•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Congés de maladie payés : une aide inestimable selon des travailleurs de premières lignes

Le gouvernement Ford semble prêt à faire volte-face sur le dossier, mais l’attente se fait longue.

Un homme portant un masque chirurgical montre une affiche.

Un homme manifeste pour des congés de maladie payés pour les travailleurs lors d'un rassemblement à l’extérieur de Queens Park à Toronto à la mi-janvier.

Photo : The Canadian Press / Cole Burston

Nicolas Haddad

Les appels se multiplient depuis de nombreux mois en Ontario pour que les travailleurs essentiels aient accès à des jours de congés de maladie payés. Plusieurs experts et professionnels de la santé estiment que cette mesure pourrait jouer un rôle décisif dans la lutte contre la propagation de la COVID-19.

Ces appels proviennent des experts en santé qui conseillent le gouvernement sur sa réponse à la pandémie, mais également des médecins hygiénistes locaux et des syndicats qui représentent les travailleurs essentiels. Selon eux, les travailleurs ont besoin d’une garantie financière qui leur permettrait de ne pas se rendre au travail s’ils pensent être malades, sans remettre en question leur capacité de payer leurs loyers et de nourrir leurs familles.

Maurice O'Connor devant le restaurant où il travaille.

Maurice O’Connor croit qu’offrir des congés de maladie payés aux travailleurs essentiels avec des symptômes de la COVID-19 qui souhaitent s’isoler est « la bonne chose à faire » pour protéger les travailleurs, leurs familles, et leurs communautés.

Les temps sont durs, souligne Maurice O’Connor, cuisinier dans un restaurant jamaïcain d’Etobicoke Nord bien occupé, puisqu’il se situe en face d’un hôpital. Il n’a pas accès à des jours de congés de maladie payés par son employeur.

Les gens vivent au jour le jour et ils y arrivent à peine. Avoir des jours de congé maladie, ça aiderait, souligne ce travailleur essentiel.

« Là, comme c’est, même si on ressent un symptôme, il faut toujours aller travailler parce qu’on ne peut pas se permettre de ne pas gagner notre vie, et c'est un gros problème. »

— Une citation de  Maurice O’Connor, cuisinier

Les unités de soins intensifs sont remplies des familles des travailleurs essentiels, souligne pour sa part Gagandeep Kaur, qui représente le groupe Warehouse Workers Centre à Peel.

Des employés à l'extérieur d'une installation de distribution d’Amazon.

Selon Gagandeep Kaur, la hausse du commerce en ligne depuis le début de la pandémie a accéléré le rythme de travail dans les entrepôts de Peel. Elle ajoute que la distanciation physique est difficile à respecter.

Photo : Getty Images / PATRICK T. FALLON

Selon Mme Kaur, il ne faut pas minimiser l’importance d’un seul jour de paye. Elle rappelle que le prix du logement a explosé ces dernières années, et que de nombreux travailleurs d’entrepôts gagnent le salaire minimum. Ils occupent souvent plus d’un emploi pour être capables de subvenir aux besoins de leurs familles, ajoute-t-elle.

Les travailleurs font tout ce qu’ils peuvent pour se protéger sur leur lieu de travail afin de ne pas rendre les autres malades ou d'infecter leurs familles, mais ils s’attendaient à beaucoup plus de la part du gouvernement. Nous n'avons pas vu d'efforts importants consacrés à leur protection, explique Mme Kaur.

En décembre dernier, le Nouveau Parti démocratique de l'Ontario a déposé un projet de loi qui prévoyait sept jours de congé de maladie payé pour les travailleurs ontariens, avec 14 jours supplémentaires valables lors de période de crise sanitaire décrétée par la Santé publique. Au mois de mars, le projet est tombé à l’eau.

Depuis, le parti libéral ontarien a lui aussi déposé un projet de loi qui vise à offrir 10 jours de congé de maladie payé aux travailleurs ontariens. Il a été débattu jeudi, mais le vote sur le projet de loi a été différé.

John Fraser répond aux questions d'une journaliste.

Le député libéral d'Ottawa-Sud John Fraser.

Photo : Radio-Canada / Yasmine Mehdi

Le gouvernement peut prendre ce projet de loi et s'en accommoder, c'est ce que nous croyons nécessaire, a déclaré mercredi le député libéral d'Ottawa-Sud, John Fraser.

Mais selon ce dernier, quoi qu'ils fassent, aussi bienvenu que cela puisse être pour les travailleurs, cela arrive trop tard pour trop de gens. Ce que ce gouvernement fait continuellement, c'est se féliciter lorsqu'ils arrivent en retard à la fin de la partie.

Une annonce imminente, dit le gouvernement Ford

À en croire le premier ministre de l'Ontario Doug Ford et son cabinet, son gouvernement travaille à sa propre solution pour offrir des congés payés aux travailleurs essentiels qui doivent s'absenter du travail en raison d'un souci lié à la COVID-19.

Doug Ford parle à l'extérieur d'une résidence de banlieue.

Doug Ford était lui-même en isolement préventif, jeudi, quand il a annoncé que son gouvernement compte offrir des congés payés aux travailleurs essentiels ayant besoin de s'isoler ou de s'absenter du travail en raison de la COVID-19.

Photo : CBC

Aucun échéancier n'a encore été présenté pour la mise en place de ce programme, alors que Doug Ford parle déjà du projet comme étant le meilleur programme en Amérique du Nord.

Mercredi, le gouvernement avait annoncé que des améliorations au programme fédéral de congés de maladie payés sont à venir. Le leader parlementaire du gouvernement ontarien, Paul Calandra, a déclaré que plus de détails sur le plan de la province sont imminents, mais que le cabinet veut bien faire les choses avant d'aller de l'avant.

Jusqu'à cette semaine, le premier ministre Doug Ford et son cabinet avaient refusé d'envisager ouvertement une mesure sur les congés de maladie payés. Il affirmait que la province ne voulait pas dédoubler la prestation canadienne de maladie de rétablissement (PCMRE) mise en place par Ottawa.

La chef du Nouveau Parti démocratique ontarien, Andrea Horwath

La chef du Nouveau Parti démocratique ontarien, Andrea Horwath

Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

Selon la chef de l’opposition néo-démocrate ontarienne, Andrea Horwath, le plan qui sera proposé par le gouvernement Ford devra être conçu de façon à ce que les travailleurs puissent en profiter facilement et sans obstacles.

Par exemple, pas besoin de notes d’un médecin, pas de coupes de salaire, la paie devra demeurer fluide et la mesure devra s’appliquer à tous les travailleurs de notre province, a indiqué Mme Horwath en point de presse à Queen’s Park, mercredi.

La simplicité sera essentielle pour cette mesure, renchérit le Dr Peter Juni, qui fait partie du groupe d’experts scientifiques qui conseille le gouvernement Ford sur sa réponse à la COVID-19.

Le portrait d'un homme

Le Dr Peter Juni dirige le groupe consultatif scientifique ontarien de lutte contre la COVID-19, qui conseille le gouvernement Ford sur sa réponse à la pandémie.

Photo : Radio-Canada / CBC News

Si nous ne développons pas un programme qui satisfait le critère de simplicité, cela ne fonctionnera pas, puisque les gens ne feront pas confiance au système. C'est trop compliqué si l'argent n'est pas là à la fin de la semaine, selon l’expert en santé publique. Il décrit le programme fédéral actuel comme compliqué et maladroit.

Les gens doivent d'abord s'inscrire eux-mêmes, et ils ne savent pas quand ils obtiendront l’argent. Cela ne marche vraiment pas pour les gens avec une situation économique dans laquelle ils ont besoin d'argent pour être capables de vivre au jour le jour, selon le Dr Juni.

Rappelons qu’à son arrivée au pouvoir en 2018, le gouvernement Ford a supprimé les deux jours de congés de maladie qui étaient offerts à tous les Ontariens.

Selon John Fraser du parti Libéral de l'Ontario, si ces deux jours de congé payé étaient toujours en place, si le premier ministre ne les avait pas enlevés, moins de gens seraient morts, et moins de gens seraient tombés malades et auraient eu les effets à long terme de la COVID-19.

Au-delà des congés de maladie payés

Nombre de politiciens et d'experts en santé publique s’entendent sur l'idée que les jours de congés de maladie payés ne seraient qu’un élément parmi plusieurs outils nécessaires pour surmonter la pandémie de coronavirus en Ontario.

Un homme en complet bleu regarde devant lui, assis derrière un écran d'ordinateur.

Le maire de Brampton, Patrick Brown

Photo : CBC

Ce n’est pas la solution miracle, mais c’est un outil parmi plusieurs dont nous avons besoin, a déclaré le maire de Brampton, Patrick Brown. Cette semaine, sa municipalité a recensé des taux de positivité qui ont dépassé les 22 % — du jamais-vu en Ontario pour une ville de 600 000 habitants.

Pour le Dr Peter Juni du groupe consultatif scientifique ontarien de lutte contre la COVID-19, le gouvernement devrait aller encore plus loin que les congés de maladie payés.

Si nous restons dans ce haut plateau où nous avons 4000 nouveaux cas chaque jour, cela ne s'arrêtera jamais. Nous avons besoin d'une distinction très nette entre les travaux essentiels et non essentiels, et tout ce qui n'est pas essentiel doit cesser dès maintenant, affirme-t-il.

Pour ce dernier, les préoccupations économiques ne feront jamais l’équilibre avec l’importance de la santé publique. Dans une pandémie hors de contrôle comme c’est le cas ici, il ne faut pas s’obstiner avec les gains économiques à court terme.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !