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COVID-19 : des médecins albertains craignent une situation comme celle de l’Ontario

Un homme sur une civière entouré de quatre membres du personnel d'un hôpital.

La gestion d'un lit de soins intensifs nécessite plusieurs employés spécialisés, soulignent médecins et infirmières. (Archives)

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

L’Alberta pourrait-elle se retrouver dans une situation similaire à celle de l'Ontario? C’est ce que craignent certains médecins et professionnels de la santé albertains alors que la province affiche le taux de cas actifs le plus élevé du pays et que le nombre d'hospitalisations a recommencé à augmenter.

La situation empire, dit Raiyan Chowdhury, médecin aux soins intensifs de l’hôpital Royal Alexandra, à Edmonton.

Comme beaucoup de ses collègues, l’intensiviste a traversé la deuxième vague du temps des fêtes à coups de quarts de travail pouvant dépasser les 24 heures d'affilée.

Au pic de la deuxième vague, son unité de soins intensifs comptait une quarantaine de patients, presque tous atteints de la COVID-19, alors qu’elle ne peut généralement en accueillir que 24.

Certains d’entre nous travaillent près de 100 heures par semaine, dit-il.

Raiyan Chowdhury dans le couloir d'un hôpital.

L'intensiviste Raiyan Chowdhury espère que l'Alberta évitera une situation similaire à celle de l'Ontario.

Photo : Raiyan Chowdhury

Avec 476 Albertains actuellement hospitalisés, dont 105 aux soins intensifs, la situation n’est pas aussi critique qu’en décembre.

Raiyan Chowdhury espère que la province évitera le pire, mais il anticipe déjà une dégradation de la situation.

Je pensais que nous en avions fini en janvier, mais non [...] Cela va empirer encore.

Une citation de :Raiyan Chowdhury, intensiviste

Son hôpital a déjà ajouté une équipe de soignants supplémentaire aux soins intensifs pour faire face à l’afflux de patients. L'hôpital a toutefois du mal à trouver du personnel pour travailler dans ces équipes.

On fait rentrer des personnes qui sont censées être en congé, dit-il.

Je ne sais pas ce qui va arriver. Nous espérons tous que nous ne nous retrouverons pas dans la même situation que l’Ontario. [...] Au moins, pour le moment, la situation n’est pas aussi mauvaise que là-bas, ajoute le spécialiste.

L’Ontario submergé

Au cours des 14 derniers jours, l’Ontario a enregistré plus de 57 000 nouveaux cas de COVID-19. Mercredi, la province comptait 2350 personnes hospitalisées en raison du virus, dont 806 aux soins intensifs.

L’Alberta pourrait se retrouver dans la même situation d’ici quelques semaines, dit le Dr James Talbot, coprésident du comité COVID-19 de l'Association du personnel soignant de la zone d'Edmonton.

Selon lui, le nombre de cas de COVID-19 en Alberta va continuer de doubler tous les 9 à 11 jours, ce qui pourrait faire déborder les hôpitaux de la province.

Tous les ordres du gouvernement doivent reconnaître à quel point nous sommes proches de la situation de l’Ontario et que chaque jour gaspillé maintenant [...] ne pourra jamais être rattrapé, dit le Dr Talbot.

Il estime également que, si la hausse du nombre de cas en Alberta n’est pas freinée, les hôpitaux de zones durement touchées comme celle de Calgary pourraient, comme en Ontario, devoir transférer des patients nécessitant des soins intensifs vers d’autres établissements de santé de la province.

Les médecins pourraient, quant à eux, devoir envisager de mettre en œuvre les protocoles de triage.

Assez de lits

De son côté, Services de santé Alberta (AHS) affirme que la province a toujours été en mesure de répondre à la demande durant la pandémie, même lorsque les hospitalisations ont atteint leur sommet à la fin du mois de décembre .

Avant cette période, AHS avait alloué environ 2250 lits en soins aigus et plus de 425 lits en soins intensifs pour les patients atteints de la COVID-19.

Nous étions loin d’avoir recours à ces lits supplémentaires. Au sommet de la deuxième vague, 906 personnes atteintes de la COVID-19 en Alberta étaient hospitalisées, dont 140 aux soins intensifs, affirme AHS dans une déclaration écrite.

Le 28 décembre, le nombre d'admissions aux soins intensifs a atteint 151.

Lors d'une séance de questions-réponses sur Facebook, mercredi, le premier ministre albertain Jason Kenney a affirmé que la province était prête à faire face à une hausse du nombre d'hospitalisations.

Selon lui, 800 à 1000 personnes pourraient être hospitalisées d'ici 2 à 3 semaines, dont près de 200 aux soins intensifs en raison de l'augmentation actuelle du nombre de cas de COVID-19 dans la province.

Il faut absolument éviter une situation comme celle [de l’Ontario].

Une citation de :Jason Kenney, premier ministre albertain

Le personnel est épuisé

Ce que craint cependant la Dre Stephanie Smith, spécialiste en maladies infectieuses à l'Université de l'Alberta, c’est plutôt le manque de personnel disponible dans les hôpitaux.

En Ontario, le gouvernement a dû lancer un appel à l'aide aux autres provinces et territoires pour combler sa pénurie d'infirmières.

Les gens doivent se rendre compte que, oui, nous avons assez de lits et de ventilateurs. La question est : y aura-t-il assez de personnes pour fournir le niveau de soins dont les patients auront besoin?, dit la Dre Smith.

Le défi, c'est que, si on voit une hausse [des hospitalisations] similaire à celle de l’Ontario, nous n’aurons pas assez d’infirmières, d’inhalothérapeutes, ni de médecins, soutient lui aussi le médecin en soins intensifs à la retraite et coprésident du comité sur la pandémie de l’Association des employés médicaux de la zone d’Edmonton, Noel Gibney.

Raiyan Chowdhury confirme que ses collègues et lui sont épuisés.

Les infirmières sont épuisées, les médecins sont épuisés. Chaque fois qu'une personne est exposée à quoi que ce soit, elle doit s’isoler pendant deux semaines. Tout cela fait en sorte que le nombre de personnes disponibles diminue, explique-t-il.

La Dre Smith espère finalement que les mesures de vaccination permettront à la province d’éviter un scénario similaire à celui de l’Ontario.

La seule chose qui pourrait nous sauver est le fait que la troisième vague a débuté après celle de l’Ontario. Aurons-nous assez de personnes vaccinées avant que les hospitalisations augmentent de manière significative, conclut-elle.

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