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Les cibles climatiques de Justin Trudeau pourraient peser lourd sur l’Alberta

Justin Trudeau espère diminuer les émissions de gaz à effet de serre du Canada d'au moins 40 % d'ici 2030.

Des pompes extraient du pétrole du sol près d'Olds, en Alberta.

Les émissions de l'industrie pétrolière et gazière canadienne ont augmenté de 66% depuis 2005.

Photo : La Presse canadienne / Jeff McIntosh

Le nouvel objectif du gouvernement fédéral de réduire les émissions polluantes canadiennes de 40 % à 45 % d’ici 2030 pourrait avoir des impacts majeurs sur l’Alberta et son industrie pétrolière et gazière, selon certains experts.

En moins d’une semaine, les objectifs canadiens de réduction des émissions polluantes responsables des changements climatiques ont changé à deux reprises.

Depuis son arrivée au pouvoir en 2015, le gouvernement Trudeau avait maintenu la cible des conservateurs de Stephen Harper. Celle-ci était d’abaisser les émissions de 30 % sous les niveaux de 2005.

Le budget fédéral déposé lundi laissait cependant entendre que les mesures prises par Ottawa permettraient plutôt d’atteindre 36 % de réduction.

Le ministre de l’Environnement, Jonathan Wilkinson, avait qualifié cette nouvelle cible de plancher de réduction, laissant ainsi entendre que les cibles pourraient être encore plus ambitieuses.

Trois jours plus tard, l’objectif a bougé à nouveau avec l’annonce, lors du sommet organisé par le président américain Joe Biden, que le Canada chercherait plutôt à faire diminuer ses émissions de 40 % à 45 % d’ici 2030.

Nous n’avons pas été consultés ni mis au courant des détails concernant l’annonce du premier ministre Trudeau au sujet de nouvelles cibles, a déploré par courriel le ministre de l’Environnement de l’Alberta, Jason Nixon.

Il ajoute que l’Alberta avait fait part de ses demandes à Ottawa avant le début du sommet, mais n’avait pas participé à des discussions sur les cibles canadiennes.

Ces quelques points de pourcentage additionnels pourraient d’ailleurs être lourds de conséquences pour l’Alberta. Ce sont des réductions très agressives, croit la professeure d’économie Jennifer Winter, de l’Université de Calgary.

La cible de 36 % prévue dans le budget tient compte de politiques existantes comme la taxe fédérale sur le carbone, qui doit atteindre 50 $ la tonne l’an prochain et 170 $ en 2030.

Andrew Leach, économiste, professeur adjoint à l'Université de l'Alberta et spécialiste des politiques publiques de lutte aux changements climatiques, s’attend donc à ce que l’impact soit important.

Il croit cependant qu’il est difficile de quantifier ou de déterminer la nature de ces impacts tant que le fédéral n’a pas annoncé comment il entend atteindre ces nouvelles cibles.

Résister à l’appel de la sirène Biden

Andrew Leach se dit cependant satisfait de voir que le gouvernement Trudeau a résisté à la tentation de copier les nouvelles cibles américaines qui prévoient une diminution de 50 % à 52 % par rapport à 2005 d’ici 2030.

Il fait valoir que les États-Unis peuvent plus facilement diviser leurs émissions par deux en s’attaquant à leur secteur électrique, qui repose encore largement sur le charbon et le gaz.

À l’inverse, 83 % de l’électricité canadienne provient de sources qui émettent peu ou pas de gaz à effet de serre, comme l’hydroélectricité et le nucléaire.

Vous n’avez pas les mêmes opportunités, au Canada, de diminuer les émissions tout en sauvant de l’argent en même temps, alors que les Américains ont encore beaucoup de marge de manœuvre dans leur secteur électrique.

Le président Biden parle derrière une tribune.

Le président américain Joe Biden s'est adressé aux participants du sommet sur le climat.

Photo : Getty Images / Pool

Il serait préférable de miser sur des politiques concrètes, comme la tarification du carbone, que sur des cibles arbitraires. De cette façon, les deux pays engagent le même effort dans la lutte aux changements climatiques.

Jennifer Winter abonde dans le même sens, mais craint que la réticence des Américains à mettre un prix sur la pollution ne désavantage le Canada.

Le pétrole, le sujet tabou

Au Canada, les émissions de gaz à effet de serre liées à la production d’électricité ont diminué de 45 % entre 2005 et 2019.

Cette baisse a cependant été en bonne partie anéantie par une hausse de 66 % des émissions liées à l’extraction du pétrole et du gaz. Selon Andrew Leach, pour être crédible, le plan fédéral devra s’attaquer aux émissions des sables bitumineux.

Il ajoute cependant que la tâche sera difficile. Il cite en exemple un rapport (Nouvelle fenêtre) rendu public par le groupe Environmental Defence, qui affirmait qu’une diminution de 60 % des émissions canadiennes nécessiterait d’amputer la production de pétrole et de gaz de 79 %.

Avec les informations de Colleen Underwood

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