•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le combat d’une dame pour des soins palliatifs empreints d’humanité

Sylvy Harvey est assise à la table et regarde la caméra.

Sylvy Harvey dénonce les conditions de fin de vie dans lesquelles son conjoint s'est éteint à l'Hôtel-Dieu de Sherbrooke.

Photo : Radio-Canada / Marion Bérubé

Sylvy Harvey aura vécu 21 ans aux côtés d’Yves Tardif. Les derniers instants de son conjoint n’auront pas été à la hauteur de leur bonheur conjugal. La dame dénonce le traitement qu’il a reçu lors de son séjour aux soins palliatifs à l’Hôtel-Dieu de Sherbrooke.

C’était l’homme de ma vie, lance d’emblée la femme de 64 ans. Originaire de Chicoutimi, Sylvy Harvey aura quitté son Saguenay natal pour aller s’installer avec son conjoint, à Stoke.

C’était un homme extraordinaire, ajoute-t-elle. C'était un bonhomme cultivé, un pince-sans-rire.

Yves Tardif est assis, les deux mains croisées sur une table et regarde devant lui.

Yves Tardif s'est éteint le 15 avril, il avait 63 ans.

Photo :  courtoisie

En décembre 2020, le diagnostic tombe : Yves souffre d’un cancer du pancréas, avec des métastases au foie. Après un séjour en oncologie, il doit être transféré aux soins palliatifs de l’Hôtel-Dieu de Sherbrooke le 1er avril.

Impossible de recevoir plus d'une douche par semaine, hygiène déficiente, sa fin de vie, selon Sylvy Harvey, est un cauchemar. L’après-midi du 9 avril, elle apprend qu’il a chuté pendant la nuit. Cet évènement est la goutte qui fait déborder le vase.

Il est tombé et c'est la patiente d'à côté qui a sonné et sonné. Lui criait : 'Au secours! Au secours!'', mais personne ne l'entendait parce qu'ils étaient très loin […] Je trouvais ça abominable. En plus d'avoir à dealer avec la maladie de mon amoureux, il fallait que je m’assure de sa sécurité.

La dame porte officiellement plainte à l’établissement.

Je ne pouvais pas croire que l'homme de ma vie allait vivre ses derniers moments de cette façon-là, c'était inacceptable, se désole sa conjointe. Je ne souhaite pas ça à personne.

Ce ne sont pas des soins palliatifs, c'est le couloir de la mort.

Une citation de :Sylvy Harvey

Sylvy dénonce un manque de bienveillance de la part de certains membres du personnel.

Mon mari sur une chaise d'aisance, sans surveillance, qui sonnait une fois, deux fois, trois fois... mais on me disait toujours sous la gouverne : "Écoutez madame, on manque de personnel".

Il n'y a pas un être humain sur terre qui mérite d'être traité comme ça dans les quelques heures ou les quelques jours qui vont l'amener vers la mort. C'est totalement inacceptable.

Une citation de :Sylvy Harvey

La situation prise très au sérieux par le CIUSSS

Sans commenter ce cas précis, le CIUSSS de l’Estrie - CHUS assure que tout le personnel nécessaire était présent à l’étage, le soir où M. Tardif est tombé.

Il faut savoir que sur toutes les unités, plusieurs stratégies sont mises en place pour éviter les impacts sur les usagers lors d’absence de personnel. Une réorganisation du travail, en collaboration avec tous les titres d'emploi, est mise sur pied pour assurer la sécurité des soins, indique l’établissement par courriel.

Des mesures supplémentaires sont déployées en cas de chute. Il peut par exemple s’agir de placer un tapis détecteur de mouvements dans le lit de l'usager ou au fauteuil qui avertit le personnel, ou encore de relocaliser la personne dans une chambre mieux adaptée à ses besoins, rajoute le CIUSSS.

Le Conseil pour la protection des malades souligne pour sa part avoir déposé une trentaine de griefs au gouvernement pour améliorer les soins dans les hôpitaux du Québec.

Ce sont toutes des affaires relativement simples, y compris répondre à une cloche quand elle sonne. Avoir une hygiène plus à la hauteur des personnes que l’on héberge, avoir des soins de base, c’est une trentaine choses, explique son président, Paul Brunet.

Un témoignage pour faire une différence

Sylvy Harvey aurait simplement souhaité que son conjoint puisse mourir aussi dignement qu'il a vécu. Elle espère que son témoignage aura un impact pour améliorer le sort des prochains patients qui séjourneront aux soins palliatifs de l’Hôtel-Dieu.

Quand on ne respecte pas la dignité des gens... c'est tout ce qu'ils ont, c'est tout ce qui leur reste. C'est pour lui que je le fais, et pour tous les autres Yves qui vont suivre, se chagrine-t-elle.

L'urne faite en sable avec des traces de pieds.

Sylvy Harvey compte aller disperser les cendres de son conjoint dans la mer.

Photo : Radio-Canada / Marion Bérubé

Yves Tardif s’est éteint le 15 avril, à 7 h 30 du matin. Ses cendres reposent dans une urne faite de sable, fabriquée aux Îles-de-la-Madeleine. Je trouvais que c’était tellement représentatif de ce qu’on aimait, de ce qu’on était, révèle son amoureuse. Sylvy Harvey espère aller les disperser quelque part au Mexique, où le couple a fréquemment voyagé.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !