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Vers une appellation protégée pour le homard gaspésien

Un homard sur une cage de pêche

Un homard gaspésien

Photo : Marie Morneau, ARP

Les homardiers de la Gaspésie ont pris la mer ce matin pour la première mise à l’eau de la saison. Le roi des fruits de mer de la Gaspésie, qui se distingue déjà par sa traçabilité, pourrait, dans un avenir prochain, offrir aux consommateurs une garantie encore plus importante de son origine.

Le Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie a réalisé une étude au cours de la dernière année dans le but d’évaluer la possibilité d’obtenir une désignation officielle reconnaissant la spécificité du homard pêché en Gaspésie .

Après avoir mis en place il y a presque 10 ans, un programme de traçabilité, les homardiers gaspésiens veulent faire un pas de plus.

Des pêcheurs de homards au quai de L'Anse-à-Beaufils, en Gaspésie

Des pêcheurs de homards au quai de L'Anse-à-Beaufils, en Gaspésie (archives)

Photo : Radio-Canada / Claude Côté

L’étude d’opportunités démontre que le homard gaspésien dispose des caractéristiques permettant d'être distingué des autres avec une appellation qui lui serait réservée. On a ce qu’il faut parce qu’on a réussi, au fil des ans avec la promotion, à avoir une image du homard de la Gaspésie qui repose à la fois sur son histoire, son historique de pêche, sa notoriété. Il est maintenant vraiment connu. La traçabilité est assez unique à notre produit. La qualité de notre homard, qui est pêché dans la meilleure période, sur des fonds et qui lui confère un excellent goût énumère Jean Côté, biologiste et directeur scientifique du Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie.

À cela s’ajoutent, explique Jean Côté, les différents efforts de conservation que les pêcheurs mettent de l’avant depuis de nombreuses années comme une écloserie, l'implantation de récifs artificiels, la récupération des casiers usagers,la protection de la baleine noire ou l’écocertification de pêche durable MSC.

Il y a vraiment tout un environnement qui démontre qu’on a une opportunité si on veut se lancer.

Une citation de Jean Côté, biologiste du Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie

Un produit de « niche »

La ressource se porte bien et le homard est un crustacé qui bénéficie des changements climatiques dans le golfe.

Toutefois, la pêche du homard en Gaspésie est une toute petite pêcherie comparée à celle des provinces de l’Atlantique. Devenir un produit de niche est aussi une voie pour se démarquer auprès des consommateurs.

Un homardier amarré à un quai

Un homardier au quai de Sainte-Thérèse-de-Gaspé où se débarque le plus important volume de homards pêchés en Gaspésie.

Photo : Radio-Canada / Martin Toulgoat

L’engouement pour le homard de la Gaspésie, l’an dernier en période de pandémie, a démontré l’intérêt des consommateurs envers l’unique programme de traçabilité du homard au Québec, relève Jean Côté. Au début, les médaillons, [les grossistes] n’étaient pas vraiment pour ça, [nous laissaient entendre qu']on se mêlait de ce qui nous ne regardait pas. Aujourd’hui, [les grossistes] nous appellent et nous disent que ça prend des médaillons sur tous les homards.

En amorçant ce processus, les homardiers souhaitent aussi développer de nouveaux débouchés pour l’exportation.

L’Europe reste un marché à développer où les appellations contrôlées sont reconnues et prisées. Arriver avec un homard québécois, gaspésien, avec une indication géographique protégée, ça serait quelque chose qui pourrait aller chercher une plus-value. Ça ouvre des portes, commente le biologiste du Regroupement.

En prévision de 2023

Actuellement, le principal marché d’exportation du homard est le marché américain. Suivent des pays d’Asie comme la Chine, la Corée du Sud ou encore le Japon.

La désignation serait aussi une manière de se prémunir contre de possibles vents contraires sur le marché d’exportation américain.

Deux hommes embarquent des caisses de homard dans un camion.

Les États-Unis demeurent le principal marché d'exportation du homard canadien y compris celui de la Gaspésie.

Photo : Radio-Canada / Martin Toulgoat

C’est que les homardiers craignent les conséquences de l’application aux États-Unis du Marine Mammal Protection Act (MMPA). À partir de 2023, l’accès au marché américain sera interdit aux produits marins dont la pêche sera jugée non conforme aux exigences américaines en matière de protection des mammifères marins.

Même si les pêcheurs gaspésiens acceptent de modifier leurs pratiques, notamment en ajoutant des mesures de protection de la baleine de l’Atlantique Nord, l’accès au marché américain, teinté de protectionnisme, se fait incertain et sera jugé, sans distinction, à l'aune des mesures appliquées par des pêcheries plus importantes comme celles des provinces de l'Atlantique.

Une indication géographique protégée (IGP) est l'une des deux appellations reconnues du terroir québécois pour des produits bioalimentaires distinctifs.

Les IGP sont actuellement au nombre de cinq :

  • Agneau de Charlevoix;
  • Maïs sucré de Neuville;
  • Cidre de glace du Québec;
  • Vin de glace du Québec;
  • Vin du Québec.

    Source : Conseil des appellations réservées et des termes valorisants

Un long processus

La désignation s’appliquerait au homard vivant. Le produit serait destiné à la vente aux restaurateurs et aux particuliers. L’appellation permettrait aussi de protéger le produit contre la fraude.

Plusieurs bateaux sont amarrés dans le havre de pêche.

Le havre de pêche de Sainte-Thérèse-de-Gaspé.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Thériault

Les démarches n’en sont toutefois qu'à leurs débuts. L’étude sera présentée au conseil d’administration puis aux membres en assemblée générale annuelle. On espère toujours en organiser une physique, commente Jean Côté puisqu'il est important que tous adhèrent à la démarche.

La seconde étape sera de bâtir un cahier des charges et de définir les normes de l’appellation, outre le fait qu’il devra être pêché dans l’aire géographique délimitée de la Gaspésie, soit celles des zones de pêche 19, 20 et 21. Jean Côté espère entamer ce travail à l’été ou à l’automne.

Le processus pour obtenir une appellation comme une IGP peut s’étendre sur au moins un à deux ans avant le dépôt d’un dossier.

Un dossier de demande d’appellation est analysé par le Conseil des appellations réservées et des termes valorisants et recommandé, s’il y a lieu, au ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec. C’est le ministre qui reconnaît alors l’appellation réservée en donnant un avis de cette reconnaissance qui sera publié dans la Gazette officielle du Québec.

Source : Conseil des appellations réservées et des termes valorisants

En attendant, les premiers homards gaspésiens de l’année pourront être dégustés dès ce week-end.

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