuait erronément une vague de suicides chez les jeunes.

Dans la même rubrique, au mois de janvier dernier, nous avions analysé l’émoi suscité par le Blackout Challenge, un défi viral dont on ne trouvait aucune trace sur le web, mais qui était malgré tout associé, à tort, à la mort tragique d’une fillette italienne.

L’auteur et folkloriste Benjamin Radford associe l'adhésion à ce type de légendes urbaines au phénomène de la panique morale, qui désigne une peur disproportionnée chez certains groupes sociaux face à des pratiques jugées déviantes ou dangereuses pour la société. Ainsi, des parents, qui se méfient des nouvelles technologies, peuvent accentuer l’importance de ces phénomènes au nom de la protection de leurs enfants.

Decrypteurs. Marie-Pier Élie, Jeff Yates, Nicholas De Rosa et Alexis De Lancer.

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