•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Les enfants aussi traînent des séquelles de la COVID-19

Même s’ils sont en général peu atteints quand ils contractent la COVID-19, les enfants ne seraient pas épargnés par le phénomène du syndrome post-COVID, des séquelles qui perdurent après que l’infection s'est résorbée.

Charles assis sur une balançoire.

Charles, 13 ans, souffre des séquelles de la COVID-19.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Michaud

Charles Francoeur, 13 ans, a attrapé la COVID-19 en octobre 2020. Comme la plupart des enfants, il a été relativement peu malade pendant son infection : deux ou trois jours de fièvre et de fatigue. Il a ensuite respecté les 10 jours d’isolement prescrits avant de reprendre le chemin de l’école. C’est là que ça s’est gâté.

Il est rentré à la maison et ça m'a frappée, il était blanc comme un drap, en sueur, il se tenait à la poitrine et disait : "Maman, mon coeur fait mal", se souvient sa mère, Sophie Lahaie.

Pourtant censé être guéri, Charles s’est mis à avoir des douleurs un peu partout, des palpitations cardiaques, et à s’essouffler au moindre effort. Il a été hospitalisé et a subi une batterie de tests… qui se sont tous révélés normaux.

Charles respire dans un tube.

Charles a subi une batterie de tests afin de comprendre les sources de ses souffrances.

Photo : Radio-Canada

Ses symptômes ressemblent à ceux observés chez certains adultes qui subissent des séquelles de la COVID-19 après la phase aiguë de la maladie. Ce qu’on appelle le syndrome post-COVID ou, plus familièrement, la COVID longue.

Les études sur la question sont encore peu nombreuses, mais elles rapportent, parmi les symptômes les plus fréquents, des problèmes d’essoufflement, de grande fatigue, des maux de tête, des difficultés de concentration, entre autres. Ces symptômes persisteraient plusieurs mois chez 10 % à 30 % des adultes qui ont été infectés par le virus SRAS-CoV-2.

Notre dossier COVID-19 : ce qu'il faut savoir

Chez les enfants, les données sont encore plus rares. Selon une étude menée par des chercheurs italiens auprès d’une centaine d’enfants et publiée début avril dans la revue Acta Paediatrica (Nouvelle fenêtre), 43 % ressentaient encore au moins un symptôme deux mois après l’infection.

En sondant quelque 500 enfants dont les parents sont membres d’un groupe fondé en Grande-Bretagne, les mêmes chercheurs concluent, dans une prépublication (non révisée par les pairs), que ces symptômes peuvent persister pendant huit mois en moyenne (Nouvelle fenêtre). Créé en octobre, le groupe Long Covid Kids (Nouvelle fenêtre) compte plus de 3300 abonnés sur Facebook.

Notre but, c’est de faire connaître cette réalité, car nous soupçonnons qu’il y a sans doute beaucoup d’enfants qui souffrent de COVID longue et dont les parents ne savent même pas que ça existe, avance Frances Simpson, l’une des fondatrices du groupe, qui a attrapé la COVID-19 en mars 2020, tout comme ses deux enfants de 6 et 10 ans.

Il y a des moments où ça va, puis on a des rechutes, observe-t-elle. Il y a eu une période où ma fille avait de la difficulté à respirer, comme si sa gorge se fermait, et des vertiges. Plus d’un an après leur infection, ses enfants se fatiguent dès qu’ils en font un peu trop, constate-t-elle.

Il y a maintenant six mois que Charles Francoeur a eu la COVID-19. Il va mieux, mais il ressent encore parfois une grande fatigue et des malaises dans la poitrine. Avec sa soeur Élizabeth, qui a aussi contracté le virus et qui se plaint de symptômes persistants, quoique plus légers, ils sont désormais suivis à la clinique post-COVID de la Dre Sze Man Tse, au CHU Sainte-Justine de Montréal.

Charles et Élizabeth assis devant la Dre Tse.

Charles et sa soeur Élizabeth sont suivis à la clinique post-COVID de la Dre Sze Man Tse, au CHU Sainte-Justine de Montréal.

Photo : Radio-Canada

Même si les investigations ont été en général normales, tant au niveau pulmonaire qu'au niveau cardiaque et des prises de sang, il demeure que ces enfants sont limités dans leur vie de tous les jours par ces symptômes, constate la pneumologue pour expliquer la pertinence de sa clinique, où une poignée de jeunes patients avaient rendez-vous à l’ouverture, début avril.

Pour le moment, les experts sont incapables d’expliquer comment le virus SRAS-CoV-2 pourrait provoquer des séquelles à long terme. Parmi les hypothèses qui sont explorées par les experts, le pathogène pourrait rester dormant dans le corps des patients et se réactiver périodiquement. D’autres croient que la réaction inflammatoire provoquée pendant la phase aiguë de la maladie pourrait affecter certaines fonctions de l’organisme.

La piste psychologique est aussi envisagée. Dans les études concernant les adultes et le syndrome post-COVID, l’anxiété et la dépression figurent parmi les séquelles les plus fréquentes de la maladie.

Nos jeunes sont très affectés côté santé mentale, avec les rentrées scolaires qui étaient limitées, les classes qui se fermaient, etc., donc c'est sûr qu'on a pris en compte le côté psychologique aussi, parce que ça peut jouer beaucoup sur la présentation des symptômes. On ne veut pas non plus dire que c'est seulement un problème psychologique, loin de là. Mais il faut certainement explorer cette sphère-là, estime la Dre Tse.

Convaincre que leurs symptômes ne sont pas que dans leur tête peut s’avérer ardu pour ceux qui souffrent de COVID longue. Selon Frances Simpson, la réaction des médecins consultés par les membres du groupe Long Covid Kids, allait d’un simple "on ne sait pas trop quoi vous dire" à des sous-entendus blessants voulant que l’enfant ou sa mère étaient simplement anxieux ou encore que la mère inventait la maladie.

Sophie Lahaie et ses enfants dans un parc.

Sophie Lahaie voit d'un bon oeil que son fils a été pris en charge par la nouvelle clinique post-COVID du CHU Sainte-Justine.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Michaud

Pour la mère de Charles, Sophie Lahaie, le simple fait que l’état de son fils soit reconnu par les médecins a été un soulagement.

J’aime savoir que s'il y a des enfants qui finalement se ramassent avec des séquelles étranges ou différentes, ou des choses qu'on ne comprend pas, qu'ils vont pouvoir être pris en charge et non pas seulement se faire dire que c'est de l'anxiété.

Le reportage de Gaëlle Lussiaà-Berdou et de Jean-François Michaud sera diffusé à l'émission Découverte dimanche à 18 h 30 sur ICI Radio-Canada Télé.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !