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Funérailles de Daunte Wright : un appel à se battre « jusqu'à ce que l'enfer gèle »

À côté d'un portrait en noir et blanc de Daunte Wright, le révérend Al Sharpton tient un micro dans une main et lève l'autre, devant un cercueil blanc sur lequel sont déposées des roses rouges.

Le révérend Al Sharpton a prononcé une oraison funèbre virulente.

Photo : Reuters / NICHOLAS PFOSI

Hommages empreints d'émotion, prières et messages politiques ont marqué les funérailles d'un homme de 20 ans tué lors d'un contrôle routier, célébrées jeudi à Minneapolis, avec en filigrane le verdict prononcé contre l'ex-policier Derek Chauvin, reconnu coupable du meurtre de George Floyd.

Le nom de Daunte Wright s'ajoutant à la longue liste de Noirs tués par des policiers, la cérémonie en son honneur a pris un ton revendicateur, entre autres lors de l'oraison funèbre prononcée par le révérend Al Sharpton.

Souvent appelé à prendre la parole aux funérailles d'Afro-Américains tués par des policiers, le célèbre militant des droits civiques l'avait notamment fait à celles de George Floyd, mort l'an dernier au Minnesota, et d'Eric Garner, mort à New York en 2014.

L'absence de la justice est l'absence de la paix, a-t-il tonné, faisant écho à un cri de ralliement souvent scandé lors des manifestations pour les droits des Noirs : pas de justice, pas de paix.

Vous ne pouvez pas nous dire de nous taire et de souffrir. Nous devons parler quand il y a une injustice.

Une citation de :Révérend Al Sharpton

Nous venons aujourd'hui comme les assainisseurs d'air du Minnesota, a-t-il lancé, condamnant la brutalité policière, le racisme et le profilage racial.

La mère de Daunte Wright, Katie Wright, avait déclaré que son fils l'avait appelée pour lui dire que les policiers l'avaient arrêté parce qu'il avait un assainisseur d'air accroché à son rétroviseur.

Les forces de l'ordre de Brooklyn Center, au Minnesota, ont pour leur part affirmé l'avoir interpellé parce que sa plaque d'immatriculation était expirée et ne s'être rendu compte que par la suite qu'il avait un objet accroché à son rétroviseur, ce qui est illégal au Minnesota.

La mort du jeune homme, abattu par une policière il y a une dizaine de jours, avait avivé les tensions dans la région de Minneapolis, alors que se déroulait toujours le procès de Derek Chauvin pour la mort de George Floyd.

L'ombre du procès planait d'ailleurs sur la cérémonie. À l'instar d'autres orateurs, le révérend Sharpton a souligné le verdict historique rendu cette semaine à l'endroit de l'ex-policier, reconnu coupable de meurtre au deuxième degré, de meurtre au troisième degré et d'homicide involontaire.

Dieu a tourné la page dans l'État du Minnesota, et nous ne reviendrons jamais en arrière, a-t-il assuré. C'est pourquoi je sais que le changement est là : quand on voit le mur bleu du silence s'effondrer dans un tribunal de Minneapolis.

Si le corps policier a la réputation de se serrer les coudes, plusieurs policiers, dont le chef de la police de Minneapolis, ont témoigné contre leur ancien collègue.

Appel à poursuivre la lutte

L'avocat de la famille Wright, Ben Crump, qui représente également celle de George Floyd, a lancé un appel à l'action pour éviter que de tels drames ne se reproduisent.

Il arrive trop souvent que les contrôles routiers se terminent par des sentences fatales, par des condamnations à mort. Nous allons devoir nous assurer que Daunte fils sache que nous nous sommes tenus debout pour son père, a-t-il affirmé.

Si nous ne nous battons pas pour nos enfants, nous ne pouvons pas espérer que quelqu'un d'autre se batte pour nos enfants comme nous, a-t-il soutenu.

Nous devons nous battre pour nos enfants jusqu'à ce que l'enfer gèle. Et ensuite, nous devons être prêts à nous battre sur la glace.

Une citation de :Ben Crump, avocat des familles Wright et Floyd

Des proches d'autres Afro-Américains tués par des policiers au cours des dernières années – notamment George Floyd, Breonna Taylor et Philando Castile – assistaient à la cérémonie pour soutenir la famille de Daunte Wright.

Selon les images diffusées par le service de police de Minneapolis, trois officiers ont participé à l'intervention qui était, d'après la version des policiers, liée à une infraction au Code de la route. Ils auraient tenté de l'interpeller après s'être aperçus que le jeune homme de 20 ans faisait l'objet d'un mandat d'arrêt.

La vidéo indique que la policière qui a tiré sur Daunte Wright a utilisé son arme après une brève lutte entre lui et les deux autres policiers qui tentaient de lui mettre des menottes, et après que le jeune homme eut réintégré son véhicule.

Le chef de police a affirmé la semaine dernière qu'elle semblait avoir confondu son arme de service avec son pistolet à impulsion électrique.

C'est mon fils qui devrait m'enterrer

Devant un micro, le père a les yeux et la tête baissés, la mère, les yeux fermés, met la main sur sa bouche, à côté de deux autres personnes.

Les parents de Daunte Wright peinaient à maîtriser leurs émotions.

Photo : Reuters / OCTAVIO JONES

Ceux qui assistaient aux funérailles se sont spontanément levés quand l'artiste Ange Hillz a peint en direct un portrait de Daunte Wright pendant que le trompettiste Keyon Harrold jouait Amazing Grace, puis Lift Ev'ry Voice and Sing, connu comme l'hymne national noir.

Les rôles devraient être complètement inversés. C'est mon fils qui devrait m'enterrer, a par ailleurs dit sa mère, Katie Wright, en pleurs. Mon fils avait un sourire qui valait un million de dollars. Quand il entrait dans une pièce, il l'illuminait, a-t-elle raconté aux centaines de personnes, masquées, rassemblées pour lui rendre hommage.

Les mots ne peuvent pas exprimer ce que je ressens. C'était mon fils, a simplement ajouté son mari, Aubrey Wright, à ses côtés, peinant lui aussi à parler.

Les parents de Daunte Wright ainsi que deux de ses frères et soeurs ont rendu hommage au proche qui leur manquera : un jeune homme blagueur au rire contagieux, bon vivant et aimé de tous.

Katie Wright, qui est blanche, a indiqué que son fils était le père d'un garçon né prématurément, âgé d'à peine un an. Il était si heureux et si fier, et il disait qu'il avait hâte de rendre son fils fier. Junior était la joie de sa vie. Il vivait chaque jour pour lui.

La représentante Ilhan Omar leur a par ailleurs remis le drapeau qui a flotté au-dessus du Capitole de Washington en hommage à leur fils.

Plusieurs autres politiciens étaient présents à la cérémonie, dont la sénatrice du Minnesota Amy Klobuchar, le maire de Minneapolis, Jacob Frey, ainsi que le gouverneur Tim Walz, qui a décrété deux minutes de silence dans l'ensemble de l'État au début des funérailles.

Le racisme dans ce pays n'est pas un incident isolé, il est systémique, a dénoncé la sénatrice Klobuchar, qui a plaidé pour une réforme de la police.

Il est temps que le Sénat américain adopte à son tour le projet de loi George Floyd pour les actions policières, a martelé l'ancienne procureure.

L'ambitieux texte législatif, qui a déjà franchi l'étape de la Chambre des représentants, interdirait entre autres les prises d'étranglement, une méthode utilisée par Derek Chauvin à l'encontre de George Floyd, et réduirait la portée des protections juridiques dont bénéficient actuellement les policiers.

Avec les informations de Associated Press

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