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Des centaines d’Indiens privés de permis d’études au Québec

Plusieurs établissements ont écrit aux plus hautes instances gouvernementales pour débloquer cette situation qui concernerait, au minimum, des centaines d’étudiants indiens qui sont sans réponse du ministère fédéral de l’Immigration.

Une femme est sur son ordinateur

En raison de la pandémie, de nombreux étudiants indiens ne peuvent rejoindre le Canada et ont des difficultés pour obtenir les documents nécessaires.

Photo : Getty Images / time99lek

Détresse, stress, angoisse. Ces sentiments, des dizaines d’étudiants indiens les ont confiés à Radio-Canada au cours des dernières semaines.

Tous ont un point commun. Ils veulent étudier au Québec et attendent une réponse du gouvernement fédéral pour l’obtention de leur permis d’études, après avoir déjà payé des milliers de dollars pour s’inscrire dans un collège privé.

Je ne m'inquiète pas pour les affaires qui chutent de façon drastique, je suis plus inquiet pour le bien-être des étudiants, assure Cyrus Shani, le patron du Collège Canada, l’un des plus importants établissements privés du Québec, situé à Montréal, qui accueillait ces dernières années plusieurs milliers d’étudiants indiens.

La dépression chez les étudiants en attente de leur permis d'études est très élevée.

Une citation de :Cyrus Shani, directeur du Collège Canada

À l'heure actuelle, les étudiants étrangers peuvent suivre des cours en ligne, avec un important décalage horaire, mais ils ne pourront prendre l’avion vers le Canada ou obtenir leur diplôme s’ils n’obtiennent pas ce permis.

Ces Indiens, qui ont également fait part de leur colère dans un récent reportage du Devoir, ont un autre point commun qui expliquerait la lenteur pour obtenir leur permis d’études. Ils souhaitent rejoindre des établissements québécois qui font l’objet d’une vérification ou d’une enquête du gouvernement du Québec, selon les termes employés par ce dernier.

Au cours des derniers mois, Québec a indiqué avoir des doutes sur la qualité de l’enseignement au sein de plusieurs institutions et a déploré des pratiques jugées douteuses dans le recrutement d’étudiants en Inde. Une liste de dix établissements a été publiée fin décembre par le gouvernement de François Legault.

Pas de problème pour d’autres institutions

Ce ralentissement dans le traitement des dossiers d’étudiants indiens ne semble pas être généralisé. D’autres établissements qui recrutent également chaque année des centaines d’Indiens ont précisé à Radio-Canada ne pas avoir de problème majeur. Rien de particulier à signaler, mentionne l’Université Concordia. Nous n’avons pas l’impression que les étudiants indiens ayant reçu une lettre d’acceptation de notre commission scolaire sont particulièrement affectés, souligne de son côté la Commission scolaire Lester-B.-Pearson.

Québec préoccupé, Ottawa silencieux

Dans un premier temps, le gouvernement du Québec avait suspendu, en fin d’année passée, le traitement des certificats d’acceptation du Québec (CAQ). Ce document est indispensable pour obtenir le permis d’études, qui est délivré ensuite par Ottawa.

Cependant, après une décision de la Cour supérieure de Montréal, le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI) a repris à la mi-janvier le traitement de ces dossiers tout en précisant poursuivre ses enquêtes et vérifications.

Notre ministère s’est immédiatement conformé à la décision de la Cour supérieure [et] examine toutes les demandes de certificat d’acceptation du Québec qui lui sont présentées et ce, dans les délais normaux, explique une porte-parole de la ministre de l’Immigration, Nadine Girault.

Les données fournies par le MIFI à Radio-Canada, concernant le nombre de CAQ délivrés par établissements, confirment d’ailleurs ces propos.

Le gouvernement fédéral est quant à lui resté silencieux. Bien que relancés plusieurs fois, ni Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) ni le cabinet du ministre Marco Mendicino n’ont répondu aux questions de Radio-Canada envoyées il y a une semaine.

Ottawa a-t-il arrêté de traiter les demandes d’étudiants indiens visant plusieurs établissements au Québec? Impossible d’avoir une réponse formelle. Cependant, des étudiants et des collèges ont transmis à Radio-Canada différentes communications de la part du Haut-Commissariat canadien en Inde, qui est responsable du traitement de ces dossiers.

