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L'Oklahoma adopte une loi protégeant les conducteurs qui percutent des manifestants

De nombreux manifestants entourent un camion. On voit des pancartes disant entre autres « La vie des Noirs importe » et « Je ne peux pas respirer ».

C'est cet épisode, survenu en mai 2020 sur l'Interstate 244 à Tulsa, qui est à l'origine de la loi adoptée par l'Oklahoma. Les manifestants avaient entouré le camion avant que le conducteur ne fende la foule, blessant plusieurs personnes.

Photo : Associated Press / Mike Simons

Le gouverneur de l'État, le républicain Kevin Stitt, a apposé sa signature, mercredi, à un texte de loi controversé qui accorderait, dans certaines circonstances, l'immunité aux automobilistes lors de manifestations.

Un conducteur de véhicule à moteur qui blesse ou tue involontairement un individu n'est pas criminellement ou civilement responsable de la blessure ou de la mort de la victime s'il fuit une émeute et s'il a la croyance raisonnable que la fuite était nécessaire pour [le] protéger de blessures graves ou de la mort, stipule la loi.

Le texte législatif, qui doit entrer en vigueur le 1er novembre prochain, fera également du blocage d'une route un délit.

Il s'agit d'une protection importante pour les citoyens qui essaient simplement de se sortir d'une mauvaise situation lorsqu'ils fuient une émeute illégale, a soutenu le représentant républicain Kevin West, l'un des instigateurs de la loi.

Ils ne devraient pas être menacés de poursuites pour avoir essayé de se protéger, de protéger leur famille ou leurs biens.

Une citation de :Kevin West, représentant républicain de l'Assemblée législative de l'Oklahoma

Le projet de loi avait facilement reçu l'aval de l'Assemblée législative et du Sénat, selon des lignes très largement partisanes. Les républicains disposent de plus des trois quarts des sièges dans chacune des deux Chambres de cet État du sud des États-Unis.

Selon The Oklahoman, les républicains ont déposé une dizaine de projets de loi dans la foulée des manifestations qui ont suivi le meurtre de l'Afro-Américain George Floyd au Minnesota par un policier, l'an dernier. Selon les militants, ces projets de loi s'attaquent carrément à leur droit de manifester, garanti par le premier amendement de la Constitution.

En après-midi, une trentaine de personnes sont entrées dans le Capitole de l'État, à Oklahoma City, pour dénoncer la série de mesures. Elles en ont été chassées peu après.

Ils ciblent des groupes de manifestants qui veulent simplement utiliser leur liberté d'expression, adoptent des projets de loi qui les intimident dans l'espoir de les priver de leur droit au premier amendement, adoptent des projets de loi qui décriminalisent le meurtre de manifestants, ce qui est absolument insensé, a dit la fondatrice de la Collegiate Freedom and Justice Coalition, Adriana Laws, interviewée par The Oklahoman.

Les opposants à la loi craignent qu'elle affecte de façon disproportionnée les membres des minorités ethniques, qui ont parfois l'impression que manifester est le seul moyen dont ils disposent pour réclamer justice à la suite de bavures policières, disent-ils.

En juin dernier, le conducteur d'une camionnette transportant une remorque pour chevaux a foncé dans une foule de manifestants liés au mouvement Black Lives Matter (la vie des Noirs importe) sur une autoroute de Tulsa, deuxième ville de l'État.

Plusieurs personnes ont été blessées, et l'une d'entre elles est restée paralysée. Le conducteur, qui a dit avoir accéléré parce qu'il avait peur pour la sécurité de sa famille, n'a pas été inculpé.

C'est cet épisode qui est à l'origine de la loi, a précisé le sénateur républicain Rob Standridge, l'autre architecte de la loi, cité par le New York Times. Il a indiqué ne pas connaître de cas où un conducteur aurait fait l'objet d'accusations après avoir heurté des manifestants avec son véhicule.

Une tendance dans les États dirigés par les républicains

Les élus de l'Iowa, où les républicains sont là aussi majoritaires, ont aussi voté pour un texte de loi octroyant l'immunité aux conducteurs dans des circonstances similaires.

Selon l'International Center for Not-for-Profit Law, une organisation axée sur les impacts des lois sur la société civile, les républicains de 34 États ont en tout présenté plus de 80 projets de loi restreignant d'une façon ou d'une autre le droit de manifester.

D'après le New York Times, trois d'entre eux ont maintenant force de loi dans autant d'États, soit la Floride, l'Arkansas et le Kansas.

Dans la foulée des manifestations pour les droits des Noirs, les démocrates ont préféré une autre approche, celle des réformes contre la brutalité policière et les inégalités raciales.

Les démocrates du Congrès américain ont, par exemple, présenté le projet de loi George Floyd pour les actions policières, qui a franchi l'étape de la Chambre des représentants.

L'ambitieuse initiative législative interdirait entre autres les prises d'étranglement (chokehold ), une technique utilisée par l'ex-policier Derek Chauvin à l'endroit de George Floyd. Le policier, qui a maintenu son genou sur le cou de l'Afro-Américain de 46 ans pendant près de 10 minutes, a d'ailleurs été reconnu coupable, mardi, de meurtre au deuxième degré, de meurtre au troisième degré et d'homicide involontaire par un jury de Minneapolis.

Entre autres mesures, la réforme faciliterait aussi les poursuites judiciaires contre les policiers accusés de mauvaise conduite en réduisant la portée des protections juridiques dont ils bénéficient actuellement.

Avec les informations de The Oklahoman, et New York Times

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