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Les passionnés d’aviation face à un ciel vide

Irwan Marroc et Alec Coulibaly en train de prendre un avion en photo.

Irwan Marroc et Alec Coulibaly sur une aire d'observation au sud de l'aéroport international de Calgary.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Les avions se font plus rares à cause de la pandémie, mais cela n'empêche pas pour autant les passionnés et observateurs de s'armer de patience pour les prendre en photo. Pourquoi passent-ils leur temps la tête en l'air?

Perchés sur une table de l’espace d’observation Edward H. LaBorde, à Calgary, deux francophones sont à l'affût du moindre bruit et des mouvements dans le ciel.

Ce que je voulais voir c'était le A220 de Air Canada, dit Irwan Marroc les yeux sur son téléphone. Je l’ai vu quand je conduisais pour venir ici, lui répond Alec Coulibaly, l’air amusé.

Sur leur téléphone intelligent, ils analysent en temps réel les informations de vol des avions en circulation dans le ciel albertain grâce à des applications comme Flightradar24, qui piste chaque jour plus de 160 000 appareils à travers le globe.

Des photos à partager

Irwan Marroc espère également apercevoir le vol KL677 en provenance d’Amsterdam. Ce français établi en Alberta depuis 13 ans observe les avions dès que son emploi du temps le permet. Il existe une douzaine de points d'observation autour de l'aéroport international de Calgary.

Ce jour-là, le quarantenaire a donné rendez-vous à Alec Coulibaly, un compatriote qui a grandi en région parisienne. Armés de leur appareil photo, ils gardent toujours un œil vers le ciel. Leurs phrases se finissent souvent par : Pardon, il y a un avion qui passe.

Un avion Boeing 767 de la compagnie Cargojet Airways sur une piste à Calgary.

Les passionnés d'aviation face à un ciel vide

Photo : Irwan Marroc

Dans le milieu, on les appelle des spotters ou des observateurs, en français. Ils seraient près de 100 000 à travers le monde, selon le site spécialisé Spotterguide.

Les meilleurs clichés de cette journée à Calgary seront ensuite partagés avec une communauté locale de plus de 6000 membres qui se retrouvent sur Facebook. Les aéronefs, Irwan Marroc en rêve depuis qu'il est tout petit.

Des rêves d'enfant

Lors de vacances dans le sud de la France, il passait des heures à observer avec fascination les avions atterrir et décoller à l’aéroport de Nice. Il fantasmait d’être pilote de Canadair CL-415, ces avions étouffeurs de feu.

Pour moi, c’est cet aspect d’être gamin à côté de la piste et de voir un appareil décoller, de se poser ces questions de physique : quels sont les phénomènes qui amènent cette masse en métal à pouvoir voler, explique Irwan Marroc. Depuis, cette passion le suit.

Irwan Marroc sur une aire d'observation à Calgary.

Enfant, Irwan Marroc rêvait d'être pilote.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

À 22 ans, Alec Coulibaly n'est pas un observateur aussi assidu, mais il a la même passion. Il a même une licence de pilote privé et caresse désormais le rêve de joindre l’armée de l’air.

C’est une bonne façon de s’évader, avoue-t-il. Quand tu es dans les airs, tu ne penses pas à autre chose. C’est toi et ton avion. Tu es libre. Tu regardes le paysage. Tous tes soucis partent.

Un ciel moins trépidant

Depuis le début de la pandémie, ces passionnés d'aviation doivent s'armer de patience.

Selon Statistique Canada (Nouvelle fenêtre), le nombre de mouvements d'aéronefs au Canada entre mars 2020 et janvier 2021 a baissé de 28 %. À l'aéroport international de Calgary, le nombre d'atterrissages et de décollages a été divisé par deux entre 2019 et 2020.

En temps normal, il y aurait des avions toutes les 30 secondes et on passerait plus de temps à prendre des photos qu’à discuter entre nous. Cette année, c’est pratiquement mort, constate Irwan Marroc, qui redouble maintenant de vigilance.

Chaque jour, ils sont des dizaines à se placer autour de l'aéroport de Calgary pour observer des appareils volants pouvant peser jusqu’à 450 tonnes.

Un homme prend des photos d'avions depuis sa voiture.

Ils sont photographes amateurs ou professionnels, simples observateurs ou passionnés scrupuleux.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Des aéroports comme ceux d'Amsterdam, aux Pays-Bas, de Zurich, en Suisse, ou de Barcelone, en Espagne, offrent des installations optimales pour les spotters, avec terrasse-restaurant et espace sans grillage.

Ceux de Calgary s'estiment néanmoins chanceux. La ville albertaine offre la plus longue piste d'atterrissage du Canada.

Le changement climatique

Les passionnés redoutent les questions sur l'impact environnemental du trafic aérien mondial, qui est responsable de plus de 2 % des émissions de gaz à effet de serre.

Selon les deux observateurs francophones, les avions sont trop importants dans notre quotidien pour s'en passer. Le courrier voyage par avion, rappelle Irwan Marroc. D'ici 2030, nous aurons besoin de plus de pilotes, estime Alec Coulibaly.

Alec Coulibaly avec son appareil photo sur une aire d'observation à Calgary.

Malgré la pandémie, Alec Coulibaly est certain de trouver du travail comme pilote professionnel dans les années à venir.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Néanmoins, ils s'accordent pour dire que les changements climatiques vont faire bouger les choses et que leur passion évoluera.

Il y aura de nouveaux avions, de nouvelles technologies, on va apprendre à les connaître et on sera toujours capable de voir des avions ici ou ailleurs. Ils voleront avec un moteur électrique ou fonctionneront à l'hydrogène, prédit Irwan Marroc, qui assure ne pas être prêt à abandonner sa passion.

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