Dans un courriel, envoyé mi-avril à un étudiant indien souhaitant s’inscrire au campus montréalais du Cégep de la Gaspésie-et-des-îles, il est clairement spécifié que des vérifications supplémentaires sont faites par des agents, concernant les étudiants qui souhaitent rejoindre l’un des établissements visés par les enquêtes du gouvernement du Québec. Ces mesures provoquent un ralentissement de la procédure, souligne-t-on.

Le gouvernement Legault nie toute implication, mais affirme être au fait de la situation.

Le gouvernement fédéral doit prendre ses responsabilités, analyser les demandes de ces étudiants et leur fournir des réponses quant à l’avancement des dossiers.

Une citation de :Flore Bouchon, porte-parole de la ministre Nadine Girault

Nous avons d’ailleurs transmis nos préoccupations au gouvernement fédéral, et nous avons demandé un état de situation sur les dossiers qui sont en traitement du côté [d’Ottawa], poursuit-elle.

Des établissements en colère

Plusieurs établissements, qui ont fait l’objet de ces enquêtes de Québec, ont écrit à la fois aux gouvernements du Canada et du Québec ainsi qu’au Haut-Commissariat du Canada en Inde, pour obtenir des réponses et faire part de leur mécontentement.

Le but, souligne le Collège CDI, est de soutenir et de protéger avec véhémence les intérêts de nos étudiants.

Pour les étudiants, cette incertitude croissante est insupportable, car ils ont déjà investi un temps considérable à leurs études, indique le Collège Matrix dans une lettre envoyée mi-avril à Nadir Patel, Haut-commissaire du Canada en Inde.

Une épée de Damoclès est suspendue au-dessus de nos collèges; leur survie est en jeu, des centaines d’emplois pourraient être perdus, et personne n’est en mesure de répondre de façon précise à nos questions, affirme ce même collège montréalais, dans une autre missive, adressée mercredi à la ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann.

Nous vous pressons de conclure les enquêtes et les vérifications. S’il y a lieu de mettre en œuvre de nouvelles mesures, faites connaître vos intentions rapidement. Ainsi, IRCC ne pourra plus se servir de ces enquêtes comme excuse pour son inertie. Les étudiants sauront à quoi s’en tenir. Et les collèges aussi.

Une citation de :Roland Auger, directeur du Collège Matrix, dans une lettre envoyée à Danielle McCann

La réputation de l’ensemble du réseau des collèges privés non subventionnés serait entachée à tort par les enquêtes du gouvernement du Québec, insiste Ginette Gervais, la présidente de l’Association des collèges privés non subventionnés (ACPNS).

Cette dernière juge déplorable que les étudiants indiens sont pris en otage pour un imbroglio administratif que personne ne semble être en mesure d’éclaircir.

Les messages de désespoir, voire même de menaces de suicide de la part des étudiants, que les collèges visés nous rapportent, ne sont pas à prendre à la légère.

Une citation de :Ginette Gervais, présidente de l’ACPNS

Les étudiants n’obtiennent aucune réponse. On est assez désemparés face à cette situation, déplore la propriétaire de l’Institut supérieur d’informatique Henriette Morin. Environ 225 Indiens sont en attente d’un permis d’études pour rejoindre son établissement, précise-t-elle.

[Ce problème] ça ne concerne que l’Inde. Pour les autres pays, ça se passe relativement bien, reprend Henriette Morin.

La panique est en train de s’installer, des étudiants sont désespérés.

Une citation de :Henriette Morin, propriétaire de l’Institut supérieur d’Informatique

Les étudiants indiens considèrent le Québec comme hostile, clame quant à lui Cyrus Shani, du Collège Canada, en évoquant un effondrement total pour la plupart des collèges de la liste [publiée par Québec].

Malgré de nombreuses tentatives d’échanger avec les autorités, le cégep de la Gaspésie-et-des-îles dit être lui aussi préoccupé.

Les formations à distance, le stress de la pandémie et les embûches reliées à l’obtention du permis d’études génèrent énormément d’anxiété.

Une citation de :Julie Lépine, porte-parole du Cégep de la Gaspésie-et-des-îles

Ce qui intéresse réellement nos étudiant(e)s est avant tout la réalisation de ce projet académique, c'est-à-dire venir étudier au Canada, écrit la porte-parole de l’établissement.

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