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Analyse

Doug Ford : après le silence, le mea culpa

Les excuses de Doug Ford sont-elles suffisantes pour calmer la grogne populaire en Ontario?

Le premier ministre Doug Ford, les yeux baissés.

Le premier ministre Doug Ford a demandé l'aide, entre autres, de l'Alberta, de la Saskatchewan et du Québec.

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Le vent a tourné en Ontario. Jusqu’ici, les voltes-faces de Doug Ford étaient critiquées. Après la débâcle de la fin de semaine dernière, c’est carrément sa compétence qui est remise en question. Dans les pages du Washington Post, dans les corridors de Queen’s Park, et par un nombre grandissant d’Ontariens, si on se fie aux sondages et aux mots-clics comme #FordMustResign.

Doug Ford s’est mis presque tout le monde à dos avec des mesures que ses experts n’avaient pas recommandées et dont personne ne voulait, pas même les corps policiers qui le vénèrent d’habitude. Pour corriger le tir? Un tweet (Nouvelle fenêtre). Puis, silence radio.

Il a attendu jeudi pour sortir de l’ombre. La voix tremblante, les yeux humides, Doug Ford s’est excusé et a parlé du poids énorme qui pèse lourd sur ses épaules. Son mea culpa s’est arrêté là. Il refuse d’être tenu responsable de la situation sanitaire et blâme Ottawa pour l’arrivée des variants, le manque de vaccins. Est-ce assez pour se faire pardonner? L’opposition en tout cas continue de réclamer sa tête.

Ses ministres le défendent, mais des failles se dessinent au sein du caucus. Selon des sources de CBC, son propre Cabinet est divisé. D’un côté, les ministres du Grand Toronto demandent plus de mesures sanitaires. De l’autre, ceux des régions rurales y sont diamétralement opposés. Les boîtes vocales de leurs bureaux de circonscription débordent de messages de citoyens en colère contre le confinement.

Doug Ford a beau dire qu’il est simplement allé trop vite, les mesures impopulaires ont été annoncées après une réunion ministérielle interminable de 9 heures. Dans cette rencontre, le procureur général Doug Downey aurait soulevé des doutes sur la constitutionnalité des pouvoirs policiers, mais on l'aurait ignoré. En résumé : le consensus est de plus en plus difficile.

Pas surprenant que des rumeurs de remaniement ministériel circulent. Qu’elles se concrétisent ou non, elles témoignent du chaos qui règne à Queen’s Park. Si Doug Ford décide de rebrasser les cartes en pleine crise, il pourrait donner l’impression d’être en mode panique. Certains conseillers croient au contraire qu’il vaut mieux tasser ceux qui refusent de prendre la COVID-19 au sérieux.

Pendant des jours, l’équipe de Ford a fait le calcul qu’il devait se faire discret pendant que ses ministres réparaient les pots cassés. Le revers impressionnant sur les congés de maladie payés, une mesure à laquelle Doug Ford est ouvertement hostile depuis son arrivée au pouvoir, est un gage qu’on cherche à apaiser la grogne.

D’autres mesures impopulaires demeurent cependant en vigueur. Le maire d’Ottawa supplie (Nouvelle fenêtre) la province de revisiter la fermeture de la frontière avec le Québec. Celle de Mississauga veut la réouverture des installations sportives. Des pétitions circulent pour rouvrir les terrains de camping. Les excuses ne peuvent pas tout réparer.

La fin d’une lune de miel

Est-ce un moment décisif? Deux sondages récents d’Abacus Data et d’Innovative Research Group montrent en tout cas que la popularité de Doug Ford est en chute libre. Selon Abacus Data, 46 % des Ontariens ont une opinion défavorable du premier ministre ontarien; le plus bas niveau depuis le début de la pandémie. La lune de miel pandémique semble tirer à sa fin.

Les libéraux sont légèrement en avance dans les intentions de vote, selon Abacus Data, même si le chef Steven Del Duca est méconnu du grand public. Si le NPD peine toujours à se tailler une place, une remontée rouge en Ontario semble moins improbable. Oui, les libéraux n’ont qu’une poignée de députés à Queen’s Park, mais il ne faut pas oublier qu’à l’échelle nationale, l'image de marque libérale est la plus robuste sur l’échiquier politique.

Tout n’est pas joué, évidemment. Les prochaines élections provinciales sont dans un peu plus d’un an. Mais par le passé, lorsque le Parti progressiste-conservateur a tourné le dos à son chef, cela s’est fait sans prévenir, comme lors de l’éviction surprise de Patrick Brown, en 2018. Si les troupes de Doug Ford venaient à penser que leurs sièges étaient en jeu à cause de lui, l’histoire pourrait se répéter.

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