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Les collèges privés diminuent le poids du français au Québec, montre une étude

Un institut déplore les « pratiques de recrutement agressives » d'étudiants étrangers, en Inde notamment, qui s’inscrivent principalement dans des établissements privés québécois proposant des formations en anglais.

Des jeunes étudiants avec un masque.

Une étude de l'IREC évoque une augmentation globale de 369 % des étudiants étrangers dans le réseau collégial québécois entre 2011 et 2019.

Photo : iStock / Halfpoint

En moins d’une décennie, la proportion d’étudiants étrangers inscrits dans des collèges proposant des formations en français a considérablement chuté au Québec.

C’est ce qu’indique une étude publiée par l’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC), qui a réalisé un portrait sur la place des étudiants internationaux au collégial.

Entre 2011 et 2017, la proportion d’étudiants étrangers suivant des cours en français dans ce réseau était assez stable et se maintenait entre 74,5 % (2011) et 70 % (2017). Cette proportion a ensuite considérablement changé, puisqu’en 2019 plus de la moitié de ces étudiants (54,6 %) ont suivi des formations en anglais, essentiellement dans la métropole.

On assiste dans [la région de Montréal] à une montée importante des inscriptions dans les collèges privés non subventionnés, dont la langue d’enseignement est l’anglais et pour des formations de courte durée.

Une citation de :Éric N. Duhaime, chercheur à l’IREC

Selon l’auteur de cette étude, une nouvelle tendance importante est apparue à partir de 2017, avec le recrutement de milliers d’étudiants indiens au niveau collégial, comme l’avait déjà rapporté Radio-Canada l’automne dernier.

Près de la moitié des étudiants internationaux de niveau collégial proviennent désormais de l’Inde (7687), dépassant les effectifs de la France (4072), écrit Éric N. Duhaime, en évoquant une augmentation globale de 369 % des étudiants étrangers dans les dix dernières années.

J’ai été franchement impressionné par ces données, raconte-t-il en entrevue à Radio-Canada. Au départ, je pensais qu’il y avait une erreur.

Un modèle d’affaires déploré

Eric N. Duhaime, également chargé de cours à l'UQAM, a étudié ce réseau durant près d’un an. On est devant une dérive commerciale, confie-t-il. Dans son étude, il décrit un modèle d’affaires [...] agressif de commercialisation pour recruter ces étudiants indiens avec des pratiques [...] parfois douteuses.

Les recruteurs, écrit-il, reçoivent une commission importante, qui peut grimper à 30 % des droits de scolarité, en mobilisant comme argument de vente les avantages que confèrent ces programmes d’études sur le processus d’immigration.

À l’issue de ces formations courtes, ces étudiants peuvent bénéficier d’un permis de travail de plusieurs années. On instrumentalise le processus d’immigration pour offrir à gros prix des formations de niveau collégial qui se révèlent alors très lucratives pour l’ensemble des parties prenantes, intermédiaires et établissements privés, ajoute cet expert.

On peut parler de laisser-aller depuis quelques années. Il serait temps de recadrer un peu les choses.

Une citation de :Eric N. Duhaime, chercheur à l’IREC

Les enjeux économiques, poursuit-il, menacent la qualité de l’enseignement. C’est préoccupant. Il serait bon de freiner la cadence, pour s’assurer de cette qualité. Il faut vérifier si ces établissements ont les installations pour accueillir tous ces étudiants, dit-il.

Les collèges privés non subventionnés ont lancé le bal, mais ils ont maintenant été suivis par d’autres établissements publics, prévient le chercheur de l’IREC, en évoquant par exemple le cas du Cégep de la Gaspésie-et-des-Îles qui a ouvert un campus à Montréal, avec l’inscription de centaines d’étudiants indiens.

Un encadrement proposé

Cette étude de l’IREC propose également plusieurs recommandations à destination du gouvernement de François Legault.

Ce dernier doit mieux structurer le recrutement pour éviter le danger de la marchandisation, assure l’auteur. Le gouvernement doit réitérer, de façon importante, que la mission première de ces établissements est l’enseignement avant tout, insiste-t-il.

La création d’une instance structurelle appropriée est mise de l’avant. Le gouvernement du Québec devrait rapatrier plusieurs fonctions déléguées à la Fédération des cégeps en matière de recrutement d’étudiants à l’étranger pour les regrouper dans une instance gouvernementale qui permettrait de coordonner avec plus de cohérence, au niveau national, les ressources et les efforts déployés en la matière, peut-on lire.

Fixer une limite d’étudiants étrangers est aussi proposée. Les places pour les étudiants internationaux devraient être contingentées afin d’assurer une croissance viable et ajustée, en proportion, afin de mieux représenter la réalité linguistique et culturelle du Québec.

De son côté, le gouvernement du Québec, qui devrait prochainement dévoiler le résultat de ses enquêtes, a déjà indiqué être prêt à resserrer les règles actuelles visant l’enseignement privé.

Sur son site web, l’IREC se présente comme un organisme à caractère scientifique, qui dit constater que les espoirs qui ont accompagné les mouvements de décloisonnement, de déréglementation et de privatisation ont été souvent déçus et affiche la conviction que les régions et les nations demeurent des lieux essentiels de solidarité sociale et de régulation économique. Quatre des huit membres de son conseil d’administration sont issus du milieu syndical, les autres provenant des milieux de l'entrepreneuriat et de l’éducation.

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