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Armes chimiques : l'OIAC vote la suspension des droits de la Syrie

Le régime de Bachar Al-Assad est accusé de mener des attaques à l'aide de substances toxiques.

Un homme marche dans les décombres d'une ville en ruines.

La ville de Douma a été la cible d'une attaque au cours de laquelle les troupes de Bachar Al-Assad auraient présumément utilisé des armes chimiques en avril 2018.

Photo : Associated Press / Hassan Ammar

Agence France-Presse

Les États membres de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) ont voté mercredi la suspension des droits de vote de la Syrie pour son utilisation présumée d'armes chimiques, une décision sans précédent dans l'histoire de cette instance.

Soutenue par des pays occidentaux comme la France, la Grande-Bretagne et les États-Unis, la motion visant à priver Damas de ses droits et privilèges a obtenu la majorité requise des deux tiers des votants, avec 87 voix pour.

Quinze pays ont voté contre, dont la Syrie, son alliée la Russie, la Chine et l'Iran, et 34 se sont abstenus. Sur les 193 États membres, 136 pays ont participé au vote au siège de l'organisation à La Haye.

Cette motion qui prive la Syrie du droit de vote, est une mesure inédite dans l'histoire de l'OIAC, fondée voilà près d'un quart de siècle pour débarrasser le monde des armes chimiques, et lauréate du prix Nobel de la paix en 2013.

Damas laisse entrevoir une coopération encore plus limitée

La Syrie, qui nie toute utilisation d'armes chimiques, a dénoncé par la voix de sa représentante auprès de l'organisation, Rania Al-Rifaï, une décision qui aura un effet catastrophique sur l'OIAC et politisera encore davantage son activité.

Cette sanction aura de graves conséquences sur notre coopération avec l'organisation, a-t-elle prévenu, accusant les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France, à l'origine de la motion, de faire le jeu d'organisations terroristes.

La Syrie affirme avoir remis tous ses stocks d'armes chimiques sous supervision internationale conformément aux termes d'un accord conclu en 2013, lorsqu'elle a rejoint l'OIAC après une attaque présumée au sarin, un agent neurotoxique, qui a tué 1400 personnes dans la banlieue de Damas, la capitale.

Aujourd'hui est une journée noire dans l'histoire de l'OIAC, a réagi l'ambassadeur de Russie, Alexandre Choulguine, accusant les puissances occidentales de se servir de cette instance comme d'un instrument politique.

Les membres de l'OIAC réunis en assemblée générale.

La Syrie ne pourra plus se faire entendre à l'OIAC jusqu'à nouvel ordre.

Photo : Getty Images / JERRY LAMPEN

Pour la délégation française en revanche, les États membres de l'OIAC ont envoyé un signal fort : l'usage répété d'armes chimiques par la Syrie est inacceptable pour la communauté internationale.

La Grande-Bretagne a pour sa part estimé qu'il s'agissait d'un pas crucial pour maintenir la crédibilité de l'OIAC.

Par voie de communiqué, le Canada s'est lui aussi réjoui du vote de l'OIAC, rappelant que la Syrie continue de violer la Convention sur les armes chimiques et de terroriser son peuple en ayant recours à des substances toxiques. Ce comportement odieux a des conséquences, a-t-il ajouté.

Cette motion arrive après la publication l'année dernière d'une enquête de l'organisation attestant que l'aviation syrienne a utilisé du sarin et du chlore lors de trois attaques en mars 2017 sur le village de Latamné (nord) tenu par des rebelles. Damas nie catégoriquement et affirme que ces attaques ont été mises en scène.

Outre la privation de son droit de vote à la conférence annuelle des pays membres, la Syrie ne sera plus éligible au Conseil exécutif et ne pourra plus occuper aucun poste au sein de l'organisation. Ses droits resteront suspendus jusqu'à ce que les États membres aient décidé que Damas a entièrement déclaré toutes ses armes chimiques et ses installations de fabrication d'armes, selon la motion.

Plusieurs questions sans réponses

Il est reproché à la Syrie d'avoir laissé sans réponse des interrogations de l'OIAC après la publication de l'enquête sur les attaques chimiques à Latamné. Damas n'a ensuite pas respecté le délai de 90 jours établi par l'OIAC pour déclarer les armes utilisées et révéler ses stocks restants.

La pression est montée d'un cran la semaine dernière après la publication d'un deuxième rapport de l'OIAC incriminant Damas, cette fois-ci pour une attaque au chlore dans la ville de Saraqeb (nord-ouest) en 2018.

L'OIAC a ouvert une nouvelle enquête après des explications insuffisantes fournies par la Syrie après la découverte de produits chimiques en septembre 2020 sur un site où elle avait nié produire des armes chimiques.

D'après l'ONU, Damas n'a toujours pas répondu à 19 questions posées depuis des années sur des installations qui auraient pu être utilisées dans la production ou le stockage d'armes chimiques.

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